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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200057

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200057

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200057
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSEMERIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 janvier et 18 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Poncelet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence (MAMP) lui a infligé la sanction disciplinaire de la révocation ;

2°) de mettre à la charge de la MAMP une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté litigieux est entaché d'inexactitude matérielle des faits ;

- il est disproportionné et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les faits justifiant la sanction en litige ont fait l'objet d'un classement sans suite par le Procureur de la République ;

- cet arrêté ne sanctionne pas de nouveaux faits et n'est que la continuité de la précédente sanction.

.

Par des mémoires en défense enregistrés les 16 mai et 7 décembre 2022, la MAMP, représentée par Me Semeriva, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. A d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Poncelet, représentant M. A et de Me Semeriva, représentant la MAMP.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint administratif de 2ème classe, exerçait les fonctions de développeur économique territorial au sein de la MAMP depuis le 1er mars 2014. Un comportement inadapté et irrespectueux envers ses collègues et sa hiérarchie lui ayant été reproché, il a été suspendu de ses fonctions par un arrêté du 21 septembre 2020. A l'issue de son congé de maladie du 28 septembre au 30 novembre 2020, M. A a de nouveau été suspendu, jusqu'au 23 janvier 2021, par un arrêté du 30 novembre 2020. Par ailleurs, la présidente de la MAMP a, par un arrêté du 28 décembre 2020, suspendu le traitement de l'intéressé sur une période allant du 7 au 18 septembre 2020 pour absence de service fait. L'intéressé a également a fait l'objet le 16 mars 2021 d'une sanction d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de douze mois, aux motifs que depuis plusieurs années, il avait adopté un comportement particulièrement inadapté et/ou inapproprié à l'égard de sa hiérarchie comme à l'encontre de ses deux collègues de travail occupant comme lui un poste de développeur économique. A la suite de la plainte pénale déposée à son encontre le 11 juin 2021 par une collègue de travail pour des faits de menaces de commettre un crime ou un délit, une seconde procédure disciplinaire a été engagée le 18 juin 2021.Suivant l'avis du conseil de discipline du 6 septembre 2021, par un arrêté du 9 novembre 2021, intervenu au cours de la période d'exécution de la précédente sanction du 16 mars 2021, la présidente de la MAMP a infligé à M. A la sanction disciplinaire de la révocation. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021.

Sur la légalité de l'arrêté de révocation :

2. M. D B, directeur général adjoint des ressources humaines de la MAMP, signataire de l'arrêté du 9 novembre 2021 en litige bénéficiait, par arrêté du 26 avril 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la métropole, d'une délégation de signature à l'effet de signer les arrêtés relatifs à l'application de sanctions disciplinaires des groupes, 2, 3 et 4. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. Quatrième groupe : - la mise à la retraite d'office ; - la révocation. () ".

4. D'une part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. D'autre part, lorsque les faits commis par un agent public donnent lieu à la fois à une action pénale et à des poursuites disciplinaires, l'administration peut se prononcer sur l'action disciplinaire sans attendre l'issue de la procédure pénale. Enfin, l'autorité de la chose jugée au pénal s'impose à l'administration comme au juge administratif en ce qui concerne les constatations de fait que les juges répressifs ont retenues et qui sont le support nécessaire du dispositif d'un jugement devenu définitif.

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué du 9 novembre 2021 que la présidente de la MAMP a infligé à M. A la sanction disciplinaire de la révocation du fait d'un manquement grave à l'obligation d'avoir un comportement non violent et non menaçant envers ses collègues de travail et sa hiérarchie, à l'obligation de dignité et à l'obligation de ne pas dégrader l'image de l'administration et du cadre d'emploi auquel il appartient pour avoir menacé verbalement et violenté moralement le 10 juin 2021, alors qu'elle quittait son lieu de travail, une agente administrative de la direction du développement économique, qui a déposé à ce sujet une plainte au commissariat de police d'Istres le 11 juin 2021, et prononcé des propos menaçants à l'encontre de l'ensemble du personnel de cette direction, étant précisé que dix agents de celle-ci ont individuellement déposé à ce propos une main courante le 14 juin 2021 auprès du commissariat de police d'Istres et ont sollicité le même jour le bénéfice de la protection fonctionnelle, qui leur a été accordé le 15 juin 2021, et que la MAMP a déposé le 17 juin 2021 auprès du Procureur de la République d'Aix-en-Provence une plainte pour menaces de commettre un crime ou un délit (article 222-17 du code pénal).

