jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110698 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LEGALP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 décembre 2021, le 25 août 2022, ainsi que les 29 mars et 17 novembre 2023, la société civile immobilière (SCI) l'Auvergne aux Alpes, représentée par Me Volpato, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2021 par laquelle le maire de Puy-Saint-Vincent a refusé de procéder au déneigement du chemin dit " B ", quartier des prés, sur le territoire de cette commune ;
2°) d'enjoindre à la commune de Puy-Saint-Vincent de réaliser les travaux de déneigement de ce chemin chaque fois qu'il est procédé aux travaux de déneigement des voies communales, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Puy-Saint-Vincent la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- le refus opposé méconnaît les dispositions des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales ;
- le chemin dit B, qui dessert la résidence des époux A, dont elle est propriétaire, est un chemin viabilisé, desservant sept constructions ;
- l'impossibilité pratique de procéder au déneigement n'est pas établie ;
- le refus en litige méconnaît le principe d'égalité de traitement entre les usagers du service public ;
- la décision attaquée résulte d'un détournement de pouvoir.
Par des mémoires en défense enregistrés le 13 mai 2022 et le 26 juin 2023, la commune de Puy-Saint-Vincent, représentée par Me Rouanet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société civile immobilière l'Auvergne aux Alpes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour la commune de Puy-Saint-Vincent et enregistré le 31 janvier 2022, n'a pas été communiqué.
L'instruction a été close le 8 janvier 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la voirie routière ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Niquet,
- et les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
Une note en délibéré, présentée pour la SCI l'Auvergne aux Alpes, a été enregistrée le 15 février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Propriétaire de parcelles cadastrées section D n°s 1450, 1452, 1454 et1455 sur le territoire de la commune de Puy-Saint-Vincent, la société civile immobilière (SCI) l'Auvergne aux Alpes demande au tribunal d'annuler la décision du 11 octobre 2021 par laquelle le maire a refusé de procéder aux opérations de déneigement du chemin dit " B " desservant cette propriété.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les chemins ruraux sont les chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales. Ils font partie du domaine privé de la commune ".
3. Il est constant que le chemin B, situé sur le territoire de la commune de Puy-Saint-Vincent et appartenant à cette commune, n'est pas classé en tant que voie communale. La seule circonstance que ce chemin constituerait un emplacement réservé au plan local d'urbanisme ne permet pas de le regarder comme une voie communale. Par suite, le chemin B est un chemin rural.
4. Il résulte des dispositions combinées de l'article L. 141-8 du code de la voirie routière, de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime et de l'article L. 2321-2 du code général des collectivités territoriales que les dépenses obligatoires pour les communes incluent les dépenses d'entretien des seules voies communales, dont ne font pas partie les chemins ruraux. Les communes ne peuvent être tenues à l'entretien des chemins ruraux, sauf dans le cas où, postérieurement à leur incorporation dans la voirie rurale, elles auraient exécuté des travaux destinés à en assurer ou à en améliorer la viabilité et ainsi accepté d'en assumer, en fait, l'entretien. En outre, le principe du libre accès des riverains à la voie publique est sans incidence sur les obligations d'entretien auxquelles la commune pourrait être soumise.
5. Il ressort des pièces du dossier que sur et sous le " chemin B " sont implantés des réseaux, en particulier d'eau potable et d'électricité. Il ne ressort toutefois ni des constats de commissaires de justice produits par la société requérante ni d'aucune pièce du dossier que la commune de Puy-Saint-Vincent aurait décidé, à l'exception d'un épisode de déneigement, de procéder à des travaux d'entretien et d'amélioration de ce chemin. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas que la commune serait tenue à l'entretien de ce chemin, et par suite, à son déneigement.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées () / 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux ainsi que les pollutions de toute nature, tels que les incendies, les inondations, les ruptures de digues, les éboulements de terre ou de rochers, les avalanches ou autres accidents naturels, les maladies épidémiques ou contagieuses, les épizooties, de pourvoir d'urgence à toutes les mesures d'assistance et de secours et, s'il y a lieu, de provoquer l'intervention de l'administration supérieure () ". Et aux termes de l'article L. 2212-4 du même code : " En cas de danger grave ou imminent, tel que les accidents naturels prévus au 5° de l'article L. 2212-2, le maire prescrit l'exécution des mesures de sûreté exigées par les circonstances () ".
7. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police qui lui sont conférés par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales n'est entaché d'illégalité que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publique, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales. S'agissant des routes ou chemins enneigés, susceptibles par nature de présenter un péril grave pour leurs usagers, les mesures que l'autorité de police doit prendre en vue d'assurer le déneigement dépendent de l'importance et de la nature de la circulation publique sur les voies ainsi que des fonctions de desserte de celles-ci. Il appartient, en outre, à l'autorité de se déterminer au regard des risques propres engendrés pour la sécurité générale par la réalisation même des travaux de déneigement. Compte tenu de ces éléments, l'autorité de police municipale peut légalement décider de ne pas déneiger telle ou telle voie communale, sous réserve de respecter l'égalité des citoyens devant les charges publiques.
8. Alors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus, le chemin dit " B " constitue un chemin rural pour lequel le maire de Puy-Saint-Vincent n'a pas d'obligation générale d'entretien, la SCI l'Auvergne aux Alpes fait valoir que le maire de cette commune était tenu de faire usage de son pouvoir de police afin d'assurer la sécurité des occupants de l'immeuble d'habitation dont elle est propriétaire. Toutefois, la situation particulière du gérant de la SCI requérante, occupant de l'habitation en cause avec son épouse, du fait de son état de santé, ne constitue pas un risque pour la sécurité, la salubrité ou la tranquillité publiques, qui seul peut justifier l'usage par le maire des pouvoirs de police administrative qu'il tient des articles L. 2212-2 et L. 2212-4 du code général des collectivités territoriales. Par ailleurs, la SCI requérante soutient que le chemin en cause dessert sept habitations dont celle dont elle est propriétaire et qui est occupée à l'année. Or, il ressort des pièces du dossier que le propriétaire de l'immeuble d'habitation pour lequel un permis de construire a été accordé le 24 février 2022 n'a pas eu l'autorisation de créer un accès par le chemin B, mais par le chemin dénommé " chemin du Tou ", par l'établissement de servitudes sur les parcelles qui le jouxtent à l'est. Il n'est par ailleurs pas établi, par la seule production de photographies portant sur des propriétés ouvertes, que les autres chalets bâtis aient un accès par le chemin B, alors en particulier que les photographies aériennes produites par les parties dévoilent des voies d'accès par le chemin du Tou. Enfin, s'il ressort des photographies produites ainsi que des observations des commissaires de justice et " consultant foncier " requis par la requérante, que le chemin B a une pente moyenne de 13 % et une largeur comprise entre 2,20 mètres et 3,50 mètres, il n'est toutefois pas utilement contesté que les engins de déneigement de la commune n'interviennent pas sur des pentes trop importantes, et que l'engin de déneigement ne pourrait pas faire demi-tour en fin de chemin. Dans ces conditions, la nature et l'importance de la circulation sur le chemin B ne sont pas telles qu'en refusant de procéder à son déneigement, le maire de Puy-Saint-Vincent aurait fait une inexacte appréciation des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales.
9. En troisième lieu, si la commune procède au déneigement d'autres voies, il ne ressort pas des pièces du dossier que celles-ci présenteraient les mêmes caractéristiques que le chemin B, alors en particulier que la commune de Puy-Saint-Vincent fait valoir sans être utilement contredite que les espaces déneigés correspondent à des chemins d'accès ou parkings privés nécessaires au stationnement des riverains pour permettre l'utilisation des places publiques de stationnement pour les résidents saisonniers et vacanciers, ou pour libérer les voies publiques pour faciliter la circulation. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que pour chaque espace déneigé identifié par la requérante, la commune explique sans être davantage utilement contredite que d'une part, la topographie permet le déneigement, et que d'autre part, seuls sont déneigés les espaces nécessaires au stationnement, ou, pour l'un d'entre eux, au stockage de la neige. Enfin, pour les plus importantes copropriétés, la commune conclut des conventions de déneigement par lesquelles les copropriétaires s'engagent à verser une participation forfaitaire aux opérations de déneigement. Faute pour la SCI requérante d'être dans la même situation que les propriétés ou copropriétés pour lesquelles la commune a procédé ou procède au déneigement des accès ou des places de stationnement, le moyen tiré de la rupture d'égalité devant les charges publiques et de la méconnaissance du principe d'égalité doit donc être écarté.
10. En dernier lieu, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI l'Auvergne aux Alpes n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision qu'elle conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 11 octobre 2021, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre la commune de Puy-Saint-Vincent, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que la SCI requérante présente au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société civile immobilière l'Auvergne aux Alpes est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Puy-Saint-Vincent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière l'Auvergne aux Alpes et à la commune de Puy-Saint-Vincent.
Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistées de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Niquet
La présidente,
Signé
M. Lopa Dufrénot
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026