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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201813

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201813

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201813
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGRIFFET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 2 mars et 30 août 2022, 14 mars 2023, ce mémoire n'ayant pas été communiqué, et 17 mars 2023, Mme E C, représentée par Me Labare, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 3 janvier 2022 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a annulé la décision du 4 août 2021 prise par l'inspectrice du travail refusant d'autoriser la société CLAAS Réseau Agricole à la licencier pour motif disciplinaire, et a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- les faits reprochés ne lui sont pas imputables dès lors qu'elle conteste être l'auteur des falsifications ;

- le licenciement est en lien avec son mandat d'élue au conseil social et économique ;

- la ministre du travail aurait dû retenir le motif d'intérêt général lié à ce qu'elle était la dernière représentante syndicale pour refuser l'autorisation de la licencier ;

- son licenciement procède d'une discrimination dès lors qu'elle était victime de harcèlement moral de la part de son employeur.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 20 mai et 13 octobre 2022, la société par actions simplifiée CLAAS Réseau Agricole, représentée par Me Griffet, conclut dans le dernier état de ses écritures au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de Me Labare, représentant M. A,

- et celles de Me Griffet représentant la société CLAAS réseau agricole.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a été recrutée par la société CLAAS Réseau Agricole par contrat à durée déterminée, puis par contrat à durée indéterminée à compter du 28 janvier 2002 en qualité de comptable. Mme C a été élue membre titulaire du conseil social et économique de l'établissement de Saint-Andiol le 19 novembre 2018 et secrétaire du conseil social et économique central depuis le 17 décembre 2019. Reprochant à sa salariée d'avoir falsifié la signature de deux directeurs d'établissement et eu égard à ses mandats, la société CLAAS Réseau Agricole a sollicité de l'inspection du travail par courrier du 11 juin 2021 l'autorisation de la licencier pour faute. Par une décision du 4 août 2021, l'inspectrice du travail a rejeté sa demande. La société CLAAS Réseau Agricole a formé un recours hiérarchique auprès de la ministre du travail le 20 septembre 2021 qui, par une décision du 3 janvier 2022, a annulé la décision de l'inspectrice du travail et autorisé le licenciement de Mme C. Mme C demande au tribunal l'annulation de la décision de la ministre du travail du 3 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des termes de la décision en litige du 3 janvier 2022 qu'elle énonce les motifs de fait et de droit pour lesquels la ministre du travail a considéré que les manquements reprochés à la salariée étaient matériellement établis et que ces faits étaient suffisamment graves pour justifier son licenciement. La décision précise également la raison pour laquelle la ministre annule la décision de l'inspectrice du travail du 4 août 2021. Elle retient également qu'aucun élément soumis à son appréciation ne permet de conclure à l'existence d'un lien entre la procédure de licenciement engagée et les mandats exercés par la salariée. Par suite, et alors qu'aucune disposition légale ou réglementaire ne contraint l'administration à viser la totalité des éléments produits par les parties, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail que, lorsqu'un doute subsiste au terme de l'instruction diligentée par le juge sur l'exactitude matérielle des faits à la base des griefs formulés par l'employeur contre le salarié, ce doute profite au salarié.

4. A l'appui de sa demande d'autorisation de licenciement de Mme C pour faute, la société CLAAS Réseau Agricole a exposé que sa salariée avait contrefait la signature de son ancien directeur, M. B, sur le bordereau de ses heures supplémentaires pour le mois de janvier 2021 et réalisé un montage scan pour celle de son nouveau directeur M. D sur les bordereaux de ses heures supplémentaires pour les mois de février et mars 2021 qu'elle avait adressés par courriers électroniques au siège de son entreprise les 12 février, 12 mars et 16 avril 2021.

