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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201917

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201917

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mars 2022, Mme A B, représentée par Me Icard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 janvier 2022 par laquelle la maire d'Aix-en-Provence a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie à compter du 5 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Aix-en-Provence de reconnaître cette imputabilité ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis de la commission de réforme n'est pas motivé ;

- la décision litigieuse n'est pas motivée ;

- l'absence d'un médecin spécialiste de sa pathologie à la commission de réforme l'a privée d'une garantie ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit dès lors que son auteur s'est estimé à tort lié par l'avis défavorable de la commission de réforme ;

- sa pathologie est en lien direct et certain avec son travail et il n'existe pas d'état antérieur ou d'éléments de sa vie privée pouvant être à l'origine de cette affection ;

- contrairement à ce que prétend l'administration, elle avait rempli ses obligations déclaratives règlementaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 800 euros soit mise à la charge de Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par courrier du 9 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la situation de compétence liée dans laquelle se trouvait la commune d'Aix-en-Provence pour rejeter la demande d'imputabilité au service de son accident ou de sa maladie formée par Mme B dès lors que cette dernière n'a jamais transmis à l'autorité territoriale le formulaire précisant les circonstances de son accident ou de sa maladie en méconnaissance de l'article 37-2 du décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le décret n° 2019-301 du 10 avril 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est administratrice territoriale à la mairie d'Aix-en-Provence depuis 2009. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire à compter du 5 mai 2021. Par courrier du 16 juin 2021, elle a sollicité l'imputabilité au service de sa pathologie sans au demeurant préciser si celle-ci résultait d'une maladie professionnelle ou d'un accident. Le 14 septembre 2021, le médecin expert s'est prononcé en faveur d'un lien entre la pathologie de la requérante et le service. Par un avis du 16 décembre 2021, la commission de réforme a rendu un avis défavorable à l'imputabilité au service de cette pathologie. Le 6 janvier 2022, l'administration a pris une décision de non-imputabilité au service de la pathologie de Mme B. Celle-ci demande au tribunal d'annuler cette décision et d'enjoindre à la commune d'Aix-en-Provence de prendre une décision en sens contraire.

2. D'une part, aux termes de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié aux articles L. 822-18 et L. 822-20 du code général de la fonction publique, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " () / II.- Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / () IV.- Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale () / Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 37-1 du décret du 30 juillet 1987 pris pour l'application de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 précitée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre ". Aux termes de l'article 37-2 du même décret : " Pour obtenir un congé pour invalidité temporaire imputable au service, le fonctionnaire () adresse par tout moyen à l'autorité territoriale une déclaration d'accident de service, () ou de maladie professionnelle accompagnée des pièces nécessaires pour établir ses droits. / La déclaration comporte : / 1° Un formulaire précisant les circonstances de l'accident ou de la maladie. Ce formulaire est transmis par l'autorité territoriale à l'agent qui en fait la demande, dans un délai de quarante-huit heures suivant celle-ci et, le cas échéant, par voie dématérialisée, si la demande le précise ; / 2° Un certificat médical indiquant la nature et le siège des lésions résultant de l'accident ou de la maladie ainsi que, le cas échéant, la durée probable de l'incapacité de travail en découlant ". L'article 37-3 du même décret dispose : " I.- La déclaration d'accident de service ou de trajet est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de quinze jours à compter de la date de l'accident. / () II.- La déclaration de maladie professionnelle prévue à l'article 37-2 est adressée à l'autorité territoriale dans le délai de deux ans suivant la date de la première constatation médicale de la maladie ou, le cas échéant, de la date à laquelle le fonctionnaire est informé par un certificat médical du lien possible entre sa maladie et une activité professionnelle. / () IV. - Lorsque les délais prévus aux I et II ne sont pas respectés, la demande de l'agent est rejetée / () ". Enfin, aux termes de l'article 15 du décret du 10 avril 2019 relatif au congé pour invalidité temporaire imputable au service dans la fonction publique territoriale : " () / Les conditions de forme et de délais prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret du 30 juillet 1987 précité ne sont pas applicables aux fonctionnaires ayant déposé une déclaration d'accident ou de maladie professionnelle avant l'entrée en vigueur du présent décret. / Les délais mentionnés à l'article 37-3 du même décret courent à compter du premier jour du deuxième mois suivant la publication du présent décret lorsqu'un accident ou une maladie n'a pas fait l'objet d'une déclaration avant cette date ".

4. Il résulte de ces dispositions que les conditions de forme et de délai prévues aux articles 37-2 à 37-7 du décret précité, dans sa rédaction issue du décret du 10 avril 2019, sont uniquement applicables, d'une part, aux demandes de prolongation d'un congé pour accident de service ou pour maladie imputable au service pour une période commençant après le 13 avril 2019 et, d'autre part, aux demandes initiales de congé pour invalidité temporaire imputable au service motivées par un accident ou une maladie dont la déclaration a été déposée après cette date. En outre, les droits des agents publics en matière d'accident de service et de maladie professionnelle sont constitués à la date à laquelle l'accident est intervenu ou la maladie diagnostiquée.

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande formée par Mme B de reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail et de leur qualification soit en accident de service, soit en maladie professionnelle, adressée à son employeur par courrier du 16 juin 2021, soit après le 13 avril 2019, n'était accompagnée ni du formulaire prévu par le 1° des dispositions précitées de l'article 37-2 du décret du 30 juillet 1987, ni du certificat médical prévu par le 2° de ces dispositions. Alors que, par courrier du 30 juillet 2021, la commune d'Aix-en-Provence lui a demandé de transmettre une déclaration d'accident ou de maladie conforme aux dispositions de l'article 37-2, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, Mme B, qui soutient n'avoir reçu cette lettre que le 11 septembre 2021, n'a pas demandé à l'autorité territoriale de lui transmettre le formulaire de déclaration comme il lui appartenait de le faire en vertu du 1° de l'article 37-2 et que, d'autre part et en tout état de cause, elle n'a jamais transmis à l'administration ce formulaire et le certificat médical devant l'accompagner. Par suite, l'administration était tenue de rejeter la demande de l'intéressée, qui était incomplète au regard des conditions prescrites par l'article 37-2 du décret du 30 juillet 1987. Dans ces conditions, l'ensemble des moyens soulevés par Mme B à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet opposée à sa demande du 16 juin 2021 sont inopérants et doivent, pour ce motif, être écartés.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme que demande la commune d'Aix-en-Provence sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aix-en-Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune d'Aix-en-Provence.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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