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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200250

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200250

mercredi 27 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMORAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Morand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Cabannes lui a infligé, à titre disciplinaire, un abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur prenant effet le 1er décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de Cabannes de la réintégrer au 5ème échelon avec effet au 1er décembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cabannes la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure disciplinaire est viciée dès lors que la commune de Cabannes a procédé à l'ouverture d'un courrier qui lui était adressé par un responsable syndical en méconnaissance du secret des correspondances et des droits de la défense ;

- la décision litigieuse méconnait les dispositions de l'article 13 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux dès lors que le conseil de discipline, qui a été saisi le 10 août 2021, ne s'est prononcé que le 20 octobre 2021, soit plus de deux mois après sa saisine ;

- la sanction est disproportionnée et injustifiée dès lors que, d'une part, elle n'a pas exercé d'activité privée lucrative concomitamment à son emploi de fonctionnaire municipale, car il s'agissait d'une activité bénévole exercée dans le cadre d'une association et qui ne portait pas atteinte au bon fonctionnement du service et que l'association n'a finalement pas eu d'activité en pratique, et que, d'autre part, la distribution de prospectus promotionnels dans deux bâtiments communaux avait été autorisée par le maire tandis que la mise à disposition de la salle pour l'activité de magnétisme avait été validée par la commune ;

- la décision litigieuse est discriminatoire car reposant sur un grief lié à son état de santé ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir car il s'agit, en réalité, de la sanctionner pour le fait d'être en arrêt maladie dans un contexte de harcèlement par l'un de ses collègues à son encontre au sujet duquel aucune enquête n'a été réalisée par la commune de Cabannes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, la commune de Cabannes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le dépassement du délai de 10 jours prévu par l'article 13 du décret du 18 septembre 1989 n'a pas privé Mme A d'une garantie ou influé sur le sens de la décision litigieuse ;

- aucun des autres moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Morand, représentant Mme A, et de Me Del Prete, représentant la commune de Cabannes.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A est employée comme brigadière-cheffe de la police municipale par la ville de Cabannes. Dans le cadre d'une procédure disciplinaire initiée le 10 août 2021, il lui a été reproché d'avoir, d'une part, exercé, en parallèle de ses fonctions de policière municipale, une activité privée lucrative de soins et initiation en magnétisme non compatible avec ses fonctions et sans autorisation, et, d'autre part, d'avoir promu cette activité au sein de deux bâtiments communaux recevant du public en juillet 2021. Le 20 octobre 2021, le conseil de discipline a retenu les faits de promotion de l'activité en question, de nature à porter atteinte à l'image de la police municipale de la commune de Cabannes, et émis un avis favorable à une exclusion temporaire de fonctions de trois jours. Le 26 novembre 2021, la commune de Cabannes a sanctionné la requérante d'un abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur. Mme A demande l'annulation de cet arrêté et à ce qu'il soit enjoint à la commune de Cabannes de la réintégrer à l'échelon supérieur.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, à supposer même qu'elle soit établie, la circonstance que l'administration aurait ouvert un courrier adressé par une organisation syndicale à Mme A à l'adresse de la commune et lui proposant un rendez-vous est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " Le conseil de discipline doit se prononcer dans le délai de deux mois à compter du jour où il a été saisi par l'autorité territoriale () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline a été saisi par le maire de Cabannes le 10 août 2021 et a rendu son avis le 20 octobre suivant, soit au-delà du délai de deux mois dans lequel le conseil doit se prononcer. Le délai fixé par les dispositions exposées au point 3 n'est toutefois pas prescrit à peine de nullité. Dès lors, cette circonstance n'est pas de nature à vicier la procédure au terme de laquelle a été prise la décision de sanction contestée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : Premier groupe : l'avertissement ; le blâme ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; Deuxième groupe : la radiation du tableau d'avancement ; l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent () ".

6. D'une part, en l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir. D'autre part, le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les questions de savoir si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. Pour décider l'abaissement d'échelon de Mme A, la commune de Cabannes lui a reproché l'exercice d'une activité privée lucrative sans demande d'autorisation préalable et non compatible avec ses fonctions, en méconnaissance des dispositions de l'article 25 septies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et de l'article 11 du décret du 30 janvier 2020 relatif aux contrôles déontologiques dans la fonction publique, ainsi que la promotion de cette activité au sein de deux bâtiments communaux recevant du public.

8. L'association créée par Mme A le 29 mai 2021, et dont l'objectif était les soins et l'initiation au magnétisme, avait toutefois été déclarée comme dépourvue de but lucratif et a été dissoute le 19 juillet suivant sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que sa brève existence lui ait permis de susciter des revenus et de rémunérer la requérante au titre de ses interventions. Dans ces conditions, les faits reprochés à Mme A ne peuvent, en ce qui concerne cet exercice illégal d'une activité privée lucrative, être tenus pour établis.

9. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir d'examiner si, après neutralisation d'un motif entaché d'illégalité, l'autorité administrative aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur les autres motifs invoqués.

10. Mme A ne conteste pas avoir, par ailleurs, entreposé, à l'accueil du centre communal d'action sociale et du bureau des emplois et dans le hall du centre socio-culturel de Cabannes, des prospectus publicitaires invitant à une consultation en soins et initiation au magnétisme pour un tarif compris entre 15 et 50 euros et comportant son identité complète ainsi que ses adresses postale et numérique et son numéro de téléphone portable. Si elle soutient avoir obtenu l'autorisation du maire non seulement pour entreposer des prospectus dans des bâtiments communaux mais également pour réserver chaque semaine une salle du centre socio-culturel de Cabannes pour y exercer son activité de magnétisme, elle ne l'établit pas alors que la commune de Cabannes fait valoir que le maire avait seulement autorisé l'intéressée à se rapprocher du président du foyer rural pour la réservation d'une salle en vue d'y organiser un événement. Les mentions portées sur les prospectus publicitaires, qui portent le nom de la requérante et ses coordonnées personnelles, sont de nature à susciter le doute dans l'esprit du public quant aux activités exercées par Mme A sur son temps de travail et sont de nature à porter atteinte à l'image de la police municipale de Cabannes. La promotion d'une activité tarifée de magnétisme au sein de locaux communaux constitue un manquement aux obligations déontologiques de tout fonctionnaire territorial et, par suite, sont constitutifs d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

11. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Cabannes aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur les faits exposés au point 10. En outre, eu égard à la nature des faits en cause et au devoir d'exemplarité attaché aux fonctions de brigadière-cheffe de la police municipale, la sanction d'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur retenue ne présente pas un caractère disproportionné.

12. En quatrième lieu, si Mme A soutient que la sanction contestée serait constitutive d'une discrimination liée à son état de santé, la décision étant intervenue durant un congé de maladie ordinaire, elle ne produit aucun élément de nature à faire présumer une telle discrimination alors que la décision en cause n'a pas été prise pour un tel motif. Par suite, le moyen tiré d'une discrimination liée à son état de santé doit être écarté.

13. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Cabannes.

Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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