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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201881

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201881

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantERNST & YOUNG LYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mars 2022 et 28 avril 2023, Mme B A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'avis du 14 décembre 2021 de la commission de promotion et d'avancement du département des Bouches-du-Rhône de non proposition la concernant à l'accès au grade de rédacteur principal de première classe ;

2°) d'enjoindre à la collectivité de la nommer au grade de rédacteur principal de première classe de façon rétroactive à compter du 1er janvier 2022 ;

3°) de condamner la collectivité à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral et de la discrimination dont elle estime avoir été victime.

Elle soutient que :

- la décision traduit une discrimination à son encontre laquelle se fonde sur ses opinions politiques ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ;

- elle viole la délibération du conseil départemental du 14 décembre 2018 ainsi que le rapport n° 36.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 mars et 6 juin 2023, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Vivien, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les conclusions aux fins d'annulation sont irrecevables dès lors qu'elles sont dirigées contre un acte préparatoire ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une demande en ce sens auprès de l'administration ;

- les conclusions à fin d'injonction qui sont présentées dans le dernier mémoire de la requérante à titre principal sont irrecevables, ce qui rend irrecevable l'intégralité de la requête ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Mme C pour le département des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, titulaire du grade de rédacteur principal de deuxième classe, est affectée sur un emploi de responsable du suivi de l'exécution des marchés au sein du service courrier, accueil et manifestations du département des Bouches-du-Rhône. Par un courrier du 17 décembre 2020 du président du centre de gestion de la fonction publique territoriale des Alpes-Maritimes, Mme A a été informée avoir été admise à l'examen professionnel de " rédacteur principal de première classe ". Par courrier du 30 décembre 2020, elle a sollicité du département des Bouches-du-Rhône sa nomination au grade de rédacteur principal de première classe. Le 14 décembre 2021, la commission de promotion et d'avancement a émis un avis défavorable à l'avancement au grade de rédacteur principal de première classe de la requérante. L'intéressée n'a pas été inscrite par l'autorité territoriale au tableau d'avancement. Par courrier du 17 décembre 2021, elle a adressé un recours gracieux à l'encontre de l'avis du 14 décembre 2021 à la présidente du conseil départemental, lequel est resté sans réponse expresse. Elle demande au tribunal d'annuler cet avis, d'enjoindre au département des Bouches-du-Rhône de la nommer au grade de rédacteur principal de première classe et de le condamner à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral et de la discrimination dont elle estime avoir été victime.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense aux conclusions à fin d'annulation et la recevabilité des conclusions à fin d'injonction :

2. Aux termes de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors en vigueur : " L'avancement de grade () a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : () 2° Soit par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après une sélection par voie d'examen professionnel () ". Et aux termes de l'article 80 de cette même loi, dans sa version alors en vigueur : " () l'autorité territoriale adresse ses propositions au centre de gestion compétent en vue de l'établissement du tableau d'avancement de grade. Le centre de gestion établit le tableau d'avancement en respectant l'ordre des propositions. L'avancement de grade est prononcé par l'autorité territoriale parmi les fonctionnaires inscrits sur le tableau d'avancement () ".

3. L'avis de la commission administrative paritaire à laquelle a été soumis le tableau d'avancement attaqué constitue une mesure préparatoire à l'établissement définitif de ce tableau par le département des Bouches-du-Rhône. Il est donc insusceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de cet avis sont irrecevables et doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense aux conclusions à fin d'indemnisation :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

5. Il ne résulte pas de l'instruction que la requérante ait sollicité réparation de ses préjudices auprès du département des Bouches-du-Rhône. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de liaison du contentieux doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'indemnisation présentées par Mme A doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante une somme à verser au département des Bouches-du-Rhône au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le département des Bouches-du-Rhône sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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