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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2200941

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2200941

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2200941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCOHEN-SOLAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2022, Mme A B, représentée par Me Cohen-Solal, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle la section compétente pour le traitement des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix a prononcé son exclusion définitive ;

2°) d'enjoindre à l'institut de formation en soins infirmiers du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix de la réintégrer dans un délai de quinze jours, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours ;

3°) de mettre à la charge de l'institut de formation en soins infirmiers du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que la section compétente réunie le 3 décembre 2021 était régulièrement composée ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour l'intéressée d'avoir été préalablement entendue, et méconnait les articles L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration et 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit et d'erreurs de fait ;

- la sanction infligée est disproportionnée et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2022, le groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix (GCSPA), représenté par Me Lantero, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Niquet,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Cohen-Solal pour Mme B, ainsi que celles de Me Cheramy pour le groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix .

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, étudiante en première année d'études à l'institut de formation en soins infirmiers (IFSI) du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix (GCSPA) pour l'année scolaire 2018/2019, a, après une interruption de sa scolarité, sollicité sa réinscription en deuxième année d'études au titre de l'année scolaire 2021/2022. Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 3 décembre 2021 par laquelle la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants des instituts de formation du GCSPA a retiré la décision du 29 septembre précédent et l'a exclue définitivement de la formation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux visé ci-dessus : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : / 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ; / () Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales. / Dans le cas où l'étudiant est dans l'impossibilité d'être présent ou s'il n'a pas communiqué d'observations écrites, la section examine sa situation. / Toutefois, la section peut décider à la majorité des membres présents de renvoyer à la demande de l'étudiant l'examen de sa situation à une nouvelle réunion. Un tel report n'est possible qu'une seule fois () ". Et aux termes de l'article 16 du même arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. / Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : / -soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; / -soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive ".

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le courrier de convocation adressé à Mme B le 13 septembre 2021, en vue de la réunion de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants du 29 septembre suivant mentionnait les points inscrits à l'ordre du jour de cette réunion, parmi lesquels " la situation individuelle de Mme B A, étudiante de 2e année de l'IFSI d'Aix-en-Provence ". Si Mme B a pu faire valoir ses observations lors de cette réunion, et répondre aux questions qui lui étaient posées, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle ait été informée, en amont, de la mesure d'exclusion définitive de la formation qui était envisagée à son encontre, ni même les différentes décisions qui auraient pu être prises par la section compétente. Le rapport motivé, dont Mme B a pu prendre connaissance le 22 septembre 2021, ne mentionnait pas davantage les décisions envisagées ni les actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge qu'elle aurait accomplis, alors que ses évaluations de stage étaient toujours globalement positives. Si Mme B, compte tenu du retrait de la décision du 29 septembre 2021 par la décision du 3 décembre suivant, a pu présenter des observations dans un courrier du 6 octobre 2021, il n'est pas établi que ces observations aient été prises en considération par la section compétente lors de sa réunion du 3 décembre 2021, alors que l'IFSI n'a pas produit le compte rendu de cette réunion, à laquelle Mme B n'a au demeurant pas été convoquée, et dont il n'est pas établi qu'elle ait été régulièrement composée. Dès lors, Mme B est fondée à soutenir que la procédure préalable à l'édiction de la mesure en litige qui l'a exclue définitivement de la formation a méconnu l'article 15 précité de l'arrêté du 21 avril 2007.

4. En deuxième lieu, il est constant que la section compétente pour le traitement des situations individuelles des étudiants de l'IFSI a fondé sa décision d'exclusion définitive sur l'article 16 précité de l'arrêté du 21 avril 2007. Toutefois, en se bornant à retenir le grief tiré de ce que la requérante serait susceptible de mettre des patients en danger compte tenu du cumul de ses études avec un emploi de nuit à temps complet, et à se prévaloir de ses absences et de ses résultats insuffisants l'année précédente, la section précitée n'établit pas l'accomplissement, par l'intéressée, d'actes " incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge ", alors en particulier que les évaluations des stages réalisés par Mme B ont été favorables, et que si certaines compétences sont à améliorer, aucune mise en danger des patients n'a été constatée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année de formation, un contrat pédagogique avait été conclu entre l'IFSI et Mme B le 8 septembre 2021, avec notamment pour objectifs pour l'intéressée d'être présente à tous les cours, de s'impliquer dans les travaux de groupe et participer activement à sa formation, nécessitant une période suffisamment longue de mise en situation de l'intéressée que son exclusion définitive seulement un mois plus tard pour la première décision ne permettait pas. Si le directeur de l'IFSI pouvait envisager de saisir la section compétente pour le traitement des situations disciplinaires en vue de voir infliger une sanction disciplinaire à l'intéressée compte tenu de ses absences, au demeurant moindres pour la deuxième année et inexistantes pendant la période de stage, la section compétente pour le traitement des situations individuelles des étudiants ne pouvait se fonder sur les articles 15 et 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 pour prononcer, pour le manquement retenu dont la matérialité n'est pas établie, son exclusion définitive. Mme B est ainsi fondée à soutenir que l'IFSI a fait une inexacte appréciation des dispositions des articles 15 et 16 de l'arrêté du 21 avril 2007 précité.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle la section compétente l'a exclue définitivement de la formation en soins infirmiers.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que l'institut de formation en soins infirmiers du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix procède à la réintégration de Mme B. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix la somme de 1 500 euros à verser à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants de l'institut de formation en soins infirmiers du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix du 3 décembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'institut de formation en soins infirmiers du groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix de procéder à la réintégration de Mme B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix versera à Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au groupement de coopération sanitaire du Pays d'Aix.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. Niquet

La présidente,

Signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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