mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2200442 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ARNAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2022, la société Le bar à Bière Le B, représentée par Me Arnaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel la préfète de police des Bouches-du-Rhône a prononcé la fermeture administrative de l'établissement " Le B " pour une durée de deux mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision en litige ;
- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors que la lettre l'informant de la fermeture envisagée par la préfète de police est insuffisamment motivée et ne l'informe pas de la nature de la mesure annoncée, et en ce que la préfète de police n'a pas répondu à sa lettre d'observations en date du 25 octobre 2021 ni ne lui a communiqué les pièces sollicitées ;
- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il ne désigne pas un sujet de droit ;
- la matérialité des faits n'est pas établie en l'absence de mesure des niveaux de pression acoustique par un instrument acoustique ;
- le préfet de police commet une erreur de qualification juridique des faits en retenant qu'elle est responsable des troubles occasionnés sur la voie publique ;
- la fermeture administrative de deux mois est " disproportionnée " dans la mesure où le préfet de police ne peut se fonder sur la réitération des faits, l'arrêté du 22 février 2020 de fermeture de son établissement ayant fait l'objet d'un recours contentieux pendant devant le tribunal administratif.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2023, la préfète de police des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Le bar à Bière Le B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaspard-Truc,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Le bar à Bière Le B exploite un fonds de commerce de débit de boissons sous l'enseigne " Le B " situé à Aix-en-Provence. Par arrêté du 12 janvier 2022, la préfète de police des Bouches-du-Rhône a prononcé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, la fermeture administrative pour une durée de deux mois de cet établissement. La société Le bar à Bière Le B demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " () /2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois. Le représentant de l'Etat dans le département peut réduire la durée de cette fermeture lorsque l'exploitant s'engage à suivre la formation donnant lieu à la délivrance d'un permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. () / 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation () ". Les mesures de fermeture de débits de boissons ordonnées par le représentant de l'Etat dans le département et, à Marseille, le préfet de police, sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont toujours pour objet de prévenir la continuation ou le retour de désordres liés au fonctionnement de l'établissement, indépendamment de toute responsabilité de l'exploitant. Une telle mesure doit être regardée en conséquence comme une mesure de police.
3. Aux termes de l'article 78-3 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Dans le département des Bouches-du-Rhône, le préfet de police des Bouches-du-Rhône a la charge de l'ordre public. () Il assure les missions de police administrative concourant à la sécurité intérieure dévolues au représentant de l'Etat dans le département par : les titres II et III du livre III de la troisième partie du code de la santé publique () ".
4. Par un arrêté du 26 octobre 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs n° 13-2021-313 de la préfecture des Bouches-du-Rhône, la préfète de police des Bouches-du-Rhône a donné à M. A B, directeur de cabinet, signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés ou décisions dans les limites des attributions du préfet de police. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.
5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police ; () ".
6. Ainsi que cela a été exposé au point 2, les mesures de fermeture d'un débit de boissons prises par le préfet sur le fondement des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont pour objet de prévenir des désordres liés au fonctionnement de l'établissement et présentent le caractère de mesures de police. Elles doivent être motivées et précédées d'une procédure contradictoire sur le fondement des dispositions précitées du 1° de l'article L. 221-2 du code des relations entre le public et l'administration.
7. Il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 13 octobre 2021, la préfète de police des Bouches-du-Rhône a porté à la connaissance de la société Le Bar à Bière Le B les faits qui lui étaient reprochés et l'a avertie qu'ils étaient susceptibles de donner lieu à une mesure administrative à l'encontre de l'établissement " Le B ". Les griefs précisant la nature et la date de chacun des faits reprochés, survenus les 10 et 26 juin, 3, 5 et 21 juillet et 16 septembre 2021 pour des nuisances sonores, étaient formulés de manière suffisamment précise pour permettre à la société requérante de présenter utilement sa défense. Si la société soutient ne pas avoir été informée de la nature de la mesure annoncée, les termes employés dans le courrier du 13 octobre 2021 lui permettaient aisément de savoir, en sa qualité d'exploitante d'un débit de boissons, qu'il s'agissait d'une fermeture administrative. C'est d'ailleurs à propos d'une telle mesure de fermeture que la société requérante a présenté ses observations à la préfète de police par un courrier en réponse du 25 octobre 2021. Dans la mesure où l'administration a mis en œuvre la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, la requérante ne saurait utilement se prévaloir de ce que la préfète de police n'a pas répliqué à ses observations du 25 octobre 2021 ni de ce qu'elle n'a pas eu communication des documents sollicités dans ce courrier.
