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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110585

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110585

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLENOIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 2 décembre 2021 ainsi que les 5 mai, 19 mai et 27 juin 2022, Mme D E, représentée par Me Lenoir, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le directeur régional de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a refusé son inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi, ensemble la décision du 19 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur régional de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur de l'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 18 juin 2021 et de procéder au versement des allocations dues entre le 18 juin et le 1er septembre 2021, correspondant à un montant de 1 592,25 euros ;

3°) de mettre à la charge de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa formation étant en cours jusqu'au 20 juin 2023, la décision en litige, fondée sur un courrier lui demandant de procéder à une démarche avant la fin de sa formation au 17 juin 2021, résulte d'une erreur de fait ;

- la décision de cessation d'inscription qui a précédé le refus de réinscription rétroactive méconnaît les dispositions de l'article L. 5411-2 du code du travail, dès lors que cette décision a empêché l'intéressée d'actualiser sa situation ;

- elle doit bénéficier du droit à l'erreur en application de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 avril, 10 mai, 16 juin et 8 juillet 2022, Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur, représenté par Me Andreani, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions à fin de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour la période du 18 juin au 1er septembre 2021 sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lenoir pour Mme E, ainsi que celles de Me Andreani pour Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Une note en délibéré présentée par Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur, a été enregistrée le 16 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Bénéficiaire de l'allocation de retour à l'emploi " formation " depuis le 20 novembre 2020, Mme E a intégré une formation d'éducatrice spécialisée à compter du 7 septembre 2020 et jusqu'au 30 juin 2023, dispensée en trois périodes, avec deux interruptions estivales du 18 juin au 31 août 2021 et du 29 juillet au 31 août 2022. Par un courrier du 23 décembre 2020, Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a informé Mme E que ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi seront épuisés au 28 avril 2021 et qu'elle pourrait ensuite prétendre soit de nouveau à l'allocation d'aide au retour à l'emploi en cas de rechargement de ses droits, soit à la rémunération de fin de formation. Faute pour l'intéressée d'avoir renouvelé son inscription dans les cinq jours à compter du 17 juin 2021 ainsi qu'il lui était demandé par courrier du 2 juin précédent, son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi a cessé pour motif de " fin de stage ". Par une décision du 30 septembre 2021, dont Mme E demande l'annulation, Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur a refusé de l'inscrire rétroactivement, à compter du 18 juin 2021, sur la liste des demandeurs d'emploi.

Sur l'exception d'incompétence soulevée par Pôle emploi :

2. En vertu de l'article L. 5312-1 du code du travail, Pôle emploi est une institution nationale publique dotée de la personnalité morale et de l'autonomie financière qui a pour mission de : " 4° Assurer, pour le compte de l'organisme gestionnaire du régime d'assurance chômage, le service de l'allocation d'assurance et, pour le compte de l'Etat ou du Fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24, le service des allocations de solidarité () ". L'article L. 5312-12 du même code prévoit que : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage, de l'Etat ou du Fonds de solidarité prévu à l'article L. 5423-24 sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ". Le litige qui oppose un particulier à Pôle emploi, relatif au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, ne relève pas de la compétence du juge administratif, mais du seul juge judiciaire.

3. Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à Pôle emploi de rétablir Mme E dans ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Pour contester la décision du 30 septembre 2021 refusant son inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 18 juin 2021, Mme E se prévaut de l'illégalité de la cessation de son inscription le 17 juin précédent, au motif que sa formation n'avait pas cessé à cette date.

5. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut-être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

6. Aux termes de l'article L. 5411-2 du code du travail : " Les demandeurs d'emploi renouvellent périodiquement leur inscription selon des modalités fixées par arrêté du ministre chargé de l'emploi et la catégorie dans laquelle ils ont été inscrits () ". Aux termes de l'article R. 5411-17 de ce même code : " Cesse d'être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi ou est transféré dans la catégorie correspondant à sa nouvelle situation, le demandeur d'emploi : / 1° Soit qui ne satisfait pas à l'obligation de renouvellement périodique de sa demande d'emploi ; / 2° Soit pour lequel l'employeur ou un organisme lui assurant une indemnisation, un avantage social ou une formation porte à la connaissance de Pôle emploi une reprise d'emploi ou d'activité, une entrée en formation ou tout autre changement affectant sa situation au regard des conditions d'inscription ou de classement dans une catégorie ".

7. D'une part, pour refuser à Mme E l'inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi, Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur s'est fondé sur la circonstance que la formation de l'intéressée prenait fin au 17 juin 2021, sans que cette dernière n'ait renouvelé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, en méconnaissance du courrier qui lui avait été adressé le 2 juin précédent. Il résulte toutefois de l'instruction que la formation de Mme E se déroulait du 7 septembre 2020 au 30 septembre 2023, ainsi que cela résulte notamment du courrier de notification d'inscription à un stage établi par Pôle emploi le 23 décembre 2020. Si deux périodes d'interruption de la formation de plus de quinze jours étaient prévues du 18 juin au 31 août 2021 ainsi que du 29 juillet au 31 août 2022, Pôle emploi n'est pas fondé à soutenir que ces périodes n'ouvraient pas droit à l'allocation dénommée " rémunération de fin de formation " en application de la délibération du 4 mai 2021 du conseil d'administration de Pôle emploi, dès lors que Mme E, ainsi que cela résulte de l'attestation délivrée par Pôle emploi le 4 mai 2022, percevait alors non pas l'allocation de rémunération de fin de formation, mais l' " allocation d'aide au retour à l'emploi formation ". Enfin, Pôle emploi se prévaut de la circulaire n° 2020-12 du 6 octobre 2020 de l'Unédic aux termes de laquelle " lorsque la période d'interruption du stage est supérieure à 15 jours, l'intéressé est réinscrit sur la liste des demandeurs d'emploi en catégorie 1,2 ou3 et perçoit l'allocation d'aide au retour à l'emploi ". Toutefois, cette circulaire ne prévoit pas l'obligation pour l'intéressé de solliciter la confirmation de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi avant l'interruption estivale de la formation. Par suite, Mme C B est fondée à soutenir que la décision portant cessation d'inscription n'est pas fondée.

8. D'autre part, la décision de cessation d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi constitue la base légale de la décision contestée de refus d'inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi en litige. Par suite, dans les circonstances très particulières de l'espèce, Mme E est fondée à soutenir que sa cessation d'inscription en qualité de demandeur d'emploi entache d'illégalité la décision de refus d'inscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi qui lui a été opposée par Pôle emploi.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que Mme E est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2021 qu'elle conteste, ensemble la décision du 19 octobre 2021 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que Pôle emploi inscrive rétroactivement Mme E sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 18 juin 2021. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, ainsi qu'il a été dit au point 3, il ne ressort pas de la compétence de la juridiction administrative de se prononcer sur le versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour la période du 18 juin au 1er septembre 2021.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur la somme de 1 000 euros à verser à Mme E en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à Pôle emploi de verser à Mme E l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour la période du 18 juin au 1er septembre 2021 sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : La décision du 30 septembre 2021 du directeur régional de Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur est annulée, ensemble la décision du 19 octobre 2021 de rejet du recours gracieux de Mme E.

Article 3 : Il est enjoint à Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur de procéder à l'inscription rétroactive de Mme E sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 18 juin 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur versera à Mme E la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, à Pôle emploi Provence-Alpes-Côte d'Azur et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A. A

Le président,

Signé

J-M. Laso

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

N°2110585

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