jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2201775 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP BOREL & DEL PRETE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 février 2022, la société Recyclage Concept 13, représentée par Me Borel Del Prete, demande au tribunal d'annuler :
1°) l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 2021-427-URG du 28 décembre 2021 portant imposition de mesures immédiates prises à titre conservatoire suite à l'incendie du 26 décembre 2021 sur le site de la société Recyclage Concept 13 à Saint-Chamas ;
2°) l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 2021-427-CONS/1 du 28 janvier 2022 portant consignation de somme et exécution de travaux d'office, suite à l'incendie du 26 décembre 2021 sur le site de la société ;
3°) l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 2021-427-CONS/2 du 3 février 2022 portant consignation de somme et exécution de travaux d'office, suite à l'incendie du 26 décembre 2021 sur le site de la société ;
4°) l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 2021-315-APTO du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'Agence de la Transition Ecologique (ADEME) sur le site de la société ;
5°) l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 2021-427-AOT/1 du 10 février 2022 autorisant l'occupation temporaire de parcelles de terrain, situées sur la commune de Saint-Chamas, au profit de l'ADEME ;
6°) l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n° 2021-427-APTO/2 du 18 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'Institut national de l'environnement et des risques (INERIS) sur le site de la société ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-URG du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence :
- les délais de réalisation prescrits par cet arrêté sont soit absents, soit matériellement irréalisables, en méconnaissance des dispositions des articles L. 512-20 et L. 171-8 du code de l'environnement, et certaines mesures ne sont pas assez détaillées pour permettre un contrôle de leur mise en œuvre.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-CONS/1 du 28 janvier 2022 portant consignation de sommes et exécution de travaux d'office :
- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence ;
- la sanction est infondée en droit et en fait ;
- le montant de la consignation est disproportionné par rapport à l'ampleur des travaux ou opérations à effectuer, l'arrêté est donc entaché d'une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-CONS/2 du 3 février 2022 portant consignation de sommes et exécution de travaux d'office :
- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence ;
- l'enclenchement du mécanisme de sanction est infondé en droit et en fait ;
- le montant de la consignation est disproportionné par rapport à l'ampleur des travaux ou opérations à effectuer.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-315-APTO du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'ADEME :
- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence ;
- la procédure contradictoire préalable à son édiction n'a pas été respectée, en méconnaissance des dispositions des alinéas 11 et 12 de l'article L. 171-8 du code de l'environnement.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-AOT/1 du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'INERIS :
- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence ;
- la procédure contradictoire préalable à son édiction n'a pas été respectée, en méconnaissance des dispositions des alinéas 11 et 12 de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, de nature à la priver d'une garantie.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-APTO/2 du 18 février 2022 portant autorisation d'occupation temporaire de parcelles par l'ADEME :
- il est illégal par voie d'exception de l'illégalité de l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence ;
- l'enclenchement du mécanisme de sanction est infondé en droit et en fait.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-URG du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence :
- l'arrêté du 28 décembre 2021 mentionne des délais précis de réalisation des mesures ;
- il mentionne par ailleurs des délais proportionnés à la situation d'urgence, le rapport de visite du 27 décembre 2021 de l'inspection des installations classées préconisant la mise en place de mesures conservatoires immédiates conformément aux dispositions des articles L. 512-20 et L. 511-1 du code de l'environnement ;
- la société ne démontre pas avoir accompli les mesures sollicitées dans les délais ou avec un retard justifié ;
- la durée de l'intervention des services d'incendie et de secours n'est pas étayée et la requérante ne démontre pas que leur présence aurait gêné les opérations de sécurisation du site ;
- les prescriptions de l'arrêté sont claires et précises, le risque incendie ayant déjà été identifié par l'arrêté du 21 décembre 2021 et les services de la DREAL ayant demandé à l'exploitant dans un courriel du 12 janvier 2022, qu'il produit, de mettre en œuvre les prescriptions techniques dans les plus brefs délais ;
- en application des dispositions de l'article L. 541-2 du code de l'environnement, l'exploitant supporte l'entière responsabilité des conséquences de son exploitation.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-CONS/1 du 28 janvier 2022 portant consignation de sommes et exécution de travaux d'office :
- l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence n'est pas entaché d'illégalité, l'arrêté en litige n'est donc pas illégal pour ce motif ;
