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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110668

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110668

lundi 24 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLANZARONE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Lanzarone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) l'a révoqué et radié des cadres à compter du 3 novembre 2021 ;

2°) de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il a subi ;

3°) de mettre à la charge de l'AP-HM la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est fondée sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il exerce une activité bénévole et que son employeur n'établit pas qu'il aurait exercé cette activité durant les périodes où il était placé en congé pour maladie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son comportement n'a pas été pris en compte alors que ses états de service sont excellents ; le directeur n'a pas procédé à une étude approfondie de sa situation à cet égard ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2022, l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les conclusions aux fins d'indemnisation, n'ayant pas été précédées d'une décision, sont irrecevables et que les moyens d'annulation de la décision ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Ricard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Monsieur C, aide-soignant principal titulaire de l'AP-HM a été reçu en entretien disciplinaire le 6 octobre 2020 après que son employeur eut été informé par son chef de service qu'il exerçait une activité lucrative sans autorisation, notamment durant les périodes où il était placé en congés pour maladie. Le conseil de discipline, réuni le 18 mai 2021, a demandé un complément d'information et s'est réuni à nouveau le 30 septembre 2021 sans parvenir à voter un avis à la majorité. Par une décision du 19 octobre 2021, le directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille a révoqué M. C et l'a radié des cadres à compter du 3 novembre 2021. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision et de condamner l'AP-HM à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice moral subi du fait cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière prévoit, dans sa version applicable au litige, que : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () () Troisième groupe : La rétrogradation, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans ; / Quatrième groupe : La mise à la retraite d'office, la révocation () ".

3. D'autre part, aux termes du I de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire consacre l'intégralité de son activité professionnelle aux tâches qui lui sont confiées. Il ne peut exercer, à titre professionnel, une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit () ".

4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. En premier lieu, le directeur de l'AP-HM a retenu, pour fonder la sanction en litige, la circonstance que M. C était en situation de cumul d'emploi non autorisé et qu'il exerçait durant les périodes de ses congés pour maladie. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du constat d'huissier dressé le 17 novembre 2020 à la demande de l'AP-HM, que l'intéressé exerçait une activité en qualité d'hypnothérapeute énergéticien dont les consultations étaient facturées au prix indicatif de 50 euros et que cette activité est quotidienne. Si le requérant soutient avoir créé une association à but non lucratif pour laquelle il exerce de manière bénévole, il n'a produit ni au cours de la procédure disciplinaire ni dans le cadre de la présente instance aucun début de justification à l'appui de cette affirmation que rien ne permet de considérer comme établie. Il n'a produit ni les statuts de cette association, ni aucun document comptable démontrant qu'il n'aurait, comme il le soutient, perçu aucune rémunération à titre personnel de cette activité, alors même que le conseil de discipline lui avait demandé la transmission de ces documents. En revanche, la circonstance selon laquelle M. C exerçait son activité non autorisée durant ses congés pour maladie ne saurait être regardée comme établie par les pièces du dossier, en dépit du nombre important de jours de congés pris pour ce motif notamment en 2020. Toutefois, le seul fait, matériellement établi, d'avoir exercé une activité privée lucrative non autorisée, prohibé par les dispositions précitées, constitue une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

6. En second lieu, contrairement à ce que soutient M. C, les appréciations portées sur sa manière de servir au cours des douze dernières années ne sont pas excellentes mais, dans l'ensemble, tout au plus correctes, voire médiocres et font apparaître un absentéisme supérieur à trente jours durant neuf années sur onze, et supérieur à cinquante jours durant quatre années sur onze. Eu égard à l'absence de toute information de son employeur par cet agent qui, recruté en 1999, ne pouvait ignorer les règles de non-cumul et d'information applicables aux agents titulaires de la fonction publique hospitalière, et à la durée de son comportement, alors qu'à la date de la décision en litige, l'huissier avait constaté depuis près d'un an qu'il exerçait en qualité d'hypnothérapeute, le directeur de l'AP-HM n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. C la sanction de la révocation qui présente un caractère proportionné.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C, doivent être rejetées, tout comme, par voie de conséquence et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, ses conclusions à fin d'indemnisation, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. A C et au directeur de l'assistance publique - hôpitaux de Marseille.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Bruneau, conseillère,

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

E. B La présidente,

signé

A. MENASSEYRE

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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