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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201489

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201489

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLSIX LAW FIRM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 février 2022 et 24 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Quentier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision n° DD/CNAC/2021-10-15-003 du 16 décembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) lui a infligé un blâme ;

2°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le fait d'avoir joint les manquements constatés à l'occasion de plusieurs contrôles contribue à maximiser la sanction et contrevient à la neutralité de l'exercice disciplinaire et à sa sécurité juridique ;

- les documents qui mentionnaient la faculté de refuser les visites ont été signés sur cinq sites par des agents de sécurité ou des chefs d'équipe de sécurité alors que ces fonctions ne leur confèrent pas le pouvoir de signer de tels actes et qu'ils ne bénéficiaient d'aucun mandat de représentation de la part de la société Main Sécurité ;

- il n'a été remis aucun compte rendu de visite à l'issue du contrôle du site du stade vélodrome de Marseille ;

- la commission a reconnu la volonté de régularisation manifestée par la société Main Sécurité ;

- certains des manquements reprochés ont été régularisés, d'autres sont infondés ou ne reposent sur aucune pièce probante ;

- la décision méconnait les principes de responsabilité personnelle, de personnalité des peines et les propres décisions du CNAPS dès lors que lui-même assume la présidence de 26 sociétés, que la société Main Sécurité comprend plus de 4000 collaborateurs, qu'il a délégué au directeur des opérations au niveau national la gestion de l'ensemble et aux directeurs régionaux la gestion des établissements et qu'il n'est rapporté aucun élément matériel ou moral le mettant en cause personnellement ;

- elle méconnait également le principe de légalité des délits et des peines.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2023, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Quentier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La société Main Sécurité, qui exerce son activité dans le domaine de la sécurité événementielle, la surveillance, la prévention, la sécurité et la sûreté aéroportuaire et dont la présidence est assurée par la société Réseau Services Onet, elle-même présidée par M. A, a fait l'objet, d'octobre 2019 à octobre 2020, de plusieurs contrôles par les délégations territoriales Ile de France et Sud du CNAPS sur les sites de la gare SNCF de Nice ville, le stade vélodrome de Marseille et les sites classés Seveso situés à Manosque et à Fos-sur-Mer. Plusieurs manquements ont été relevés à l'occasion de ces contrôles, conduisant la commission locale d'agrément et de contrôle Ouest du CNAPS, par délibération du 4 février 2021, à faire application du pouvoir disciplinaire qu'elle tient des dispositions de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur, et à prononcer, à l'encontre de M. A, un blâme assorti d'une pénalité financière de 2 000 euros. L'intéressé a formé, par courrier réceptionné le 7 juin 2021, un recours administratif à l'encontre de cette délibération. La commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a, par délibération du 16 décembre 2021, confirmé le blâme prononcé sans toutefois l'assortir d'une pénalité financière. M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'interdit de joindre dans une instance disciplinaire des manquements qui ont été constatés à l'occasion de contrôles échelonnés dans le temps d'une même société dès lors que l'action disciplinaire n'est prescrite pour aucun d'entre eux. Par suite, le moyen tiré de ce que cette pratique aurait contribué à maximiser la sanction et à contrevenir à la neutralité de l'exercice disciplinaire doit en tout état de cause être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 634-2 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur : " () Le responsable des lieux ou son représentant est informé de la faculté de refuser cette visite et du fait qu'en ce cas elle ne peut intervenir qu'avec l'autorisation du juge des libertés et de la détention ".

4. En visant le responsable des lieux ou son représentant, les dispositions du code de la sécurité intérieure n'ont pas vocation à concerner le représentant légal de la société, lui-même distinctement visé par certaines dispositions du code de la sécurité intérieure. Dès lors qu'il n'est pas contesté que les signataires des documents les informant de la faculté de refuser la visite des contrôleurs étaient sur les lieux et employés par la société requérante, le moyen tiré de l'absence de mandat de représentation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 634-3 du code de la sécurité intérieure : " Les membres et les agents de la commission nationale ou des commissions d'agrément et de contrôle peuvent demander communication de tout document nécessaire à l'accomplissement de leur mission, quel qu'en soit le support, et en prendre copie ; ils peuvent recueillir, sur place ou sur convocation, tout renseignement et toute justification utiles. Ils peuvent consulter le registre unique du personnel prévu à l'article L. 1221-13 du code du travail. Ils peuvent, à la demande du président de la Commission nationale ou de la commission d'agrément et de contrôle territorialement compétente, être assistés par des experts désignés par l'autorité dont ceux-ci dépendent. Il est dressé contradictoirement un compte rendu de visite en application du présent article dont une copie est remise immédiatement au responsable de l'entreprise ".

