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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201225

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201225

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPAOLANTONACCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté sa demande de révision de sa pension militaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de fixer le taux d'invalidité à 15 % pour son infirmité " Troubles de la statique. Douleurs ostéo-articulaires : pesanteurs, tiraillements plus ou moins localisés au rachis, calmés par le repos " à compter du 9 décembre 2019 ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant-dire droit ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a méconnu les dispositions de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre en écartant, à tort, le document médical établi par le médecin de recours l'ayant assisté lors de l'expertise médicale du 10 février 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en retenant un taux d'invalidité de 5% pour l'infirmité " Discopathie L5-S1 avec lombosciatiques droites : raideur du rachis (distance main-sol à 30 cm) sans trouble neurologique " ;

- le taux d'invalidité de 5% ainsi retenu résulte d'une application du concours médical et non de celle du guide barème propre aux pensions militaires d'invalidité ;

- ce taux étant inférieur au taux minimum requis de 10% pour ouvrir droit à pension, la décision attaquée n'avait pas à se prononcer sur la nature de l'infirmité ni sur son imputabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation en se référant à l'avis du 6 mai 2021 du médecin expert conseil du service des pension et des risques professionnel aux termes duquel l'infirmité retenue serait due à une maladie préexistante à son infirmité du genou déjà pensionnée, partiellement aggravée par celle-ci, alors que cette appréciation n'est pas motivée ;

- son infirmité doit être qualifiée de " Troubles de la statique. Douleurs ostéo-articulaires : pesanteurs, tiraillements plus ou moins localisés au rachis, calmés par le repos " en relation médicale certaine, directe et déterminante avec son infirmité du genou pensionnée ;

- le taux d'invalidité de son infirmité doit être fixé à 15%.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le ministère des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delzangles et les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a servi dans l'armée française du 1er octobre 1969 au 5 octobre 1998, date à laquelle il a été radié des cadres. Par un arrêté du 30 avril 2018, le service des retraites de l'État a concédé au requérant, à partir du 4 février 2014, une pension militaire d'invalidité au taux global de 55 % pour des séquelles de traumatisme du genou droit, consécutives à un accident survenu en service le 30 avril 1974 (infirmité 1 au taux de 20 %), une hypoacousie bilatérale de perception avec une perte de sélectivité (infirmité 2 au taux de 15%) et des acouphènes (infirmité 3 au taux de 15 % en relation médicale avec l'infirmité 2). Par un courrier enregistré le 9 décembre 2019, M. B a sollicité une révision de sa pension militaire d'invalidité suite à l'apparition d'une infirmité nouvelle " lombalgies basses " en relation médicale avec son infirmité 1. Par une décision du 3 août 2021, la ministre des armées a refusé de faire droit à sa demande au motif que le taux d'invalidité de cette infirmité 4 " Discopathie L5-S1 avec lombosciatiques droites : raideur du rachis (distance main-sol à 30 cm) sans trouble neurologique " était inférieur au taux minimum requis de 10% pour l'ouverture du droit à pension. Le 5 octobre 2021, M. B a contesté cette décision auprès de la commission de recours de l'invalidité qui a rejeté son recours par une décision du 19 janvier 2022. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre au ministre des armées de fixer le taux d'invalidité à 15 % pour son infirmité 4 " Troubles de la statique. Douleurs ostéo-articulaires : pesanteurs, tiraillements plus ou moins localisés au rachis, calmés par le repos " en tant qu'aggravation de son infirmité 1, à compter du 9 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l'occasion du service () ". Aux termes de l'article L. 121-4 du même code : " les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. Aucune pension n'est concédée en deçà d'un taux d'invalidité de 10 % ". Aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; / 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; / 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : a) 30 % en cas d'infirmité unique () ". Pour l'application de ces dispositions, une infirmité doit être regardée comme résultant d'une blessure lorsqu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine, consécutive à un fait précis de service. Dans le cas contraire, elle doit être regardée comme résultant d'une maladie.