- en application des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, l'Etat a, face à une absence d'exécution de mesures d'urgence, fait usage de ses prérogatives de contrainte ;
- le mécanisme de sanction ayant été enclenché le 28 janvier 2022, après courrier du 11 janvier 2022, un délai suffisant a été laissé à l'exploitant pour mettre en œuvre les mesures et le principe du contradictoire a été respecté ;
- les entraves alléguées à la mise en œuvre des prescriptions d'urgence ne sont pas démontrées ;
- le montant des sommes consignées répond à un barème précis figurant dans une circulaire du 8 février 2007 sur le montant des consignations, le montant fixé n'a pas vocation à correspondre exactement au montant des travaux mais à permettre d'assurer leur réalisation, qui n'a d'ailleurs pas pu être recouvré au regard de l'insolvabilité de l'exploitant ; ce dernier n'a pas fait d'opposition à la consignation ;
- l'exploitant ne démontre pas avoir réalisé des travaux pour la gestion des eaux ;
- il ne démontre pas davantage en quoi le volume de pompage aurait fait l'objet d'une erreur d'estimation.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-CONS/2 du 3 février 2022 portant consignation de sommes et exécution de travaux d'office :
- l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence n'est pas entaché d'illégalité, l'arrêté en litige n'est donc pas illégal pour ce motif ;
- l'arrêté en litige fait suite aux manquements constatés dans le rapport de la DREAL du 21 janvier 2022 ;
- l'absence de réponse alléguée à une demande d'autorisation de transfert de déchets sur le site de l'Arbois n'est pas démontrée ;
- l'exploitant n'avait pas été autorisé à utiliser la technique de criblage, qui nécessite un équipement et une expertise particulière, ne pouvant être validée a posteriori pour résorber des déchets incendiés ;
- les sommes dont la consignation est demandée sont estimatives et des devis n'ont pas à être produits.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-315-APTO du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'ADEME :
- la mesure est fondée en droit ;
- dans l'hypothèse d'espèce, relative à un incendie avec risque de pollution avéré, le principe du contradictoire n'est pas applicable, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-AOT/1 du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'INERIS :
- la mesure est fondée en droit ;
- dans l'hypothèse d'espèce, relative à un incendie avec risque de pollution avéré, le principe du contradictoire n'est pas applicable, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code de justice administrative.
En ce qui concerne l'arrêté n° 2021-427-APTO/2 du 18 février 2022 portant autorisation d'occupation temporaire de parcelles par l'ADEME :
- l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence n'est pas entaché d'illégalité, l'arrêté en litige n'est donc pas illégal pour ce motif.
- la mesure est fondée en droit et en fait.
L'instruction a été close le 6 mai 2024 par une ordonnance du même jour prise en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ollivaux,
- et les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Recyclage Concept 13 exploite depuis le 27 juillet 2021 un site de tri de déchets non dangereux, sous la rubrique 2714, à Saint-Chamas (13 250), situé 200 CD 15, route de Lançon. Elle a été placée en liquidation judiciaire le 25 juillet 2023. Après la visite le 3 septembre 2021 de l'inspection des installations classées, qui a constaté des irrégularités, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté le 14 décembre 2021 mettant l'exploitant en demeure de cesser ou régulariser son activité, de prendre des mesures afin de limiter les quantités de déchets et de prendre des mesures anti-incendie. Suite au déclenchement d'un incendie dans l'installation le 26 décembre 2021, l'inspection des installations classées a réalisé une deuxième visite, à la suite de laquelle l'autorité préfectorale a pris le 28 décembre 2021 un arrêté portant mesures immédiates à titre conservatoire. Ayant constaté, lors d'une nouvelle visite de l'inspection des installations classées du 29 décembre 2021, des manquements concernant la mise en sécurité du site, la mise en place d'un suivi de qualité de l'air, et l'absence de dispositif permettant d'isoler, pomper et évacuer les eaux de ruissellement, le préfet des Bouches-du-Rhône a pris un arrêté de consignation le 28 janvier 2022. Suite au constat effectué le 13 janvier 2022 par l'inspection des installations classées de l'absence d'évacuation des déchets incendiés par l'exploitant, le préfet a pris un second arrêté de consignation des sommes le 3 février 2022. Postérieurement à ces arrêtés, le préfet a, par arrêtés du 10 février 2022 ,autorisé l'ADEME à occuper temporairement des parcelles de terrain et à exécuter des travaux de gestion des eaux d'extinction consécutives à l'incendie. Les troubles persistant, et à la suite du constat d'émissions de substances dans l'air et d'infiltration des eaux dans les sols et sous-sols, le préfet a, par un nouvel arrêté du 18 février 2022, autorisé l'exécution de travaux d'office par l'INERIS. Compte tenu de l'inertie et de l'insolvabilité de l'exploitant, l'Etat a pris en charge la mise en sécurité du site et procédé aux opérations d'évacuation de 1 600 tonnes de déchets, entre le 11 décembre 2023 et le 5 janvier 2024. La société Recyclage Concept 13, désormais, placée en liquidation judiciaire, demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés des 28 décembre 2021 et 28 janvier, 3 février, 10 février et 18 février 2022.
