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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200160

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200160

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200160
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 janvier 2022 et 30 septembre 2023, M. A D, représenté par Me Mazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 juillet 2021 par laquelle la métropole Aix-Marseille-Provence l'a déclaré guéri de son accident de service du 1er avril 2019 et la décision implicite de rejet du recours gracieux formé le 3 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la métropole Aix-Marseille-Provence de le reclasser sur un poste adapté et de le placer rétroactivement en congé pour invalidité temporaire imputable au service ;

3°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence dès lors que Mme E n'a pas compétence pour statuer sur la demande de reconnaissance d'un accident de service ou des circonstances d'une rechute ;

- la commission de réforme n'a pas été saisie pour se prononcer sur sa consolidation et son taux d'invalidité ;

- le médecin de prévention, qui était absent lors de la commission de réforme, n'a transmis aucun rapport à celle-ci ;

- aucun spécialiste du poignet n'a siégé au sein de la commission de réforme ;

- la décision contestée, qui ne vise ni l'avis de la commission de réforme ni ne mentionne cette commission, n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'est pas guéri, que l'administration a imputé une dégradation de son état de santé à une prétendue antériorité en méconnaissance des certificats médicaux transmis et qu'elle prétend à tort qu'il n'aurait pas fait de demande de prise en charge de ses rechutes ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'administration a méconnu son obligation de reclassement et a contribué à ses rechutes et à son inaptitude ;

- l'administration a manqué à son obligation de prévention et de protection de la santé et de la sécurité au travail en méconnaissance des dispositions de l'article L. 4121-2 et suivants du code du travail.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 mars et 18 octobre 2023, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Le Chatelier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. D en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre un courrier qui n'a qu'une valeur informative ;

- à supposer qu'il s'agisse d'une décision, celle-ci ne fait que confirmer la décision du 16 septembre 2019 et est donc insusceptible de faire l'objet d'un recours contentieux ;

- la requête est tardive dès lors que le requérant ne démontre pas la réception par l'administration de son recours gracieux, le numéro du recommandé n'étant pas reporté sur le courrier ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux et à fin d'injonction, qui sont nouvelles, sont tardives pour avoir été présentées après l'expiration du délai de recours contentieux et sont donc irrecevables ;

- les conclusions à fin d'indemnisation, qui ne sont pas chiffrées, sont irrecevables ;

- les demandes indemnitaires formulées par le requérant ne sont pas fondées dès lors qu'elle n'a pas commis de faute ;

- la demande de reclassement est sans objet dans la mesure où le requérant est affecté depuis le 1er juin 2021 sur un poste compatible avec son état de santé ;

- le moyen tiré du manquement à l'obligation de prévention et de protection de la santé et de la sécurité au travail est inopérant ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Salmon, représentant M. D, et de Me Nava, substituant Me Le Chatelier, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, adjoint technique territorial employé par la métropole Aix-Marseille-Provence, occupait un poste de ripeur quand il a été victime le 1er avril 2019 d'un accident déclaré imputable au service. Par courrier du 16 septembre 2019, la métropole a pris une décision conforme aux conclusions de l'expert du 8 août 2019 et considéré que M. D était guéri, qu'il pouvait reprendre son service dès le 19 août 2019 et qu'aucune incapacité permanente partielle n'était à déplorer. Le requérant a contesté cette décision par courrier du 29 janvier 2021 et la commission de réforme s'est réunie le 10 juin 2021. Le 2 juillet 2021, la métropole a informé le requérant de la clôture de son dossier du fait de sa guérison avec retour à l'état antérieur. M. D, qui a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 3 septembre 2021, demande au tribunal l'annulation de la décision du 2 juillet 2021 et du rejet implicite de son recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense aux conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision du 2 juillet 2021 par laquelle la métropole Aix-Marseille-Provence a indiqué à M. D qu'elle retenait la guérison de son accident de service du 1er avril 2019, avec retour à l'état antérieur, à la date du 8 août 2019 fait grief à celui-ci et ne présente pas un simple caractère informatif.

3. En deuxième lieu, une décision dont l'objet est le même que celui d'une décision antérieure revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entretemps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la décision du 2 juillet 2021 détermine, d'une part, une date de guérison différente de celle fixée par la décision initiale du 16 septembre 2019 et, d'autre part, qu'elle a été prise à la suite d'un avis de la commission de réforme du 10 juin 2021. Dans ces conditions, la métropole Aix-Marseille-Provence n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait une décision confirmative.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a adressé, à l'encontre de la décision contestée, qui mentionnait les voies et délais de recours, un recours gracieux à la métropole Aix-Marseille-Provence par lettre recommandée notifiée à celle-ci le 6 septembre 2021. Si la collectivité soutient que ce recours gracieux ne peut être considéré comme valablement formé compte tenu du fait que le courrier ne mentionne pas le numéro du recommandé porté sur l'enveloppe, en l'absence de tout élément de nature à faire douter de ce que le pli notifié à l'administration ne contiendrait pas le courrier portant recours, le fait que la lettre ait été régulièrement présentée à l'adresse du destinataire suffit à établir que la métropole Aix-Marseille-Provence a bien reçu ce courrier de recours gracieux. Par suite, le délai de recours contentieux, qui été prorogé par le recours gracieux notifié le 6 septembre 2021, n'était pas expiré à l'introduction du recours contentieux le 7 janvier 2022. La fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions en annulation de la décision du 2 juillet 2021 doit donc être écartée.

7. En quatrième lieu, les conclusions en annulation formées à l'encontre de la décision implicite de rejet du recours gracieux, qui ne portent pas sur un litige distinct dès lors que cette décision a pour objet de rejeter implicitement le recours formé par le requérant à l'encontre de la décision initiale, sont recevables.

Sur la légalité de la décision du 2 juillet 2021 :

8. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 2 juillet 2021 a été signée par Mme B E, directrice générale adjointe déléguée ressources humaines, qui a reçu délégation par arrêté n°21/317/CM du 19 mars 2021 de la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C F, directeur accompagnement qualité de vie au travail de la métropole Aix-Marseille-Provence, pour l'ensemble des agents métropolitains, en matière d'accident, à l'effet de signer les courriers individuels relatifs à l'aménagement du travail en lien avec les services de médecine. La décision contestée ne s'apparentant pas à un courrier individuel de ce type mais constituant une décision relative à la fixation de la date de guérison d'un accident de service avec retour à l'état antérieur, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Eu égard au motif d'annulation de la décision attaquée, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à la métropole Aix-Marseille-Provence de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Les conclusions tendant au reclassement du requérant sur un poste adapté et à son placement rétroactif en congé pour invalidité temporaire imputable au service doivent donc être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées à leur encontre en défense.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font, en revanche, obstacle à ce que soit mise à la charge de M. D, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la métropole Aix-Marseille-Provence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 juillet 2021 de la métropole Aix-Marseille-Provence est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la métropole Aix-Marseille-Provence de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La métropole Aix-Marseille-Provence versera à M. D la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la métropole Aix-Marseille-Provence présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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