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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200482

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200482

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSINGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Cecere, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2021 par lequel la présidente du centre communal d'action sociale (CCAS) de La Ciotat l'a placé en congé de maladie ordinaire à mi-traitement à compter du 21 juin 2021 ainsi que la décision de rejet née du silence de l'administration sur son recours gracieux du 21 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au CCAS de La Ciotat de prolonger son congé d'invalidité temporaire imputable au service à compter du 21 juin 2021 dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

3°) d'enjoindre au CCAS à compter de cette date et dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement de procéder à la reconstitution de sa carrière administrativement et financièrement en lui versant les demi-traitements indûment retenus et en s'acquittant des diverses charges et cotisations auprès des organismes sociaux de retraite ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au CCAS de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge du CCAS le versement de la somme de 2 000 euros à Me Cecere au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché de vices de procédure et méconnaît les droits de la défense ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les arrêts de travail qui ont suivi la décision sont en lien direct avec les pathologies résultant de son accident de service.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le CCAS de La Ciotat, représenté par Me Singer, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Singer, représentant le centre communal d'action sociale de La Ciotat.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, agent social principal de 2ème classe au centre communal d'action sociale de La Ciotat, a été victime d'un accident le 20 février 2020, reconnu imputable au service. Par un arrêté du 6 mai 2021, la présidente du CCAS l'a placé en congé pour invalidité temporaire imputable au service jusqu'au 22 mars 2021 inclus. Par un arrêté du 12 juillet 2021, l'autorité administrative l'a placé en congé de maladie ordinaire à demi-traitement à compter du 21 juin 2021. M. A a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 21 septembre 2021, resté sans réponse. Il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2021 ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa version alors applicable : " I.- Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. () / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service ".

3. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice du congé pour invalidité temporaire imputable au service est subordonné à l'existence de troubles présentant un lien direct et certain avec l'accident de service, la date de consolidation, dont la détermination a pour seul objet de permettre d'évaluer l'incapacité permanente pouvant en résulter et de faire courir le délai de prescription, étant sans incidence à cet égard.

4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport d'expertise médicale établi le 14 juin 2022 que le CCAS ne conteste pas, que l'accident de service du 20 février 2020 a été responsable d'une entorse bénigne du rachis cervical avec une aggravation des douleurs quinze jours après l'accident avec des lombalgies intenses associés à des radiculalgies bilatérales ayant nécessité des infiltrations rachidiennes puis une thermocoagulation et que, parallèlement, les douleurs ont entraîné chez M. A un syndrome dépressif ayant nécessité dès le mois de mai 2020 une prise en charge psychiatrique régulière avec un traitement antidépresseur et anxiolitique. L'expert a fixé la date de consolidation au 10 octobre 2022 en concluant que l'état de santé du requérant ne relevait pas de l'attribution d'un congé de longue maladie ni d'un congé de longue durée, ni d'une reconnaissance de maladie professionnelle. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les arrêts de travail présentés par M. A pour la période allant du 21 juin 2021 au 12 décembre 2021 étaient en lien avec des lombalgies intenses nécessitant des soins de kinésithérapie et la dépression. Le certificat du 27 juillet 2021 établi par le médecin psychiatre mentionne qu'il n'y avait pas d'antécédent psychiatrique avant l'accident tandis que le certificat médical du 16 juillet 2021 mentionne que le lien entre ses douleurs actuelles et son accident semble évident. Ainsi, ces douleurs, qui présentaient la même symptomatologie que celles ayant conduit aux arrêts de travail antérieurs de M. A à la suite de son accident de service du 20 février 2021, doivent être regardées comme étant en lien direct et certain avec cet accident de service. Le requérant est ainsi fondé à soutenir que le CCAS de La Ciotat a fait une inexacte application des dispositions précitées en ne le plaçant pas en congé pour invalidité temporaire imputable au service pour la période allant du 21 juin 2021 ainsi qu'il le demande au 12 décembre 2021, date du dernier arrêt de travail versé au dossier.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2021 le plaçant en arrêt de maladie ordinaire à mi-traitement compter du 21 juin 2021, ainsi que de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Au regard des motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, au CCAS de La Ciotat de placer M. A en congé d'invalidité temporaire imputable au service à compter du 21 juin 2021 ainsi qu'il en fait la demande, jusqu'au 12 décembre 2021, date de la fin de son dernier arrêt de travail en lien avec l'accident de service, et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le CCAS de La Ciotat demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cecere, avocate de M. A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du CCAS de La Ciotat le versement de la somme de 1 500 euros à Me Cecere au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du centre communal d'action sociale de La Ciotat du 12 juillet 2021 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au centre communal d'action sociale de La Ciotat de placer M. A en congé d'invalidité temporaire imputable au service du 21 juin au 12 décembre 2021 et de procéder à la reconstitution de sa carrière et de ses droits sociaux, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Cecere renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, le centre communal d'action sociale de La Ciotat versera à Me Marion Cecere, avocate de M. A, une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre communal d'action social de La Ciotat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Marion Cecere et au centre communal d'action sociale de La Ciotat.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

Le président,

signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

.

No 220048

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