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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201487

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201487

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLSIX LAW FIRM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 février 2022 et 24 novembre 2023, la société Main Sécurité, représentée par Me Quentier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° DD/CNAC/2021-10-15-002 du 16 décembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a infligé un blâme et une pénalité financière ;

2°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le fait d'avoir joint les manquements constatés à l'occasion de plusieurs contrôles contribue à maximiser la sanction et contrevient à la neutralité de l'exercice disciplinaire et à sa sécurité juridique ;

- les documents qui mentionnaient la faculté de refuser les visites ont été signés sur 5 sites par des agents de sécurité ou des chefs d'équipe de sécurité alors que ces fonctions ne leur confèrent pas le pouvoir de signer de tels actes et qu'ils ne bénéficiaient d'aucun mandat de représentation de la part de la société requérante ;

- il n'a été remis aucun compte rendu de visite à l'issue du contrôle du site du stade vélodrome de Marseille ;

- la commission a reconnu la volonté de régularisation manifestée par la société Main Sécurité ;

- certains des manquements reprochés ont été régularisés, d'autres sont infondés ou ne reposent sur aucune pièce probante.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Main Sécurité ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Quentier, représentant la société Main Sécurité.

Considérant ce qui suit :

1. La société Main Sécurité, qui exerce son activité dans le domaine de la sécurité événementielle, la surveillance, la prévention, la sécurité et la sûreté aéroportuaire et dont la présidence est assurée par la société Réseau Services ONET, a fait l'objet, d'octobre 2019 à octobre 2020, de plusieurs contrôles par les délégations territoriales Ile de France et Sud du CNAPS sur les sites de la gare SNCF de Nice ville, le stade vélodrome de Marseille, les sites classés Seveso situés à Manosque et à Fos-sur-Mer et le site de l'agence nationale de sécurité alimentaire nationale en région parisienne. Plusieurs manquements ont été relevés à l'occasion de ces contrôles, conduisant la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest du CNAPS, par délibération du 4 février 2021, à faire application du pouvoir disciplinaire qu'elle tient des dispositions de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur, et à prononcer, à l'encontre de la société requérante, un blâme assorti d'une pénalité financière de 10 000 euros. L'intéressée a formé, par courrier réceptionné le 7 juin 2021, un recours administratif à l'encontre de cette délibération. La commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a, par une délibération du 16 décembre 2021, confirmé le blâme et l'a assorti d'une pénalité financière de 8 500 euros. La société Main Sécurité demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'interdit de joindre dans une instance disciplinaire des manquements qui ont été constatés à l'occasion de contrôles échelonnés dans le temps d'une même société dès lors que l'action disciplinaire n'est prescrite pour aucun d'entre eux. Par suite, le moyen tiré de ce que cette pratique aurait contribué à maximiser la sanction et à contrevenir à la neutralité de l'exercice disciplinaire doit, en tout état de cause, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 634-2 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur : " () Le responsable des lieux ou son représentant est informé de la faculté de refuser cette visite et du fait qu'en ce cas elle ne peut intervenir qu'avec l'autorisation du juge des libertés et de la détention ".

4. En visant le responsable des lieux ou son représentant, les dispositions du code de la sécurité intérieure n'ont pas vocation à ne concerner que le représentant légal de la société, lui- même distinctement visé par certaines dispositions du code de la sécurité intérieure. Dès lors qu'il n'est pas contesté que les signataires des documents les informant de la faculté de refuser la visite des contrôleurs étaient sur les lieux et employés par la société requérante, le moyen tiré de l'absence de mandat de représentation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 634-3 du code de la sécurité intérieure : " Les membres et les agents de la commission nationale ou des commissions d'agrément et de contrôle peuvent demander communication de tout document nécessaire à l'accomplissement de leur mission, quel qu'en soit le support, et en prendre copie ; ils peuvent recueillir, sur place ou sur convocation, tout renseignement et toute justification utiles. Ils peuvent consulter le registre unique du personnel prévu à l'article L. 1221-13 du code du travail. Ils peuvent, à la demande du président de la Commission nationale ou de la commission d'agrément et de contrôle territorialement compétente, être assistés par des experts désignés par l'autorité dont ceux-ci dépendent. Il est dressé contradictoirement un compte rendu de visite en application du présent article dont une copie est remise immédiatement au responsable de l'entreprise. "

6. Il résulte de ces dispositions que, pour l'exercice de leur mission de contrôle des personnes exerçant les activités privées de sécurité mentionnées aux titres Ier, II et II bis du livre VI du code de la sécurité intérieure, les agents du CNAPS disposent de la faculté de solliciter la communication de tout document utile à l'accomplissement de leurs missions. Quand bien même l'article L. 634-3 du code de la sécurité intérieure fait état, dans sa rédaction alors applicable, d'un " compte rendu de visite ", il résulte des termes mêmes de ces dispositions que ce n'est que dans l'hypothèse d'une consultation de tels documents, qu'ils aient été recueillis dans les locaux de la société contrôlée ou sur convocation, qu'un compte rendu doit être dressé contradictoirement et remis immédiatement au responsable de l'entreprise. Au demeurant, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2022-448 du 30 mars 2022, le deuxième aliéna de l'article L. 634-3 fait désormais état d'un " compte rendu du contrôle réalisé en application du présent article " et non plus d'un " compte rendu de visite en application du présent article ".