8. Si la société Le Bar à Bière Le B soutient que l'arrêté attaqué désigne juridiquement, à tort, l'établissement, qui n'a pas de personnalité juridique alors qu'il aurait dû la viser et rappeler sa forme sociale, désigner son siège social complet et terminer par la mention de son représentant légal, il ressort des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, qui vise la fermeture des débits de boissons et des restaurants, que l'établissement en cause doit faire l'objet de la mesure de fermeture et non la société qui l'exploite. Par suite, c'est à bon droit que le préfet a visé l'établissement " Le B " dans son arrêté et notifié les éléments de la procédure à son exploitant.
9. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour justifier sa décision d'ordonner la fermeture administrative de l'établissement " Le B " pour une durée de deux mois, la préfète de police des Bouches-du-Rhône s'est fondée sur la constatation par la police municipale d'Aix-en-Provence de nuisances sonores générées par l'établissement les 10 et 26 juin et 3 et 5 juillet 2021, sur l'intervention de la police municipale les 3 et 5 juillet 2021 pour disperser des attroupements générant des nuisances devant l'établissement et sur le tapage important causé par la diffusion de musique par l'établissement lors d'un contrôle effectué le 16 septembre 2021, et ce alors que l'établissement avait déjà fait l'objet de deux précédentes fermetures dont l'une d'elles pour des faits similaires.
10. Il ressort du compte-rendu établi par le commissaire divisionnaire, chef du district d'Aix-en-Provence le 12 octobre 2021 que les services de la police municipale ont constaté des nuisances sonores excessives le 10 juin 2021, lesquelles ont fait l'objet d'une main-courante. Le 26 juin 2021, une plainte a été déposée par un riverain à l'encontre de l'établissement pour nuisances sonores. Il ressort, en outre, de ce compte-rendu de police que les 3 et 5 juillet 2021, la police municipale est également intervenue pour disperser un groupe d'individus causant des nuisances devant l'établissement " Le B ". Le 21 juillet 2021, il a été constaté des nuisances sonores générées par un individu devant l'établissement alors qu'une grosse enceinte diffusant de la musique était installée à l'extérieur. Enfin, lors d'un contrôle de police effectué le 16 septembre 2021, il a été constaté qu'une musique excessive provenant d'un " DJ " à l'intérieur de l'établissement était diffusée sur la voie publique. Ces faits ont d'ailleurs été signalés par des riverains qui ont déposé plusieurs mains-courantes. En se bornant à soutenir, d'une part, qu'un relevé du niveau des nuisances sonores aurait dû être effectué par les services de police à l'aide d'un appareil de mesure, et d'autre part, que le constat de telles nuisances ne peut que revêtir un caractère subjectif, la société requérante n'apporte aucun élément de nature à contredire utilement la matérialité de ces faits, alors que la réglementation n'impose pas de mesurer les nuisances excessives à l'aide d'un appareil. Si la société requérante soutient encore que les nuisances occasionnées par les rassemblements des 3 et 5 juillet 2021 ne peuvent lui être opposées dès lors qu'elles se sont déroulées sur la voie publique, cette seule circonstance ne permet pas de remettre en cause sérieusement le lien entre ces nuisances et la fréquentation de l'établissement " Le B ". Il résulte de ce qui précède que les faits reprochés à l'établissement, dont la matérialité est établie, eu égard à leur nature et à leur répétition, caractérisent une atteinte à l'ordre public en relation avec la fréquentation de l'établissement de nature à justifier sa fermeture.
11. Eu égard au caractère récurrent des faits reprochés et à l'absence de mesure prise à la suite de la première fermeture administrative ordonnée en mai 2019 pour atténuer la gêne occasionnée par le fonctionnement de l'établissement, la préfète de police des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant la durée de la fermeture à deux mois.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la société Le bar à Bière Le B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de police des Bouches-du-Rhône du 12 janvier 2022. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Le bar à Bière Le B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Le bar à Bière Le B et au préfet de police des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente de chambre,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère,
Assistées de Mme Boyé, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
F. Gaspard-Truc
La présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
F.-L. Boyé
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026