Sur le cadre juridique du litige :
2. Le juge de plein contentieux des installations classées pour la protection de l'environnement se prononce sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 28 décembre 2021 portant prescription de mesures d'urgence :
3. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique () ". Aux termes de l'article L. 512-20 du même code : " En vue de protéger les intérêts visés à l'article L. 511-1, le préfet peut prescrire la réalisation des évaluations et la mise en œuvre des remèdes que rendent nécessaires soit les conséquences d'un accident ou incident survenu dans l'installation, soit les conséquences entraînées par l'inobservation des conditions imposées en application du présent titre, soit tout autre danger ou inconvénient portant ou menaçant de porter atteinte aux intérêts précités. Ces mesures sont prescrites par des arrêtés pris, sauf cas d'urgence, après avis de la commission départementale consultative compétente ".
4. D'une part, il est constant que l'ensemble des prescriptions de l'arrêté du 28 décembre 2021 portant mesures conservatoires d'urgence sont consécutives à l'incendie du 26 décembre 2021 dans l'installation, dont la survenance n'est pas contestée, et constitue la réalisation d'un risque qui avait été relevé par le préfet dans son arrêté de mise en demeure du 14 février 2021. D'autre part, il résulte des termes mêmes de cet arrêté que l'élaboration et la transmission à l'inspection des installations classées d'un plan de prélèvements doit s'opérer sous cinq jours, la mise en œuvre de ce plan sous dix jours, et l'évacuation des déchets non incendiés dans un délai d'une semaine. Ainsi, contrairement à ce que l'exploitant soutient, les prescriptions de l'arrêté en litige sont claires et précises, notamment quant aux délais imposés. En outre, compte tenu de leur degré d'urgence, certaines prescriptions sont exigibles immédiatement, à l'instar de la cessation de l'activité et de la mise en place de moyens de lutte contre l'incendie. Dans ces conditions, alors que l'urgence à éviter des pollutions environnementales est caractérisée, en se bornant à soutenir que les délais sont absents ou trop courts, sans établir la nature des difficultés qu'il rencontre pour les respecter, l'obstacle allégué du fait de la présence du service d'incendie et de secours afin de mener les opérations de sécurisation du site n'étant à cet égard pas étayé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les délais ne pouvaient être respectés compte tenu de la nature des prescriptions à mettre en œuvre. Par suite, le moyen tiré de l'absence, de l'imprécision ou du caractère irréalisable des délais de mise en œuvre des prescriptions et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 512-20 et L. 171-8 du code de l'environnement doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que la société Recyclage Concept 13 n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2021.
En ce qui concerne la légalité des arrêtés des 28 janvier, 3 février, 10 février et 18 février 2022 :
S'agissant des moyens communs
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 28 décembre 2021, soulevé à l'encontre de l'arrêté du 28 janvier 2022, de l'arrêté du 3 février 2022, des deux arrêtés du 10 février 2022 et de celui du 18 février 2022 doit nécessairement être écarté.