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsque la présomption légale d'imputabilité ne peut être invoquée, l'intéressé doit apporter la preuve de l'existence d'une relation directe et certaine entre l'origine ou l'aggravation de son infirmité et une blessure reçue, un accident subi ou une maladie contractée par le fait du service. Cette preuve ne peut pas résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, d'une hypothèse médicale, d'une vraisemblance ou d'une probabilité ou encore des conditions générales du service.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le document médical établi le 17 septembre 2021 par le médecin de recours qui a assisté M. B lors de l'expertise médicale menée le 11 décembre 2020 et que produit le requérant, rend compte de l'état de santé de l'intéressé préalablement à la date de dépôt de la demande de révision de sa pension militaire d'invalidité, qu'il avait d'ailleurs constaté dans un certificat médical du 14 octobre 2019 également versé au dossier. Par suite, ce document médical compte parmi les pièces susceptibles d'être prises en compte dans le cadre de l'instruction de la présente l'instance.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'analyse du médecin conseil expert du service des pensions et des risques professionnels de la sous-direction des pensions que celui-ci a considéré, dans son avis du 6 mai 2021, que la discopathie L5-S1 de M. B était une maladie, au sens des dispositions du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre précitées, préexistante à l'accident de 1974 et aggravée, pour une faible part, par les troubles de la statique en lien avec la fracture de la rotule du genou droit de l'intéressé, pensionnée au titre de l'infirmité 1. Toutefois, pour parvenir à cette conclusion, le médecin expert conseil ne s'appuie sur aucun élément médical susceptible de justifier son appréciation alors pourtant que le rapport d'expertise médicale établi le 10 février 2021 dans le cadre de l'instruction médico-légale de la demande de révision de la pension militaire d'invalidité, précise que le requérant ne présentait pas d'état antérieur à son accident de 1974 et qu'" il existe un lien direct et déterminant dans l'apparition de [cette infirmité] et la fracture de la rotule droite de 1974 ". En se bornant à indiquer que M. B serait atteint d'un spondylolisthésis L5-S1 " vraisemblablement congénitale ", le document médical établi le 17 septembre 2021 par le médecin de recours du requérant ne saurait remettre en cause les conclusions de l'expert médicale, contrairement à ce qui est soutenu en défense. Si le ministère fait également valoir en défense que M. B souffre d'un spondylolisthésis d'origine constitutionnelle ayant causé la discopathie L5-S1 diagnostiquée, il résulte de l'instruction que le livret médical de M. B ne mentionne rien de particulier à ce sujet à la date de son engagement en 1969 et que s'il indique un antécédent de " lombalgie et tendinite poplité droite de fatigue après effort " en 1973, soit antérieurement à sa fracture de la rotule droite à l'occasion d'un accident de service, celui-ci n'a justifié à l'époque aucun examen complémentaire ni radiographie mais seulement une exemption de sport de trois jours avec un traitement d'appoint. En outre, aucun problème lombaire n'a, par la suite, été mentionné dans le livret médical de M. B jusqu'à sa retraite en 1998. Enfin, dès lors que le spondylolisthésis peut résulter d'un phénomène dégénératif à long terme lié à des troubles de la marche et que, d'une part, l'expertise médicale du 21 novembre 2014 réalisée dans le cadre de l'instruction médico-légale d'une première demande d'aggravation pour l'infirmité 1 relatives aux séquelles de traumatisme du genou droit avait noté, concernant le requérant, que " la marche se fait avec boiterie " et " en extension forcée ", et, d'autre part, que l'expertise médicale du 10 février 2021 précitée indique que ses " appuis unipodaux sont difficiles à droite " et que " la marche sur les talons, les pointes reste impossible à droite ", le médecin conseil expert du service des pensions et des risques professionnels a inexactement qualifié l'infirmité diagnostiquée du requérant de maladie préexistante à la fracture de sa rotule droite. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que son infirmité 4 est en relation directe et certaine avec la fracture de sa rotule droite reconnue comme infirmité 1 et qu'elle doit être qualifiée de blessure au sens des dispositions précitées du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre dès lors qu'elle trouve son origine dans une lésion soudaine consécutive à un fait précis de service, à savoir l'accident survenu le 30 avril 1974.

6. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que, dans son rapport du 10 février 2021, l'expert médical, après avoir indiqué que M. B souffrait d'une " lombosciatalgie droite par discopathie secondaire à des troubles statiques " en lien directe avec la lésion initiale survenue en 1974, a évalué le taux d'invalidité de cette nouvelle infirmité à 5%. Le médecin expert chargé des pensions militaires d'invalidité, en accord avec le taux retenu par l'expert, a ainsi fixé à 5 % le taux d'invalidité de l'infirmité du requérant requalifiée en " discopathie L5-S1 avec lombosciatiques droite : raideur du rachis (distance mais-sol à 30 cm), sans trouble neurologique ". M. B soutient que cette infirmité doit être évaluée selon les dispositions du guide-barème des invalidités applicables aux " Troubles de la statique. Douleurs ostéo-articulaires : pesanteurs, tiraillements plus ou moins localisés au rachis, calmés par le repos ". D'une part, cependant, l'infirmité alléguée par le requérant n'est pas prévue en ces termes par le guide-barème des invalidités qui envisage seulement, parmi les lésions traumatiques de la colonne vertébrale, les " douleurs ostéo-articulaires : pesanteurs, tiraillements plus ou moins localisés au rachis, calmés par le repos ". D'autre part, il résulte de l'instruction que cette dernière désignation ne saurait être retenue dès lors que l'infirmité nouvelle affectant les lombaires et la hanche droite du requérant résulte de troubles de la marche et de troubles statiques en lien avec son infirmité principale au genou droit et doit donc être considérée comme non-traumatique. Par suite, le moyen du requérant doit être écarté.

7. En dernier lieu, M. B conteste le taux d'invalidité de 5% retenu par la commission de recours d'invalidité. S'il allègue tout d'abord que l'expert médical a évalué ce taux à 5% après application du barème du concours médical, de droit commun, et non celui applicable aux militaires, il n'apporte aucun élément au soutien de cette allégation. Il résulte ensuite de l'expertise médicale réalisée le 10 février 2021 que M. B présentait au niveau du rachis lombaire des latéroflexions limitées, un indice de Schober à 12 cm, un Lasègue à 60° à droite et une distance doigts-sol à 30 cm, un déficit de force musculaire au membre inférieur droit évalué à 4/5 et une amyotrophie de la cuisse droite (-1 cm) ainsi qu'une position debout prolongée en statique tenue cinq minutes. Cette expertise a également établi une mobilisation normale mais douloureuse de la hanche droite de M. B qui souffre de douleurs lombosciatalgie droite évaluées à 4/10, une attitude antalgique du requérant qui est déprimé sur le plan psychologique. Le requérant verse également au dossier une radiographie du 10 juillet 2019, antérieure au dépôt de sa demande, qui révèle une bascule vers la droite de la ceinture pelvienne de 7 mm et de la coxarthrose supéro-externe débutante à gauche mais plus évoluée à droite. Enfin, l'avis du médecin de recours du 17 septembre confirme que la station debout du requérant lui est pénible et qu'il existe une limitation douloureuse de sa mobilité avec un périmètre de marche réduit. Ce document précise également que la bascule du bassin vers la droite, lors du pas, génère une hyper-sollicitation de la hanche droite du requérant, entrainant des phénomènes douloureux latéro-lombaires de compensation, et que les éléments orthopédiques ont modifié la statique ainsi que le schéma de marche du requérant, entraînant des contractures réflexes de compensation et, sur la durée, une souffrance du disque L5-S1 et un début de décompensation discal. Dans ces conditions, dès lors que le guide barème prévoit un taux d'invalidité compris entre 5 et 25% en cas d'immobilisation douloureuse de la région lombaire, il sera fait une juste appréciation du taux d'invalidité de son infirmité " discopathie L5-S1 avec lombosciatiques droite : raideur du rachis (distance mais-sol à 30 cm), sans trouble neurologique " en relation médicale directe et certaine avec l'infirmité 1 en fixant celui-ci à 10 % à compter du 9 décembre 2019, date du dépôt de la demande du requérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une mesure d'expertise, que M. B est fondé à demander le versement d'une pension militaire d'invalidité au titre de l'infirmité 4 " discopathie L5-S1 avec lombosciatiques droite " en relation médicale directe et certaine avec l'infirmité 1, au taux d'invalidité de 10%, à compter du 9 décembre 2019.

Sur les frais liés au litige :

9. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 19 janvier 2022 de la commission de recours de l'invalidité est annulée.

Article 2 : Les droits à pension militaire d'invalidité de M. B au titre de l'infirmité 4 " discopathie L5-S1 avec lombosciatiques droite " en relation médicale directe et certaine avec l'infirmité 1 sont ouverts au taux d'invalidité de 10% à compter du 9 décembre 2019.

Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 4 : l'État versera une somme de 2 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La rapporteure,

signé

B. DelzanglesLe président,

signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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