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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201012

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201012

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTEISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 février et le 9 septembre 2022, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Bouzelmate, représentée par Me Mezouar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté daté du 29 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Miramas a exercé le droit de préemption sur le fonds de commerce situé 14 avenue Charles de Gaulle sur le territoire de ladite commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Miramas la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente, sauf s'il est établi que la délibération du 10 juin 2020, par laquelle le conseil municipal a délégué au maire le droit de préemption est devenue exécutoire par transmission à la préfecture et affichage ;

- la décision en litige ne répond pas à la finalité voulue par la délibération ;

- la décision est insuffisamment motivée.

Par trois mémoires, enregistrés les 27 avril 2022, 5 octobre 2022 et 30 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, la commune de Miramas, représentée par Me Teissier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 200 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé, les moyens soulevés dans le mémoire ampliatif de la requérante étant irrecevables.

Par ordonnance en date du 12 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été a été fixée au 3 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- et les conclusions de M. Terras, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté daté du 29 novembre 2021, dont la société Bouzelmate demande l'annulation dans la présente instance, le maire de la commune de Miramas a exercé le droit de préemption sur le fonds de commerce appartenant à la société requérante, situé 14 avenue Charles de Gaulle sur le territoire de cette commune.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme : " Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, à l'intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux.// ().// Chaque aliénation à titre onéreux est subordonnée, à peine de nullité, à une déclaration préalable faite par le cédant à la commune. Cette déclaration précise le prix, l'activité de l'acquéreur pressenti, le nombre de salariés du cédant, la nature de leur contrat de travail et les conditions de la cession. () // Le droit de préemption est exercé selon les modalités prévues par les articles L. 213-4 à L. 213-7. Le silence du titulaire du droit de préemption pendant le délai de deux mois à compter de la réception de cette déclaration vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Le cédant peut alors réaliser la vente aux prix et conditions figurant dans sa déclaration ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par délibération n° 85-2013 du 10 avril 2013, le conseil municipal de Miramas a défini un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité de la commune, au sein duquel il a institué le droit de préemption prévu par les dispositions précitées de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme. Le conseil municipal entend ainsi " surveiller les nouvelles implantations afin d'endiguer la multiplication des commerces non dynamiques (service : banque, assurance, mutuelle, agence immobilière etc) qui fragilise le centre-ville, lutter contre la dégradation des bâtiments (), veiller à remplir les locaux vacants par des commerces dynamiques. Les activités de type équipement de la maison et du foyer, culture et loisirs, équipement à la personne ou encore alimentaire et métier de bouche sont à privilégier ". S'il ressort des pièces du dossier que le fonds de commerce objet de la préemption en litige est un commerce de restauration rapide, il ne résulte pas de cette délibération que cette activité commerciale, dont la déclaration d'intention d'aliéner indique qu'elle devait être poursuivie par le repreneur du fonds, correspondrait à celles que le conseil municipal considère comme devant être endiguées. Par ailleurs, si l'arrêté en litige indique que, dans le cadre de la diversification des commerces, " la commune souhaite limiter les points de restauration rapide en faveur des commerces de proximité, lieux d'échanges et de vie participant directement à la dynamique sociale et économique de la commune " et que " l'activité exercée par le cessionnaire compromet cet objectif, dès lors que le centre-ville compte déjà un nombre important de locaux affectés à des activités de restauration rapide ", la défenderesse ne verse au dossier aucun document établissant une telle volonté communale, ni d'étude selon laquelle la restauration rapide n'assurerait pas de dynamique sociale et économique, ni même n'étaye son affirmation selon laquelle " il existe un nombre important de commerces de restauration rapide dans le périmètre concerné ". Dans ces conditions, la société Bouzelmate est fondée à soutenir qu'en exerçant le droit de préemption sur le fonds de commerce dont elle est propriétaire, le maire de Miramas a commis une erreur de droit et que l'arrêté en litige doit être annulé pour ce motif.

4. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de la décision en litige.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune sur ce fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Miramas la somme, demandée par la requérante, de 1 200 euros au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 29 novembre 2021, par lequel le maire de la commune de Miramas a exercé le droit de préemption sur le fonds de commerce appartenant à la société Bouzelmate, est annulé.

Article 2 : La commune de Miramas versera, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 200 euros à la société Bouzelmate.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Bouzelmate et à la commune de Miramas.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller,

assistés de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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