S'agissant de l'arrêté du 28 janvier 2022 portant consignation de sommes et exécution de travaux d'office
7. Aux termes du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement, dans sa version applicable au litige : " Si, à l'expiration du délai imparti, il n'a pas été déféré à la mise en demeure, aux mesures d'urgence mentionnées à la dernière phrase du I du présent article ou aux mesures ordonnées sur le fondement du II de l'article L. 171-7, l'autorité administrative compétente peut arrêter une ou plusieurs des sanctions administratives suivantes : 1° Obliger la personne mise en demeure à consigner entre les mains d'un comptable public avant une date déterminée par l'autorité administrative une somme correspondant au montant des travaux ou opérations à réaliser () 2° Faire procéder d'office, en lieu et place de la personne mise en demeure et à ses frais, à l'exécution des mesures prescrites. Les sommes consignées en application du 1° du présent II sont utilisées pour régler les dépenses ainsi engagées ".
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de visite de l'inspection des installations classées du 30 décembre 2021, que l'exploitant, absent lors de la visite des inspecteurs le 29 décembre 2021, n'a déféré à aucune des mesures d'urgence prescrites par l'arrêté du 28 décembre 2021. Il résulte également de l'instruction que l'exploitant a été destinataire le 11 janvier 2022 d'un courrier lui laissant un délai de quinze jours pour présenter ses observations, dans lequel figurait en pièce jointe le rapport de visite précité, ainsi que le projet d'arrêté portant consignation des sommes et exécution de travaux d'office suite à l'incendie du 26 décembre 2021. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige n'est pas fondé en droit, et que la procédure contradictoire aurait été méconnue.
9. En deuxième lieu, contrairement à ce qu'elle allègue, la société Recyclage Concept 13 n'établit pas, en se bornant à produire une facture de gardiennage et à indiquer avoir participé activement aux opérations du service d'incendie et de secours avec son personnel et ses engins, avoir procédé à une mise en sécurité du site, ni avoir réalisé des travaux pour la gestion des eaux d'incendie. En outre, en se bornant à établir une prise de contact par mail avec Atmosud le 30 décembre 2021, sans faire état des suites données à cette prise de contact, et à alléguer sans l'établir avoir été empêchée, le 27 décembre 2021, par la métropole d'Aix-Marseille Provence, de faire réaliser des merlons et un bassin de rétention autour du site, la société requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait.
10. En dernier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de l'arrêté en litige, que le montant de la consignation de 435 201,66 euros correspond au coût des travaux à réaliser à la suite de l'incendie, des mesures de surveillance de l'atmosphère, de gestion des eaux d'extinction de cet incendie et de création des aménagements requis pour cette gestion. Pour estimer le coût de ces travaux, le préfet s'est appuyé sur cinq devis correspondant à chaque prescription à réaliser. En outre, la société requérante ne démontre ni avoir effectué des travaux de gestion des eaux en décembre 2021, ni en quoi le volume de pompage des eaux d'extinction, estimé à 1 000 mètres cube, serait inexact. En tout état de cause, il ne ressort pas des dispositions du II de l'article L. 171-8 du code de l'environnement citées au point 7 qu'un tel arrêté doive nécessairement indiquer les bases de calcul ayant conduit à fixer la somme faisant l'objet de la consignation. Enfin, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait méconnu ces dispositions, la requérante ne peut en tout état de cause pas se prévaloir de la méconnaissance des prescriptions de la circulaire du 8 février 2007 relative aux modalités d'application de la procédure de consignation prévue à l'article 514-1 du code de l'environnement, abrogée par la circulaire du 19 juillet 2013 relative à la mise en œuvre des procédures administratives et pénales en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la disproportion du montant de la consignation par rapport aux travaux ou opérations à effectuer et de l'erreur d'appréciation quant à l'estimation du volume de pompage doit être écarté.
