jeudi 18 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2200636 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DINPARAST |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 22 janvier, 7 juin et 15 juillet 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B E, représenté par Me Dinparast, demande dans le dernier état de ses écritures au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros ainsi que la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 309 euros ramenées à la somme totale de 15 000 euros, ainsi que la décision du 25 novembre 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) à titre subsidiaire de prononcer la décharge de ces contributions ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 25 novembre 2021 est entachée d'insuffisance de motivation ;
- les décisions du directeur général de l'OFII sont entachées d'erreur de droit, d'erreur sur la matérialité des faits et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais embauché M. D, qu'il lui a reversé l'intégralité de ses courses et que le juge pénal l'a relaxé ;
- les sanctions prononcées sont disproportionnées.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 23 mai et 11 juillet 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 7 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,
- les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dinpararst, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 novembre 2020, les services de police ont procédé sur le parking d'un restaurant à Marseille au contrôle d'un livreur, M. A D, ressortissant libanais dépourvu de titre de séjour et d'autorisation de travail, qui utilisait le compte " Uber Eats " de M. B E. Considérant que ce dernier employait M. D, le directeur général de l'OFII a, par une décision du 31 août 2021, appliqué à M. E la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 309 euros, ramenées à 15 000 euros. Par un courrier du 3 novembre 2021, M. E a formé un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté par le directeur général de l'OFII le 25 novembre 2021. M. E demande au tribunal l'annulation de la décision prise par le directeur général de l'OFII le 31 août 2021 ainsi que celle du 25 novembre 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ( )". Aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".
3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision infligeant à un employeur la contribution spéciale prévue aux dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie. Un tel emploi ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties ni de la dénomination qu'elles auraient pu donner à leur convention mais uniquement des conditions de fait dans lesquelles est exercée l'activité du travailleur étranger.
4. Il résulte de l'instruction que, le 12 novembre 2020, les services de police ont effectué un contrôle routier sur le parking d'un restaurant à Marseille et ont interpellé un livreur qui circulait en scooter, M. A D, ressortissant libanais, dépourvu de titre de séjour et d'autorisation de travail. Sur la base du procès-verbal établi le même jour, l'OFII a mis à la charge de M. E les contributions spéciale et forfaitaire applicables aux employeurs d'étrangers non munis de titre les autorisant à exercer une activité salariée. Cependant, il résulte des mentions de ce procès-verbal que, si les services de police ont indiqué ouvrir une enquête à l'encontre de M. E notamment pour des faits de travail dissimulé et d'emploi d'étranger sans titre de travail et aide au séjour irrégulier, ils ont uniquement constaté que M. D utilisait le compte " Uber Eats " de ce dernier. M. D a en outre, lors de son audition, effectué des déclarations contradictoires en indiquant tout à la fois qu'il travaillait pour le compte de M. E qui sous le nom de " C " recevait les commandes et lui donnait le nom des clients qu'il devait livrer et se faisait payer en espèce entre 20 et 25 euros en soirée et, à l'inverse, que c'était lui-même qui choisissait les courses en fonction de la commande et de la distance, qu'il acceptait ou non les commandes et qu'il ignorait si " C " était titulaire d'un compte " Uber Eats ". Par ailleurs, lors de sa propre audition, M. E a déclaré que M. D, livreur comme lui, lui avait fait part de ses problèmes financiers et l'avait sollicité pour qu'il lui prête son compte pour une durée initiale d'une semaine. Il produit des relevés de compte bancaire desquels il ressort que les versements de la société Uber Eats durant la période de " prêt " du compte ont été reversés en totalité par M. E à M. D. Si M. E a déclaré avoir réglé des cotisations à l'URSSAF également pour ces courses, il résulte de l'instruction qu'il était alors étudiant en Master II " électronique, énergie électrique, automatique " et qu'il travaillait pour financer ses études comme livreur depuis novembre 2017, date à laquelle il a créé son compte Uber Eats, qu'il est devenu autoentrepreneur depuis janvier 2019 à la suite du changement de politique de la société Uber Eats et qu'il réglait dans ce cadre des cotisations à l'URSSAF. Dans ces conditions, la seule circonstance que M. D utilisait temporairement un compte " Uber Eats " avec le consentement de M. E au moment du contrôle de police alors qu'il exerçait une activité de livraison sur le parking d'un restaurant en utilisant des moyens notamment de transport lui appartenant, est insuffisante pour établir qu'il aurait effectué un travail pour M. E en échange d'une rémunération par ce dernier, sous quelque forme que ce soit, ou qu'il aurait été engagé au service de l'intéressé dans un lien de subordination avec celui-ci. Dès lors, en l'absence d'indices objectifs de subordination suffisants permettant d'établir la nature salariale du lien contractuel entre les deux protagonistes, le directeur général de l'OFII ne pouvait légalement mettre à la charge de M. E une somme au titre des contributions spéciale et forfaitaire en raison de l'emploi d'un étranger non muni d'un titre l'autorisant à travailler en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. E est fondé à demander l'annulation de la décision du directeur général de l'OFII du 31 août 2021 ainsi que de la décision du 25 novembre 2021 portant rejet de son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 31 août et 25 novembre 2021 sont annulées.
Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à M. E la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Fabre, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
C. Hétier-Noël
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
Le greffier,
signé
C. Alves
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2200636
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026