6. Il résulte de ces dispositions que, pour l'exercice de leur mission de contrôle des personnes exerçant les activités privées de sécurité mentionnées aux titres Ier, II et II bis du livre VI du code de la sécurité intérieure, les agents du CNAPS disposent de la faculté de solliciter la communication de tout document utile à l'accomplissement de leurs missions. Quand bien même l'article L. 634-3 du code de la sécurité intérieure fait état, dans sa rédaction alors applicable, d'un " compte rendu de visite ", il résulte des termes mêmes de ces dispositions que ce n'est que dans l'hypothèse d'une consultation de tels documents, qu'ils aient été recueillis dans les locaux de la société contrôlée ou sur convocation, qu'un compte rendu doit être dressé contradictoirement et remis immédiatement au responsable de l'entreprise. Au demeurant, dans sa rédaction issue de l'ordonnance n° 2022-448 du 30 mars 2022, le deuxième aliéna de l'article L. 634-3 fait désormais état d'un " compte rendu du contrôle réalisé en application du présent article " et non plus d'un " compte rendu de visite en application du présent article ".

7. S'il est constant que la visite du site du stade vélodrome de Marseille n'a pas donné lieu à la rédaction d'un compte rendu de visite dressé contradictoirement en application de l'article L. 634-3 du code de la sécurité intérieure mais d'un compte rendu final de contrôle de l'entreprise, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que de telles visites ne sont pas formellement assujetties à la rédaction d'un compte rendu. Par suite, la société requérante ne peut utilement soutenir que l'absence de tels documents aurait entaché la décision contestée d'un vice de procédure. Au surplus, le directeur des deux agences du stade vélodrome a été invité à présenter ses observations sur ces manquements, en temps utile, avant l'intervention de la sanction en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de compte rendu de visite ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, il ressort de la décision attaquée que l'administration a tenu compte de la volonté de régularisation manifestée par la société Main Sécurité dans le quantum de la sanction infligée. Cette circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de cette sanction dans son principe dès lors que les infractions étaient matériellement constituées les jours des contrôles.

9. En cinquième lieu, concernant le défaut d'habilitation à des missions d'opérateur de vidéo protection des agents du site de la société Dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer, si le requérant soutient que la 7ème avenue et la D 544 de Fos-sur-Mer ne sont pas visibles sur les écrans gérés par le site de la société Dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer et que, par suite, une habilitation de ses agents à la vidéo protection n'était pas nécessaire, cette absence de visibilité ne ressort pas des pièces du dossier.

10. Concernant le fait d'avoir employé à plusieurs reprises, sur le site du stade vélodrome de Marseille, un agent dépourvu de carte professionnelle et un second muni d'une carte professionnelle falsifiée et revêtue du numéro de la carte d'un tiers, M. A ne conteste pas que la société Main Sécurité disposait d'un accès aux services numériques pour la vérification des titres individuels. Par suite, le manquement est constitué. Le fait que la société requérante ait initié depuis une campagne de formation à la détection de faux documents est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

11. Concernant les déclarations préalables à l'embauche tardives ou non réalisées par plusieurs agences, M. A ne contestant pas leur matérialité mais uniquement la méconnaissance de certaines formalités par le CNAPS à l'occasion de la procédure de contrôle, laquelle a été écartée ainsi qu'il a été vu aux points 3 à 7, les manquements sont constitués.