S'agissant de l'arrêté du 3 février 2022 portant consignation de sommes et exécution de travaux d'office
11. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de visite du 21 janvier 2022, que l'inspection des installations classées a constaté la persistance des manquements par la société requérante, aucun déchet, hormis les déchets métalliques, n'ayant été évacué le 13 janvier 2022 au matin, et aucune prescription de l'arrêté portant mesures d'urgence du 28 décembre 2021 n'ayant été mise en œuvre. Il n'est par ailleurs pas contesté que, pendant la procédure préalable à l'édiction de l'arrêté en cause, l'exploitant a reçu le 26 janvier 2022 un courrier lui adressant le projet d'arrêté de consignation à venir, qui a fait l'objet d'observations de sa part le 28 janvier 2022. L'arrêté est donc bien fondé en droit, et le contradictoire a été respecté. Ce moyen devra donc être écarté.
12. En deuxième lieu, si l'exploitant soutient avoir demandé à la préfecture une autorisation de transfert de déchets sur le site de l'Arbois, il ne l'établit pas. En outre, l'absence d'autorisation par la préfecture pour utiliser la technique du criblage, technique s'agissant de laquelle le défendeur fait valoir sans être contredit qu'elle nécessite un équipement et une expertise particulière, dont l'exploitant ne disposait pas, est sans incidence sur le constat de carence de ce dernier dans la mise en œuvre des prescriptions d'urgence. Enfin, si la société requérante verse aux débats un courriel des services préfectoraux détaillant les modalités à mettre en œuvre pour procéder à l'évacuation des déchets, elle ne démontre pas son impossibilité à les suivre. La société requérante n'est donc pas davantage fondée à soutenir que la sanction de consignation est entachée d'une erreur de fait et ce moyen devra être écarté.
13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 10 que le moyen tiré de la disproportion du montant de la consignation par rapport aux travaux ou opérations à effectuer doit être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que la société Recyclage Concept 13 n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés des 28 janvier et 3 février 2022.
S'agissant de l'arrêté du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'ADEME :
15. D'une part, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " () Les mesures mentionnées aux 1° à 4° du présent II sont prises après avoir communiqué à l'intéressé les éléments susceptibles de fonder les mesures et l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations dans un délai déterminé. / L'autorité administrative compétente peut procéder à la publication de l'acte arrêtant ces sanctions, sur le site internet des services de l'Etat dans le département, pendant une durée comprise entre deux mois et cinq ans. Elle informe préalablement la personne sanctionnée de la mesure de publication envisagée, lors de la procédure contradictoire prévue à l'avant-dernier alinéa du présent II ".
16. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Et aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° en cas d'urgence () ".
17. Il résulte des articles L. 514-5, R. 512-25 et R. 512-26 du code de l'environnement que, préalablement à l'édiction de prescriptions complémentaires prises sur le fondement de l'article L. 512-20 du code de l'environnement, l'exploitant d'une installation classée pour la protection de l'environnement doit être destinataire du rapport du contrôle le cas échéant réalisé par l'inspection des installations classées, des propositions de l'inspection tendant à ce que des prescriptions complémentaires lui soient imposées et du projet d'arrêté du préfet comportant les prescriptions complémentaires envisagées. Il résulte des articles L. 512-20, L. 514-5, R. 512-25, R. 512-26 et R. 512-31 du code de l'environnement et de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration que l'exploitant doit être mis à même de présenter des observations et d'obtenir également communication, s'il le demande, de celles des pièces du dossier utiles à cette fin.
18. L'arrêté contesté a été pris pour l'exécution des arrêtés de consignation qui l'ont précédé. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'a pas transmis à l'exploitant, en complément du courrier du 11 janvier 2022 l'informant de la procédure de consignation et d'exécution de travaux d'office, le projet d'arrêté portant exécution de travaux d'office par l'ADEME, est inopérant et doit être écarté comme tel.
19. Il résulte de ce qui précède que la société Recyclage Concept 13 n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'ADEME.
S'agissant de l'arrêté du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'INERIS :
20. Eu égard à ce qui a été dit au point 18, le moyen tiré de l'absence de respect du principe du contradictoire doit être écarté comme inopérant.
21. Il résulte de ce qui précède que la société Recyclage Concept 13 n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 10 février 2022 portant exécution de travaux d'office par l'INERIS.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Recyclage Concept 13 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Recyclage Concept 13 et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée à Me Laura Bes, liquidateur judiciaire.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistées de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé
J. Ollivaux
La présidente,
Signé
M. Lopa Dufrénot
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026