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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200716

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200716

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL CLEMENT-DELPIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022, M. A B, représenté par la SELARL Grimaldi et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier (CH) d'Embrun a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident de service déclaré le 22 août 2021, ensemble la décision du 23 novembre 2021, reçue le 25 novembre suivant, rejetant son recours gracieux du 11 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au CH d'Embrun de réexaminer sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de son accident dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce, sous astreinte de 200 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CH d'Embrun une somme de 2 000 € en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, notamment en faits ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 2 décembre 2022 et le 28 août 2023, le centre hospitalier d'Embrun, représenté par la SELARL Clément-Delpino, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Journoud, rapporteure,

-les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Belahouane substituant Me Grimaldi pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, titulaire du grade d'agent d'entretien qualifié (AEQ) exerce ses fonctions au sein du service maintenance et hygiène des locaux du CH d'Embrun. Le requérant a été admis au service des urgences du CH d'Embrun le dimanche 22 aout 2021 vers 20 heures pour un état dépressif jusqu'au lundi 23 aout suivant vers 3 heures du matin. Placé en congé de maladie à compter du 22 août 2021 jusqu'au 26 septembre suivant, il a transmis une déclaration d'accident de service le 22 août 2021. Le directeur du CH d'Embrun après avoir diligenté une expertise auprès d'un médecin agréé, a saisi la commission départementale de réforme pour avis. Celle-ci s'est prononcé le 7 octobre 2021 en défaveur de la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident déclaré le 22 août 2021. Par une décision du 26 octobre 2021 le directeur du CH d'Embrun a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident déclaré par M. B le 22 août 2021. M. B a contesté cette décision par un recours gracieux du 11 novembre 2021 qui a fait l'objet d'une décision de rejet du directeur du CH d'Embrun le 23 novembre suivant. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 26 octobre 2021, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " La décision rejetant un recours administratif dirigé contre une décision soumise à obligation de motivation en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 est motivée lorsque cette obligation n'a pas été satisfaite au stade de la décision initiale. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée intitulée " décision de non imputabilité au service " qui vise les textes applicables, la transmission de la déclaration d'accident de service du requérant du 22 août 2021, l'avis de la commission départementale de réforme du 7 octobre 2021 et qui reprend in extenso les conclusions du médecin expert agréé du 12 septembre 2021, avant de conclure qu'en l'absence de fait accidentel survenu le 22 août 2021 la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service est rejetée. Ainsi, elle comporte les motifs de droit et de fait qui permettent d'en apprécier les fondements et d'en comprendre la portée tels qu'exigées par les dispositions des articles L. 211-2 et L. L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En revanche, la requête étant dirigée contre la décision initiale de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident déclaré par M. B le 22 août 2021, en date du 26 octobre 2021, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, ne peut être utilement soulevé à l'encontre de la décision du 23 novembre 2021 rejetant le recours gracieux de M. B, en application des dispositions de l'article L. 411-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision explicite du directeur du CH d'Embrun du 23 novembre 2021, comme étant inopérant.

5. En second lieu, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " () Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ()" et aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ".

6. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal est présumé présenter, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet événement du service, le caractère d'un accident de service. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions citées au point 5, un événement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Enfin, l'existence d'un état antérieur, fût-il évolutif, ne permet toutefois d'écarter l'imputabilité au service de l'état d'un agent que lorsqu'il apparaît que cet état a déterminé, à lui seul, l'incapacité professionnelle de l'intéressé. Il appartient dans tous les cas au juge administratif, saisi d'une décision de l'autorité administrative compétente refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un tel événement, de se prononcer au vu des circonstances de l'espèce.

7. Pour refuser de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident que M. B a déclaré le 22 août 2021, le directeur du CH d'Embrun s'est fondé, dans sa décision du 26 octobre 2021, au vu de l'avis de la commission de réforme et a contrario de l'avis du médecin agréé, sur le motif tiré de ce qu'aucun fait accidentel ne s'était produit.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déclaré le 22 août 2021 un accident alors qu'il se trouvait à son domicile durant le weekend, à l'origine de sa présentation au service des urgences du CH d'Embrun. Le requérant soutient qu'il souffre d'un syndrome dépressif réactionnel en lien avec son environnement professionnel, tout particulièrement avec l'entretien qu'il a eu avec sa cheffe de service le 20 août précédent. Toutefois, M. B ne décrit pas le déroulement de l'entretien en cause. Il n'établit pas que lors de cette réunion, sa supérieure hiérarchique qui l'a recadré sur des retards et lui a demandé d'utiliser l'autolaveuse dans la lingerie, sans que cette tâche ne modifie les missions qui lui sont confiées, selon les modalités d'aménagement de son poste de travail, ait, par les propos tenus ou son comportement, excédé les limites du pouvoir hiérarchique. Dès lors, l'entretien ne peut être regardé comme un événement soudain et violent, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion. Par ailleurs, le malaise psychologique allégué par le requérant le dimanche soir, près de 72 heures après l'entretien du 20 août 2021, en dehors du lieu et du temps du service, ne saurait pas davantage constituer un accident imputable au service. Par suite, alors même que le médecin psychiatre agréé saisi par le CH d'Embrun a émis un avis favorable à la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident déclaré le 22 août 2021, le directeur du CH d'Embrun n'a pas fait une inexacte application des dispositions législatives précitées en considérant que les faits déclarés ne sont pas imputables au service. Le moyen unique tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 par laquelle le directeur du CH d'Embrun a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident qu'il a déclaré le 22 août 2021, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées de même que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CH d'Embrun, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'apparaît pas inéquitable, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge du CH d'Embrun la somme exposée par lui au titre de l'instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CH d'Embrun présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier d'Embrun.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Micheline Lopa Dufrénot, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

L. Journoud

La présidente,

signé

M. C

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

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