12. Concernant le défaut de remise de carte professionnelle conforme à certains agents et qui a été constaté sur le site de la société Dépôts pétroliers de Fos-sur-Mer, si M. A explique avoir immédiatement régularisé, il n'en demeure pas moins que le manquement était caractérisé le jour du contrôle.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 631-16 du code de la sécurité intérieure : " Consignes et contrôles. Les dirigeants s'interdisent de donner à leurs salariés, directement ou par l'intermédiaire de leurs cadres, des ordres qui les conduiraient à ne pas respecter le présent code de déontologie. Ils veillent à la formulation d'ordres et de consignes clairs et précis afin d'assurer la bonne exécution des missions. Les instructions générales, circulaires et consignes générales de la sécurité privée et celles relatives aux fonctions assurées, que les salariés doivent mettre en œuvre dans l'exercice de leurs fonctions, sont regroupées dans un mémento, rédigé en langue française, dans un style facilement compréhensible. Le salarié doit en prendre connaissance à chaque modification et en justifier par émargement. Le mémento doit être mis à la disposition des agents dans les locaux professionnels. Il ne peut être consulté que par les personnels impliqués dans la conception et la réalisation des missions ainsi que, sans délai, par les agents de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité. Ce mémento ne comporte aucune mention spécifique à un client ou une mission. Les dirigeants s'assurent de la bonne exécution des missions, notamment au moyen de contrôles réguliers sur place. Dans ce cadre, les dirigeants mettent en place et tiennent à jour un registre des contrôles internes ".

14. En application des dispositions exposées au point 13, le dirigeant d'une société de sécurité privée auquel il incombe d'opérer des contrôles réguliers pour s'assurer de la bonne exécution des missions qui sont confiées à ses salariés est responsable des agissements de ces derniers et des manquements constatés au sein de sa société.

15. Pour sanctionner M. A, le CNAPS s'est fondé sur le fait qu'en assumant les fonctions de mandataire d'une société, intervenant elle-même en qualité de présidente d'une entreprise de sécurité privée, il avait nécessairement consenti à ce que sa responsabilité puisse être engagée en cas de manquements aux dispositions du code de la sécurité intérieure et que, ne pouvant ignorer les défaillances constatées à l'occasion de multiples procédures de contrôle aux cours desquelles plusieurs manquements, non isolés et concernant plusieurs établissements distincts, avaient été relevés et portés à l'attention des directeurs d'agence, il lui appartenait de prendre les mesures rectificatives adéquates au plan national. Si M. A soutient qu'en tant que mandataire social de 26 sociétés, il ne pouvait tout contrôler et qu'il avait ainsi délégué ses pouvoirs au directeur opérationnel national et aux directeurs régionaux concernés de la société Main Sécurité, il ressort des pièces du dossier qu'il était, à l'époque des manquements sanctionnés, le président de la société Réseau Services Onet laquelle présidait la société Main Sécurité. A ce titre, quelle qu'ait été l'étendue des délégations consenties, il lui incombait nécessairement d'exercer des contrôles, à tout le moins quant à l'effectivité des contrôles exercés par ses délégataires. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des principes de responsabilité personnelle et de personnalité des peines doit être écarté.

16. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " La Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une Loi établie et promulguée antérieurement au délit, et légalement appliquée ". Aux termes de l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure, dans sa version alors en vigueur : " Tout manquement aux lois, règlements et obligations professionnelles et déontologiques applicables aux activités privées de sécurité peut donner lieu à sanction disciplinaire. Le Conseil national des activités privées de sécurité ne peut être saisi de faits remontant à plus de trois ans s'il n'a été fait aucun acte tendant à leur recherche, leur constatation ou leur sanction. Les sanctions disciplinaires applicables aux personnes physiques et morales exerçant les activités définies aux titres Ier, II et II bis sont, compte tenu de la gravité des faits reprochés : l'avertissement, le blâme et l'interdiction d'exercice de l'activité privée de sécurité ou de l'activité mentionnée à l'article L. 625-1 à titre temporaire pour une durée qui ne peut excéder sept ans. En outre, les personnes morales et les personnes physiques peuvent se voir infliger des pénalités financières. Le montant des pénalités financières est fonction de la gravité des manquements commis et, le cas échéant, en relation avec les avantages tirés du manquement, sans pouvoir excéder 150 000 € pour les personnes morales et les personnes physiques non salariées et 7 500 € pour les personnes physiques salariées. Ces pénalités sont prononcées dans le respect des droits de la défense ".

17. Ainsi qu'il a été exposé aux points 13 à 15, M. A s'est vu infliger un blâme, sanction prévue par l'article L. 634-4 du code de la sécurité intérieure, pour n'avoir pas respecté les dispositions de l'article R. 631-16 du code de la sécurité intérieure. Dès lors, le moyen tiré du manquement au principe de légalité des délits et des peines inscrit à l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Boyé, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

F.-L. Boyé

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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