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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2110955

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2110955

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2110955
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVINCENSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 décembre 2021 et 24 juin 2022, M. B A, représenté par Me Vincensini, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'autoriser le regroupement familial sollicité ou, à défaut, de réexaminer sa demande, ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet des Bouches-du-Rhône s'est cru tenu de rejeter la demande en l'absence de ressources suffisantes ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en tant qu'il n'a pas été tenu compte de sa pension d'invalidité ;

- le préfet ne pouvait se fonder sur l'insuffisance de ses ressources sans discrimination à raison de son handicap ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant au montant de ses revenus ;

- la décision porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône sollicite le rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 30 septembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de regroupement familial présentée par M. A au bénéfice de son épouse. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnelle de croissance () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : 1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes () ".

3. L'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale ouvre droit à une pension d'invalidité, après une interruption de travail ou en cas d'usure prématurée de l'organisme, en cas d'invalidité emportant réduction de la capacité de travail ou de gain et diminution de la rémunération. En vertu de l'article R. 341-2 du même code, l'invalidité doit réduire cette capacité au moins des deux tiers. Dans ces conditions, l'administration ne saurait, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par le titulaire d'une telle pension, se fonder sur l'insuffisance de ses ressources sans introduire, dans l'appréciation de son droit à une vie privée et familiale normale, une discrimination à raison de son handicap prohibée par les articles 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, reconnu travailleur handicapé à compter du 12 mars 2018, s'est vu reconnaître, à compter du 8 juillet 2019, un état d'invalidité réduisant des deux tiers au moins sa capacité de travail et bénéficie d'une pension d'invalidité à compter de cette même date versée par la caisse primaire d'assurance maladie, d'un montant brut mensuel de 357,43 euros. M. A a déposé sa demande de regroupement familial le 26 octobre 2020. Dès lors, le montant de ses ressources appréciées au titre de l'article R. 434-4 précité est égal à la moyenne mensuelle de ses ressources du 1er octobre 2019 au 30 septembre 2020, soit 820,46 euros brut au titre des salaires et 357,43 euros au titre de la pension d'invalidité, soit 1 177,89 euros, montant inférieur au montant mensuel moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance brut au titre de la même période.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en se fondant sur l'insuffisance des ressources de l'intéressé, la décision attaquée a introduit une discrimination prohibée par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, elle doit être annulée, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a seulement lieu de prescrire à l'administration, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la demande de regroupement familial, au regard des motifs du présent jugement et en tenant compte des circonstances de fait et de droit éventuellement survenues entre la décision annulée et la nouvelle décision qui sera prise, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

7. D'une part, M. A n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'État au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée. D'autre part, l'avocate de M. A n'a pas demandé que lui soit versée la somme correspondant aux frais exposés qu'elle aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'État une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 30 septembre 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de regroupement familial de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer la demande de regroupement familial de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Delzangles, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le président - rapporteur,

signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

signé

B. Delzangles

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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