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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2111286

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2111286

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2111286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantZAVARRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Zavarro, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a décidé de la suspension de son agrément d'enseignement et de sa rémunération ;

2°) de condamner l'administration à lui rembourser les salaires non versés depuis le 19 octobre 2021 ;

3°) de condamner l'administration à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de ses préjudices économique et moral ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision comporte une erreur concernant son prénom ;

- elle ne mentionne aucune voie de recours ;

- elle comporte une erreur concernant le courriel de la personne en charge de son dossier ;

- la décision est mal fondée dès lors qu'il n'a été en contact avec les élèves que le 3 septembre 2021 et qu'il travaillait par la suite en heures de délégation lui permettant de circuler librement au sein de l'institut et de l'association ;

- il n'a pas été convoqué à un entretien préalable ni ne s'est vu proposer une affectation temporaire le dispensant de l'obligation vaccinale, en méconnaissance de la note de la DRRH du ministère de l'éducation nationale parue au bulletin académique du 20 septembre 2021 ;

- il est dès lors fondé à solliciter le remboursement de son salaire depuis le 19 octobre 2021 et la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices économique et moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, le recteur de l'académie d'Aix-Marseille conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables à défaut de liaison du contentieux ;

- les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- et les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, instituteur et titulaire d'un agrément d'enseignement, en poste au sein de l'institut médicoéducatif (IME) Les Ecureuils à Marseille, établissement sous contrat simple entre l'Etat et l'association Fouque, demande au tribunal d'annuler la décision du 21 octobre 2021 par laquelle le recteur de l'académie d'Aix-Marseille a décidé de la suspension de son agrément d'enseignement et de sa rémunération, de condamner l'administration à lui rembourser les salaires non versés depuis le 19 octobre 2021 et à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices économique et moral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les erreurs matérielles que comporte la décision attaquée, quant au prénom de M. A et à l'adresse courriel de l'agent du rectorat en charge du suivi de son dossier, sont sans incidence sur sa légalité. A cet égard, le requérant n'indique avoir été dans l'impossibilité de contacter l'administration auteure de la décision attaquée ni, le cas échéant, les effets que cette situation aurait eu sur la légalité de l'acte attaqué à la date de son édiction.

3. En deuxième lieu, la circonstance qu'une décision ne comporte pas les voies et délais de recours est sans incidence sur sa légalité, mais seulement sur le délai de recours contentieux.

4. En troisième lieu, aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : () / k) Les établissements et services sociaux et médico-sociaux mentionnés aux 2°, 3°, 5°, 6°, 7°, 9° et 12° du I de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'exception des travailleurs handicapés accompagnés dans le cadre d'un contrat de soutien et d'aide par le travail mentionné au dernier alinéa de l'article L. 311-4 du même code () ". Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.-Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : / 1° Les établissements ou services prenant en charge habituellement, y compris au titre de la prévention, des mineurs et des majeurs de moins de vingt et un ans relevant des articles L. 221-1, L. 222-3 et L. 222-5 ; / 2° Les établissements ou services d'enseignement qui assurent, à titre principal, une éducation adaptée et un accompagnement social ou médico-social aux mineurs ou jeunes adultes handicapés ou présentant des difficultés d'adaptation ; () ".

5. Il résulte de ces dispositions que les personnes soumises à l'obligation de vaccination sont celles travaillant au sein de certains établissements, sans distinction entre les fonctions exercées. En se bornant à faire valoir qu'il a n'a été en relation directe avec les élèves que le vendredi 3 septembre 2021 et que, par la suite, il travaillait sans contact avec les jeunes, en " heures de délégation " l'amenant à " circuler librement " au sein de l'institut, M. A, qui ne soutient pas exercer son activité en dehors d'un établissement au sein duquel une obligation vaccinale est prévue, n'est pas fondé à soutenir, en tout état de cause, que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 442-12 du code de l'éducation : " Les établissements d'enseignement privés du premier degré peuvent passer avec l'Etat un contrat simple suivant lequel les maîtres agréés reçoivent de l'Etat leur rémunération qui est déterminée compte tenu notamment de leurs diplômes et des rémunérations en vigueur dans l'enseignement public () ". Les maîtres agréés qui enseignent dans des établissements ayant passé un contrat simple avec l'Etat sont des salariés des organismes de gestion de ces établissements, même si leur rémunération est prise en charge par l'Etat. Les litiges les opposant aux chefs de ces établissements, qui se rattachent à l'exécution de leur contrat de travail, relèvent de la compétence du juge judiciaire.

7. Selon une note de la direction des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale parue au bulletin académique du 20 septembre 2021 relative à l'application de l'obligation vaccinale aux agents relevant de la fonction publique de l'Etat, les agents ne présentant pas de justificatif de vaccination doivent être reçus par la DDRH afin de se voir rappeler l'obligation vaccinale et l'interdiction d'exercer son emploi à défaut de vaccination. Cette note précise que l'agent, à sa demande, peut être affecté sur un emploi ne nécessitant pas l'obligation vaccinale.

8. Le recteur fait valoir en défense, sans être contesté, que M. A exerçait au sein d'un établissement d'enseignement privé sous contrat simple avec l'Etat. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 20 octobre 2021, l'établissement Les Ecureuils, où exerçait l'intéressé, a informé le rectorat de la suspension du contrat de travail de M. A compte tenu de l'absence de vaccination. La note mentionnée au point précédent n'est pas applicable à la situation de M. A, qui est salarié d'un établissement privé et qui n'est pas employé par l'Etat. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision du rectorat attaquée, qui porte suspension d'agrément et de rémunération compte tenu de la décision de suspension de son contrat par l'établissement employeur, aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence d'entretien préalable et de proposition de reclassement. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de la note de la DRRH du ministère de l'éducation nationale parue au bulletin académique du 20 septembre 2021 doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires et tendant au remboursement de ses salaires :

10. M. A ne soulève aucune faute ni aucun régime de responsabilité au soutien de ses conclusions tendant à ce que l'Etat soit condamné à rembourser ses salaires et à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de ses préjudices économique et moral. Il résulte par ailleurs de tout ce qui précède que M. A n'établit pas l'illégalité de la décision attaquée. Il n'y a dès lors pas lieu de faire droit à ses conclusions indemnitaires et tendant au remboursement de ses salaires, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de leur irrecevabilité à défaut de liaison du contentieux.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Copie en sera transmise pour information au recteur de l'académie d'Aix-Marseille.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de S. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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