lundi 12 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2110888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MANYA |
Vu la procédure suivante :
I. Sous le n° 2110888, par une requête et un mémoire enregistrés les 15 décembre 2021 et 29 décembre 2023, Mme B A, représentée par Manya, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a refusé de reconnaître son accident du 19 mai 2021 imputable au service ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire de reconnaître, avec effet rétroactif, son accident imputable au service et de lui verser les compléments de traitements ainsi que le remboursement des frais médicaux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entaché d'un vice de procédure, la commission de réforme n'ayant pas été saisi ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistrés le 17 février 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 14 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 janvier 2024.
II. Sous le n° 2200734, par une requête enregistrée le 26 janvier 2021, Mme B A, représentée par Me Manya, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire l'a placée en congé maladie ordinaire pour la période du 19 mai au 5 juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire de reconnaître avec effet rétroactif l'imputabilité au service de l'accident intervenu le 19 mai 2021 et de lui verser les compléments de traitements qu'elle n'a pas perçus ainsi que le remboursement des frais médicaux ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est illégale en raison de l'illégalité de la décision du 30 septembre 2021 refusant de reconnaitre son accident du 19 mai 2021 imputable au service ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte.
Par un mémoire en défense enregistrés le 17 mai 2023, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le décret n° 2019-122 du 21 février 2019 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,
- et les observations de Me Akacha, représentant de la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, enseignante au lycée d'enseignement général et technologique agricole (LEGTA) de Gap, a été victime d'un malaise le 19 mai 2021 lors d'un conseil de classe en visio-conférence. Par la première décision en litige du 30 septembre 2021, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a refusé de reconnaître l'accident imputable au service. Le ministre a placé Mme A en congé maladie ordinaire, pour la période du 19 mai au 5 juillet 2021, par arrêté du 6 septembre 2021. Elle demande l'annulation des arrêtés des 6 et 30 septembre 2021.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2110888 et 2200734 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de reconnaissance d'imputabilité au service :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Et selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. L'arrêté attaqué du 30 septembre 2021 vise les dispositions législatives et règlementaires applicables. Toutefois, il se borne à viser la déclaration d'accident du 19 mai 2021, le rapport d'enquête administrative et le rapport d'expertise médicale du 20 mai 2021, sans en expliciter le contenu. Si l'article 1er de cet arrêté refuse de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident déclaré par Mme A, il n'indique cependant aucun motif de ce refus et ne s'approprie pas davantage les motifs énoncés sur ce point par l'expert médical. Il n'est par ailleurs ni établi ni même allégué que des éléments explicatifs auraient été transmis à l'intéressée par le ministre au moyen d'un document joint à l'arrêté. Dans ces conditions, l'arrêté du 30 septembre 2021, dont les motifs ne permettent pas de comprendre les raisons sur lesquelles il se fonde à leur simple lecture, doit être regardé comme insuffisamment motivé au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, dont ce vice a privé la requérante d'une garantie, doit être accueilli.
5. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () ".
6. Aux termes de l'article 13 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " La commission de réforme est consultée notamment sur : / () / 2. L'application des dispositions de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée dans les conditions prévues au titre VI bis ; / () ". Aux termes de l'article 47-6 de ce même décret : " La commission de réforme est consultée : 1° Lorsqu'une faute personnelle ou toute autre circonstance particulière est potentiellement de nature à détacher l'accident du service ;/ (). ".
7. Il résulte de ces dispositions, notamment de l'article 47-6 du décret du 14 mars 1986, que la consultation de la commission de réforme est obligatoire lors d'un accident de service dans tous les cas où le bénéfice d'un congé pour imputabilité au service est demandé par l'agent et que l'administration entend lui refuser pour l'un des motifs qu'il prévoit, hormis le cas où le défaut d'imputabilité au service est manifeste. L'avis de cette commission contribue à la garantie que la décision prise le sera de façon éclairée, quand bien même cet avis n'est que consultatif.
8. Il ressort des pièces du dossier que si une enquête administrative ainsi qu'une expertise médicale ont été diligentées par le ministre, il est constant que la commission de réforme n'a pas été saisie pour avis, alors même que la requérante avait sollicité la reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident au regard de la déclaration d'accident du 20 mai 2019. Par suite, alors que le ministre n'apporte aucun élément de nature à démontrer le caractère manifeste du défaut d'imputabilité, la procédure suivie, préalablement à l'intervention de la décision de refus du 30 septembre 2021 en litige, est entachée d'un vice susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision prise et a privé la requérante d'une garantie. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être accueilli.
9. En dernier lieu, Mme A a été victime d'un malaise vagal lors d'un conseil de classe en visioconférence le 19 mai 2021. S'il est constant que cet accident a eu lieu sur le temps et le lieu du service, alors même que l'intéressée était en télétravail, la requérante ne fait cependant pas état d'élément qui aurait déclenché ce malaise. Il ressort par ailleurs du certificat médical du médecin l'ayant examiné le jour-même de l'accident que celle-ci souffre de métrorragies dues à des antécédents médicaux. Le rapport d'expertise diligenté par un médecin expert expose également l'existence d'un état pathologie antérieur important. Dans ces conditions, alors que Mme A se borne à soutenir que cet accident a eu lieu pendant son temps de service sans apporter d'explication sur l'élément déclencheur du malaise, le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de reconnaître cet accident imputable au service.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2021 refusant de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du 19 mai 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulations de l'arrêté du 6 septembre 2021 :
11. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui en sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé.
12. L'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a placé Mme A en congé de maladie ordinaire, est intervenu, par anticipation, en raison du refus de reconnaître l'imputabilité au service de son accident du 19 mai 2021, qui a été acté par l'arrêté du 30 septembre 2021. Dès lors, par voie de conséquence de l'annulation pour excès de pouvoir prononcée par le présent jugement de cet arrêté, il y a lieu d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
14. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, le présent jugement n'implique pas que le ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire reconnaisse l'accident du 19 mai 2021 imputable au service ainsi que le demande Mme A. Il n'y a ainsi pas lieu de faire droit aux conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 30 septembre 2021 refusant la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 19 mai 2021 est annulée.
Article 2 : L'arrêté du 6 septembre 2021 plaçant Mme A en congé de maladie ordinaire est annulé.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.
La rapporteure,
Signé
A. FAYARD
Le président,
Signé
F. SALVAGE
La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
2, 2200734
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026