7. S'il est constant que la visite du site du stade vélodrome de Marseille n'a pas donné lieu à la rédaction d'un compte rendu de visite dressé contradictoirement en application de l'article L. 634-3 du code de la sécurité intérieure mais d'un compte-rendu final de contrôle de l'entreprise, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que de telles visites ne sont pas formellement assujetties à la rédaction d'un compte rendu. Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'absence de tels documents aurait entaché la décision contestée d'un vice de procédure. Au surplus, le directeur des deux agences du stade vélodrome a été invité à présenter ses observations sur ces manquements, en temps utile, avant l'intervention de la sanction en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de compte rendu de visite doit être écarté.

8. En quatrième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que l'administration a tenu compte de la volonté de régularisation manifestée par la société Main Sécurité dans le quantum de la sanction infligée. Cette circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de cette sanction dans son principe dès lors que les infractions étaient matériellement constituées les jours des contrôles.

9. En cinquième lieu, concernant le défaut d'habilitation à des missions d'opérateur de vidéo protection d'au moins sept agents du site de la gare SNCF de Nice, d'un agent du site de Géométhane à Manosque et de l'ensemble des agents du site de la société Dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer, la circonstance que, sur les sites de Nice et de Manosque, les agents dépourvus d'habilitation à la vidéo protection aient suivi la formation concernée après la constatation des manquements est sans incidence sur la légalité de la sanction dans son principe. Par ailleurs, si certains agents du site de la gare SNCF de Nice n'étaient pas occupés à exercer des missions de vidéo surveillance lors du contrôle de la délégation territoriale, il ne ressort pas des pièces du dossier que ceux-ci n'aient jamais été affectés à de telles missions. Quant au défaut d'habilitation des agents du site de la société Dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer, si la société requérante soutient que la 7ème avenue et la D 544 de Fos-sur-Mer ne sont pas visibles sur les écrans gérés par le site de la société Dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer et que, par suite, une habilitation de ses agents à la vidéo protection n'est pas nécessaire, cette absence de visibilité ne ressort pas des pièces du dossier.

10. Concernant le fait d'avoir employé à plusieurs reprises sur le site du stade vélodrome de Marseille un agent dépourvu de carte professionnelle et un second muni d'une carte professionnelle falsifiée et revêtue du numéro de la carte d'un tiers, la société requérante ne conteste pas qu'elle disposait d'un accès aux services numériques pour la vérification des titres individuels. Par suite, le manquement est constitué. La circonstance que la société requérante ait initié depuis une campagne de formation à la détection de faux documents est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

11. Concernant les déclarations préalables à l'embauche tardives ou non réalisées par plusieurs agences, la société requérante ne contestant pas leur matérialité mais uniquement la méconnaissance de certaines formalités par le CNAPS à l'occasion de la procédure de contrôle, laquelle a été écartée ainsi qu'il a été vu aux points 3 à 7, les manquements sont constitués.

12. Concernant le défaut de remise de carte professionnelle conforme à certains agents et l'établissement de documents non conformes aux exigences fixées par les dispositions de l'article L. 612-5 du code de la sécurité intérieure, constatés sur plusieurs sites, si la société requérante explique avoir immédiatement régularisé, il n'en demeure pas moins que le manquement était caractérisé le jour du contrôle.

13. Aux termes de l'article L. 612-15 du code de la sécurité intérieure : " Tout document qu'il soit de nature informative, contractuelle ou publicitaire, y compris toute annonce ou correspondance, émanant d'une entreprise visée à l'article L. 612-1, doit reproduire l'identification de l'autorisation administrative prévue à l'article L. 612-9 ainsi que les dispositions de l'article L. 612-14 () ".

14. Concernant plus particulièrement l'établissement de mains courantes non conformes aux exigences fixées par les dispositions de l'article L. 612-5 du code de la sécurité intérieure, il résulte des dispositions exposées au point 13 que ces exigences s'appliquent également aux documents de nature informative. Une main courante étant un document de nature informative, le manquement est constitué.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Main Sécurité doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Main Sécurité est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Main Sécurité et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Boyé, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

F.-L. Boyé

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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