5. En l'espèce, il est constant que Mme C est l'auteure des trois courriels des 12 février, 12 mars et 16 avril 2021 qu'elle a adressés au service des ressources humaines et qui transmettaient en pièces jointes des relevés signés d'heures supplémentaires des salariés des mois de janvier, février et mars 2021, dont ses propres relevés que les deux directeurs qui valident habituellement les heures supplémentaires de Mme C ont contesté avoir signés, et qu'une expertise en écriture diligentée par l'employeur a permis d'établir que leurs signatures avaient été falsifiées. Si Mme C conteste être l'auteur de ces falsifications, elle procède par simple dénégation sans apporter aucun élément probant à l'appui de son argumentation. Contrairement à ce qu'elle soutient, il ne peut être déduit des seules mentions de l'expertise de graphologie que les documents examinés par le graphologue ne seraient pas ceux envoyés avec les mails en litige. La circonstance que son bureau serait accessible à toute personne du service tout comme l'armoire contenant les classeurs dans lesquels les originaux des relevés d'heures sont rangés, à la supposer établie, ne saurait suffire à instiller un doute sur l'imputabilité des faits reprochés à la requérante. Le recours à deux méthodes de falsification de signature distinctes dans un temps rapproché ne l'est pas davantage alors notamment que, ainsi que le relève l'expert graphologue, cette différence de méthode est susceptible de découler du fait que la signature du second directeur du service présentait une plus grande complexité. Par ailleurs, si Mme C soutient qu'elle n'avait aucun intérêt à falsifier les documents en cause dès lors que les heures supplémentaires faisant l'objet de ces relevés ont été payées, il ressort des pièce du dossier et notamment d'un mail du 11 mai 2021 de la responsable de la gestion des ressources humaines que Mme C n'avait perçu aucun paiement d'heures supplémentaires de 2017 à août 2020 et que le volume d'heures supplémentaires déclaré a été considéré comme suffisamment anormal pour conduire sa hiérarchie à vérifier les processus de leur approbation. Enfin, la requérante ne produit pas davantage d'éléments qui étayeraient les hypothèses d'explication qu'elle avance, selon lesquelles les documents auraient été falsifiés à son insu et résulteraient d'un complot de personnels du siège de la société qui souhaitaient se séparer d'elle. Dans ces conditions, en l'absence de doute sur l'imputabilité des falsifications constatées à la requérante, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que ce grief retenu à son encontre n'est pas suffisamment établi et ne serait pas ainsi pas de nature à justifier son licenciement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur d'appréciation doit être écarté.

6. En troisième lieu, pour refuser l'autorisation de licenciement sollicitée, l'autorité administrative a la faculté de retenir des motifs d'intérêt général relevant de son pouvoir d'appréciation de l'opportunité, sous réserve qu'une atteinte excessive ne soit pas portée à l'un ou à l'autre des intérêts en présence. En l'espèce, Mme C ne saurait utilement soutenir que la ministre du travail aurait dû user de cette simple faculté au motif qu'elle était la dernière représentante syndicale au sein de l'établissement alors au demeurant que deux représentants du personnel élus y demeurent. Par suite, le moyen tiré de l'existence d'un intérêt général justifiant que l'autorité administrative refuse d'autoriser le licenciement doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, si Mme C soutient que son licenciement procède d'une discrimination dès lors qu'elle aurait été victime de faits de harcèlement moral de la part de son employeur, elle ne fait état que d'un unique entretien du 27 février 2020 dont il est attesté par un autre élu que le ton employé par la responsable du contrôle de gestion avait mis Mme C en situation de stress et lui avait fait perdre ses moyens. Dans ces conditions, et compte-tenu de ce qui a été précédemment indiqué au point 5, le moyen tiré de ce que la demande d'autorisation de licenciement serait fondée sur une discrimination à l'encontre de la requérante doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail du 3 janvier 2022 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par la société CLAAS Réseau Agricole au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société CLAAS Réseau Agricole sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à la société par actions simplifiée CLAAS Réseau Agricole et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2201813

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