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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200905

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200905

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLEONARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 1er février 2022, M. B A, représenté par Me Leonard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a invité à quitter le territoire dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour aux fins de lui délivrer un titre de séjour, dans le délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le rejet de la demande de titre de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier, ce qui fait obstacle à ce qu'il puisse présenter un recours effectif, droit protégé par les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de fait, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a également commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a méconnu les termes de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- le préfet a également méconnu les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la mesure emporte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'invitation à quitter le territoire :

- le signataire de l'acte est incompétent ;

- le préfet a méconnu le droit à être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, dès lors qu'il n'a pas été invité à présenter des observations sur la décision préalablement à son édiction ;

- le préfet a méconnu les termes de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- le préfet a également méconnu les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- le signataire de l'acte est incompétent ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation en méconnaissance des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 7 mars 2024, le tribunal a informé les parties, sur le fondement des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce qu'il était susceptible de fonder sa décision sur les moyens soulevés d'office tirés de l'irrecevabilité des conclusions en annulation dirigées contre l'invitation à quitter le territoire français, ladite décision ne faisant pas grief, et de l'irrecevabilité des conclusions d'annulation présentées contre la décision fixant le pays de destination, une telle décision étant inexistante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant togolais, a sollicité le 25 mars 2021 son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 29 septembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une invitation à quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant invitation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 29 septembre 2021, qui rejette la demande d'admission au séjour présentée par M. A se borne par ailleurs à inviter l'intéressé à quitter le territoire français, sans lui en faire obligation. Une telle invitation à quitter le territoire, qui ne constitue que le rappel des dispositions de l'article L. 411-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne constitue pas un acte faisant grief et n'est pas susceptible de recours. Par suite, les conclusions présentées par M. A dirigées contre cette décision sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de destination :

3. L'arrêté du 29 septembre 2021, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour de M. A n'est assortie que d'une invitation à quitter le territoire français, et non d'une décision fixant le pays de destination. Les conclusions tendant à l'annulation d'une décision fixant le pays de destination, dirigées contre une décision inexistante, sont, par suite, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation du rejet de la demande de titre de séjour :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A, qui réside de manière habituelle sur le territoire depuis 2018, est marié à une ressortissante béninoise, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 25 août 2031, et justifie de leur communauté de vie depuis 2018. De leur union sont nés trois enfants qui résident depuis plusieurs années en France notamment l'aîné qui est scolarisé en institut médico-éducatif depuis le 7 septembre 2016. Le requérant a ainsi transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, le préfet ne pouvait donc légalement rejeter la demande de titre de séjour de M. A au motif qu'il ne justifiait pas de l'ancienneté et de la stabilité des liens personnels et familiaux, et a ainsi porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie familiale de M. A, quand bien même son épouse pouvait présenter une demande de regroupement familial à son bénéfice.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

8. L'annulation prononcée par le présent jugement implique, eu égard au motif sur lequel elle se fonde, et sous réserve de l'absence de changement dans les circonstances de droit et de fait intervenu depuis l'édiction de l'arrêté du 29 septembre 2021, que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. A. Il y a lieu de l'y enjoindre dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à M. A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Delzangles, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

B. Delzangles

Le président rapporteur,

signé

P-Y. GonneauLa greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Pour la greffière en chef ;

La greffière

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