6. Si le requérant soutient que les faits qui lui sont reprochés méconnaissent la règle non bis in idem dès lors qu'il a déjà été sanctionné pour ces faits à l'occasion de la sanction d'exclusion temporaire pour une durée de douze mois infligée par arrêté du 16 mars 2021, il ressort de cet arrêté que M. A a fait l'objet d'une exclusion temporaire aux motifs que depuis plusieurs années, il avait adopté un comportement particulièrement inadapté et/ou inapproprié à l'égard de sa hiérarchie comme à l'encontre de ses deux collègues de travail occupant comme lui un poste de développeur économique, que ce comportement, qui induisait une ambiance de travail particulièrement délétère au sein du service, se traduisait par une insubordination récurrente, une violence verbale incontrôlable, une désinvolture manifeste et délibérée dans les tâches qui lui étaient confiées, qu'il avait fait l'objet d'un précédent rappel des obligations déontologiques de la part de la directrice générale des services du territoire Istres Ouest Provence, le 4 février 2020, pour non-respect des consignes d'utilisation des véhicules de service malgré de nombreux rappels, remise en cause de sa hiérarchie à la suite de la diffusion d'une note interne rappelant les règles d'utilisation des véhicules de service, comportement menaçant et violence verbale à l'égard de sa hiérarchie, altercations avec des collègues de travail et manque d'investissement dans le travail et refus de coopérer, que son comportement se manifestait plus précisément, à l'égard de sa cheffe de service, par des faits de harcèlement moral, des violences verbales et des refus d'obéir, et, à l'égard de la directrice du développement économique et de ses deux collègues développeurs économiques, par de l'irrespect, de la violence et de l'arrogance et, enfin, qu'il avait été absent de manière injustifiée du 2 au 18 septembre 2020. Par conséquent, le requérant, qui a adopté de nouveau un comportement menaçant et moralement violent, le 10 juin 2021 justifiant la sanction de révocation, n'est pas fondé à soutenir que la présidente de la MAMP l'a illégalement sanctionné deux fois pour les mêmes faits en violation du principe non bis in idem.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'en cours d'exécution de la mesure d'exclusion temporaire de fonctions en date du 16 mars 2021, M. A a, ainsi qu'il a été dit, le 10 juin 2021 de nouveau adopté un comportement menaçant et violent à l'encontre de l'une de ses collègues, régisseuse de recettes, qui a porté plainte le lendemain, et qu'il a également proféré des menaces à l'encontre de ses collègues. Selon le procès-verbal de dépôt de plainte pénale, alors que la régisseuse rentrait en voiture à son domicile à la fin de sa journée de travail, elle a été doublée par M. A, qui a bloqué son véhicule. Ce dernier s'est alors approché de l'intéressée, très en colère et en la pointant du doigt, et l'a menacée, ainsi que ses autres collègues. Tétanisée, cette collègue a alors immédiatement appelé sa responsable pour lui parler de cet incident. Il ressort en outre des pièces du dossier que sur les onze collègues de M. A, dix d'entre eux ont déposé des mains courantes à la suite de cet incident auprès des services de police. Le requérant ne conteste pas utilement ces faits en se bornant à soutenir qu'il n'a jamais été en conflit avec sa cheffe de service et en se prévalant de deux attestations d'usagers du service public ne portant pas sur l'agression du 10 juin 2021.

8. La circonstance, à la supposer établie, que les faits reprochés à M. A n'auraient donné lieu à aucune condamnation pénale ne saurait interdire de les prendre en compte dans une instance à caractère disciplinaire. Ces agissements, dont la réalité n'est pas sérieusement contestée, sont fautifs et de nature à justifier une sanction disciplinaire.

9. Compte tenu de la gravité des faits reprochés à M. A, alors qu'il faisait déjà l'objet d'une sanction d'exclusion temporaire d'une durée de douze mois pour avoir adopté un comportement inadapté et inapproprié tel que décrit au point 6, la sanction de la révocation, même s'il s'agit de la plus lourde des sanctions disciplinaires susceptibles d'être infligées à un agent public, ne revêt pas un caractère disproportionné.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A la somme de 400 euros à verser à la MAMP sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce que la MAMP, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à la MAMP la somme de 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

Signé

F. E

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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