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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201793

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201793

lundi 19 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantDEGUITRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 mars 2022, 28 avril 2022, 18 novembre 2022 et 23 mars 2023, M. C B, représenté par Me Touboul, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner une expertise avant dire droit afin de déterminer notamment s'il a été victime d'un accident médical non fautif résultant de sa prise en charge médicale par le centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis à compter du 12 septembre 2017, ainsi que de procéder à l'évaluation de l'ensemble de ses préjudices ;

2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser une somme de 50 000 euros à titre de provision à valoir sur son entière indemnisation ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à la suite de l'intervention chirurgicale pour une hernie inguinale réalisée le 12 septembre 2017 au sein du centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis, il a présenté une amnésie rétrograde profonde diagnostiquée le 7 novembre 2017 ;

- le rapport d'expertise diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux Provence-Alpes-Côte d'Azur est entaché de contradiction dès lors que les experts ont exclu tout lien de causalité entre l'intervention et son état de santé alors qu'ils ont relevé qu'il n'avait pas d'antécédents neurologique et psychiatrique ; le rapport est incomplet en l'absence d'évaluation des préjudices consécutifs à l'amnésie rétrograde ; les experts n'ont pas procédé à l'évaluation de l'ensemble des préjudices subis ;

- il soutient qu'il a droit à être indemnisé par l'ONIAM à hauteur de 50 000 euros à titre provisionnel en raison de l'accident médical non fautif qu'il a subi en lien avec l'acte de soin réalisé le 12 septembre 2017

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mars 2022 et 28 mars 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiale (ONIAM), représenté par la SELARL de la Grange et Fitoussi avocats, agissant par Me Fitoussi, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à la désignation d'un collège d'experts spécialisés en anesthésie et réanimation, en neurologie et en psychiatrie.

Il fait valoir qu'aucun lien de causalité entre les dommages du requérant et l'acte de soin réalisé n'est démontré, que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont, en tout état de cause, pas réunies, que la demande de provision se heurte à de sérieuses contestations et qu'une expertise n'est pas utile à la solution du litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis, représenté par Me Deguitre, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à la désignation d'un collège d'experts en neurologie et en psychiatrie en limitant leur mission aux seuls points de discussion.

Il fait valoir qu'il doit être mis hors de cause dès lors que le rapport d'expertise des experts de la CCI exclut tout lien de causalité entre les dommages allégués et l'intervention chirurgicale réalisée le 12 septembre 2017 ; il s'oppose à toute nouvelle mesure d'expertise médicale en ce qu'elle est manifestement dépourvue de toute utilité ; subsidiairement pour le cas où une expertise serait ordonnée, il entend formuler les protestations et réserves d'usage sur la mesure d'expertise sollicitée.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que des conclusions tendant à la seule désignation d'un expert sont irrecevables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

le rapport de Mme Fabre,

les conclusions de M. Ricard, rapporteur public,

et les observations de Me Touboul, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a été admis au centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis le 12 septembre 2017 pour y subir une intervention chirurgicale de cure d'une hernie inguinale et a présenté, dans les suites de cette intervention, une profonde amnésie autobiographique dont les examens n'ont pu identifier la cause. Saisie par le requérant aux fins d'indemnisation de ses préjudices, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) Provence-Alpes-Côte d'Azur a diligenté une expertise et s'est déclarée incompétente pour statuer sur la demande de M. B, les critères de gravité du dommage n'étant pas, selon elle, réunis. Estimant que le rapport des experts devant la CCI est incomplet et lacunaire, M. B demande au Tribunal d'ordonner une expertise avant-dire droit afin de déterminer les conditions dans lesquelles il a été pris en charge au centre hospitalier d'Aix-en-Provence le 12 septembre 2017 et d'évaluer l'ensemble de ses préjudices en résultant, ainsi que de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 50 000 euros à titre provisionnel en réparation des préjudices subis.

2. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'entre elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision ". Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile. De même, il ne peut faire droit à une demande d'expertise permettant d'évaluer un préjudice, en vue d'engager la responsabilité d'une personne publique, en l'absence manifeste de lien de causalité entre le préjudice à évaluer et le fait générateur du dommage.

3. Il résulte de l'instruction que, le 12 septembre 2017, M. B a été pris en charge au centre hospitalier d'Aix-en-Provence pour une opération d'une hernie inguinale droite. A la suite de cette intervention chirurgicale, M. B a présenté une amnésie rétrograde de type autobiographique, diagnostiquée le 7 novembre 2017. Saisie le 8 octobre 2018 d'une demande d'indemnisation, la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) a ordonné une expertise confiée au professeur D, spécialisé en anesthésie et réanimation, au docteur E, spécialisé en neurologie, et au professeur A, spécialisé en psychiatrie. Les trois praticiens ont conclu à l'absence de faute et de lien technique ou organique entre les séquelles invoquées et l'intervention réalisée le 12 septembre 2017, indiquent que M. B a développé une affection psychiatrique de type conversion somatoforme sur un terrain de personnalité anxieux et vulnérable et ont fixé la date de consolidation au 7 novembre 2017, jour du bilan neurologique.

4. Si le requérant soutient que le rapport d'expertise est entaché de contradictions dès lors que les experts ont exclu tout lien de causalité entre l'intervention chirurgicale et son état de santé, alors qu'ils ont relevé qu'il n'avait pas d'antécédents neurologique et psychiatrique et que son amnésie s'est révélée à l'occasion de l'acte chirurgical, l'expertise relève toutefois que l'intervention chirurgicale a été la " fortuite occasion déclenchante de l'amnésie " du requérant et précise que tout autre événement signifiant aurait pu être l'occasion du déclenchement d'un trouble conversif de même nature, qu'aucun des produits anesthésiques utilisé n'était susceptible d'entraîner ce type d'effet amnésiant, que les bilans neurologiques réalisés postérieurement à l'intervention chirurgicale étaient normaux et que la conversion psychiatrique survenue en post-opératoire n'est pas directement liée à l'intervention mais davantage à la vie personnelle du patient. En outre, il résulte de l'instruction que M. B avait déjà présenté un épisode confusionnel à la suite de d'une coloscopie réalisée en 2017. Enfin, les pièces médicales produites par le requérant, qui constatent seulement l'étendue de son amnésie sans démontrer le lien de causalité entre cette affection et l'acte chirurgical, ne sont pas de nature à remettre en cause les conclusions de l'expertise précitée sur ce point. Dans ces conditions, et en l'absence manifeste de lien de causalité entre l'intervention réalisée le 12 septembre 2017 et les troubles dont le requérant a été affecté, la responsabilité de l'ONIAM ne peut être engagée sans qu'il soit utile d'ordonner une expertise complémentaire et qu'il soit nécessaire d'inviter M. B à chiffrer le montant de ses prétentions indemnitaires.

5. Il s'ensuit que les conclusions présentées par M. B tendant à la condamnation de l'ONIAM à réparer ses préjudices, à la désignation d'un expert et au versement d'une provision doivent être rejetées, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, mise en cause, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au centre hospitalier intercommunal d'Aix-Pertuis, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Journoud, conseillère.

Assistées de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2023.

La rapporteure,

signé

E. FABRE La présidente,

signé

G. MARKARIAN

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2201793

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