mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2200298 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LUCCHINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 janvier, 27 octobre et 4 novembre 2022, ainsi qu'un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 3 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Lucchini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 septembre 2021 par laquelle la présidente du département des Bouches-du-Rhône a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident dont elle a été victime le 13 septembre 2018 ainsi que la décision du 22 novembre 2021 par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;
2°) d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de prendre une nouvelle décision quant à l'imputabilité au service de cet accident dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 7 131 euros au titre de ses préjudices moral et financier ;
4°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ses conclusions indemnitaires sont recevables dès lors qu'elle a bien lié le contentieux ;
- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où le dossier la concernant qui lui a été communiqué ne comportait pas de pièces médicales ;
- la commission de réforme n'a peut-être pas été destinataire des pièces médicales la concernant ;
- aucun médecin psychiatre n'était présent lors de la séance de la commission de réforme, en méconnaissance des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 ;
- l'administration ne démontre pas l'existence d'une faute personnelle détachable du service ;
- l'administration a commis une faute en refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de son accident en méconnaissance du jugement n° 1903477 du tribunal administratif de Marseille du 14 juin 2021 ;
- cette faute lui a occasionné beaucoup de stress et son préjudice moral doit être évalué à 2 000 euros, tandis que la perte d'une partie de son traitement et de ses primes doit être évaluée à 5 131 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 mars et 16 décembre 2022, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Walgenwitz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- l'arrêté du 4 août 2024 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Forest,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Me Lucchini, représentant Mme B, et de Me Allala, représentant le département des Bouches-du-Rhône.
Considérant ce qui suit :
1. Titulaire du grade de rédactrice, Mme B occupe des fonctions de juriste achat public au sein de la direction juridique du département des Bouches-du-Rhône. Le 13 septembre 2018, à la suite de deux altercations verbales l'ayant opposée à l'une de ses collègues, elle a été placée en congé de maladie ordinaire. Le 22 octobre 2018, elle a sollicité la reconnaissance en accident de service de cet épisode conflictuel. Lors de sa séance du 17 janvier 2019, la commission de réforme a émis un avis défavorable à cette demande, qui a été rejetée par l'administration par décision du 14 février 2019. Celle-ci ayant été annulée par un jugement n° 1903477 du tribunal administratif de Marseille du 14 juin 2021, le département des Bouches-du-Rhône a pris une nouvelle décision de rejet le 2 septembre 2021. Par un courrier du 24 septembre 2021, l'intéressée a formé un recours gracieux à l'encontre cette décision et a sollicité l'indemnisation de ses préjudices moral et financier. Ces demandes ont été rejetées par décision du 22 novembre 2021. La requérante demande au tribunal l'annulation des décisions des 2 septembre et 22 novembre 2021 et la condamnation du département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 7 131 euros à titre indemnitaire.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " () Dix jours au moins avant la réunion de la commission, le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de son dossier, dont la partie médicale peut lui être communiquée, sur sa demande, ou par l'intermédiaire d'un médecin ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux () ".
3. La requérante, qui invoque la méconnaissance de l'article 19 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, applicable à la fonction publique d'Etat doit être regardée comme se prévalant de la méconnaissance de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a eu communication de son dossier et a pu présenter des observations et envoyer des pièces justificatives. Si elle déplore le fait que son dossier ne comportait pas de pièces médicales, il n'est pas établi qu'elle aurait demandé directement ou par l'intermédiaire d'un médecin à prendre connaissance de la partie médicale de son dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 16 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé l'intéressé d'une garantie.
6. A supposer que la commission de réforme n'ait pas été destinataire des pièces médicales concernant la requérante, cette circonstance n'a pas été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision ou de priver l'intéressé d'une garantie dès lors que la décision litigieuse ne repose pas sur des considérations d'ordre médical mais sur des considérations d'ordre factuel.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " () Cette commission comprend : 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes () ".
8. Dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée est nécessaire pour éclairer l'examen du cas du fonctionnaire, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée.
9. Compte tenu des informations dont disposait la commission de réforme et du fait que la demande d'imputabilité a été rejetée pour un motif d'ordre factuel et non médical, le moyen tiré de l'existence d'un vice de procédure tenant à l'absence d'un médecin psychiatre au sein de la commission doit être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Le fonctionnaire en activité à droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. () ".
11. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.
12. Il ressort des pièces du dossier que, le 13 septembre 2018, à l'occasion d'une réunion avec les instances syndicales en présence de la chef de service de la requérante, alors que celle-ci semblait tout à la fois préoccupée et excédée par une réorganisation imminente des tâches dévolues à son service et s'exprimait de façon quelque peu véhémente, une autre rédactrice lui a dit qu'elle pourrait travailler davantage si elle passait moins de temps à discuter avec ses collègues. Mme B s'est insurgée contre cette remarque et a évoqué un dépôt de plainte pour diffamation avant que la réunion ne reprenne dans le calme. Quelques instants plus tard, alors qu'elle se trouvait dans son bureau, Mme B en est ressortie précipitamment pour aller à la rencontre de la rédactrice incriminée et lui demander de venir constater les dossiers qu'elle avait d'ores et déjà traités. Il ressort également des pièces du dossier que cette scène, qui s'est déroulée sans témoin, a donné lieu à des cris et qu'à l'issue de cette altercation, Mme B est apparue choquée tandis que sa collègue était tenue par deux personnes.
13. La première altercation consistant en une remarque de sa collègue sur la façon de travailler de la requérante et en la réponse de celle-ci, sans que n'intervienne leur supérieure hiérarchique, ne constitue pas un événement d'une brutalité telle qu'il puisse être qualifié d'accident de service. S'agissant de la seconde altercation, eu égard, en particulier, à la circonstance que Mme B a pris l'initiative de sortir de son bureau avec l'intention manifeste de revenir vers sa collègue et d'avoir une explication véhémente avec elle, elle doit, dans les circonstances de l'espèce, être regardée comme étant directement imputable à un fait personnel de l'agent, constitutif d'une faute détachable du service. Par suite, c'est à bon droit que le département des Bouches-du-Rhône a retenu, par les décisions en litige, que la requérante avait, par son comportement agressif envers un tiers, commis une faute personnelle, et a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de cet évènement.
14. Enfin, en dernier lieu, l'absence de reconnaissance, par la décision attaquée, de l'imputabilité au service de l'accident du 13 septembre 2018 en raison d'une faute de la requérante ne méconnaît pas l'autorité de chose jugée attachée au jugement n° 1903477 du tribunal administratif de Marseille du 14 juin 2021 ayant annulé une précédente décision de refus d'imputabilité au motif qu'il avait été retenu à tort que l'accident s'était produit en dehors des heures de service de la requérante.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'indemnisation et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a, par ailleurs, pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que demande le département des Bouches-du-Rhône sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département des Bouches-du-Rhône présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère,
Assistées par Mme Faure, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
H. Forest
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026