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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2201965

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2201965

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2201965
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantOSBORNE CLARKE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête, enregistrée le 4 mars 2022 sous le numéro 2201965, et un mémoire, enregistré le 28 août 2023, la société Dépôt Carte Grise, représentée par Me Le Mière et Me Yvon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions prises par le préfet de l'Eure le 6 août 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle et le préfet des Ardennes le 6 septembre 2021, le préfet du Vaucluse le 14 septembre 2021, le préfet du Tarn le 15 septembre 2021, le préfet de Loire-Atlantique le 21 septembre 2021 et le préfet d'Ille-et-Vilaine le 27 septembre 2021, qui ont interdit aux buralistes d'entretenir toutes relations avec elle dans le cadre de points de collecte de dossiers d'immatriculation des véhicules ainsi que la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté le recours hiérarchique qu'elle a formé à l'encontre de ces décisions préfectorales le 5 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de prendre les mesures nécessaires afin de donner instruction aux préfectures d'informer les buralistes de l'annulation des décisions litigieuses et de la possibilité de vendre ses services dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 11 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions préfectorales sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait dès lors que le partenariat conclu avec les buralistes consiste uniquement en la promotion aux usagers du service qu'elle fournit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'est sollicitée l'annulation de simples courriers d'information qui ne sont pas des décisions au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- la société requérante n'a pas d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, le préfet de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il entend s'approprier les éléments développés dans le mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer.

II) Par une requête enregistrée le 16 mars 2022 sous le numéro 2202343, et un mémoire enregistré le 28 août 2023, la société Dépôt Carte Grise, représentée par Me Le Mière et Me Yvon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision prise par le préfet du Tarn le 15 septembre 2021 ayant mis en demeure la société Le Kiosque à Dali de cesser l'activité de collecte de dossiers de demande d'immatriculation de véhicules et de rompre toute relation commerciale avec elle, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 15 novembre 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision préfectorale est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le partenariat conclu avec la société Le Kiosque à Dali consiste uniquement en la promotion aux usagers du service qu'elle fournit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'est sollicitée l'annulation d'un simple courrier d'information qui n'est pas une décision au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- la société requérante n'a pas d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Forest,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Yvon, représentant la société Dépôt Carte Grise.

Considérant ce qui suit :

1. Le 11 janvier 2019, la société Dépôt Carte Grise a conclu avec le ministre de l'intérieur une convention l'habilitant à recueillir auprès des particuliers l'ensemble des données nécessaires aux opérations d'immatriculation de véhicules et à transmettre ces informations dans le système d'immatriculation des véhicules (SIV). Elle a également conclu le même jour une convention d'agrément avec le ministre des finances et des comptes publics lui permettant de recevoir les taxes et la redevance sur les certificats d'immatriculation et de reverser les fonds à l'administration des finances. Elle a ensuite mis en place des partenariats tendant à la mise en place de points relais de collecte de dossiers d'immatriculation avec des buralistes, lesquels se sont vus adresser des mises en demeure de cesser cette pratique sous peine de sanctions par les préfets de l'Eure le 6 août 2021, les préfets de Meurthe-et-Moselle et des Ardennes le 6 septembre 2021, le préfet du Tarn le 15 septembre 2021, le préfet de Loire-Atlantique le 21 septembre 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine le 27 septembre 2021. Le préfet du Vaucluse, par courrier du 14 septembre 2021, s'est adressé au représentant local des buralistes et lui a demandé d'informer ses pairs de l'interdiction de telles pratiques. La société Dépôt Carte Grise a formé un recours gracieux à l'encontre de chacune de ces décisions respectivement les 6 octobre 2021, 5 novembre 2021, 15 novembre 2021, 19 novembre 2021, 15 décembre 2021 et 12 novembre 2021 ainsi qu'un recours hiérarchique auprès du ministre de l'intérieur le 5 novembre 2021. L'administration n'a répondu explicitement à aucun de ces recours. Par deux requêtes distinctes, la société Dépôt Carte Grise demande l'annulation des décisions préfectorales et des décisions de rejet de ses recours gracieux et hiérarchique.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2201965 et 2202343 concernent la situation d'une même société requérante et présentent à juger de questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ".

4. Les décisions préfectorales contestées explicitent le système mis en place avec des professionnels de l'automobile quant aux demandes d'immatriculation et le fait que l'intervention de tiers dans ce type de demandes ne satisfait pas aux obligations de sécurité prévues par l'Etat qui visent à protéger aussi bien les intérêts de l'Etat que ceux des usagers. Elles énoncent également les sanctions auxquelles s'exposent les buralistes qui s'adonneraient à ce type de pratiques. Dans ces conditions, les décisions litigieuses exposent les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent, permettant à leurs destinataires d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et, partant, de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions préfectorales contestées manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route, dans sa version alors en vigueur : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. Le propriétaire doit également pouvoir justifier, à la demande du ministre de l'intérieur () Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ".

6. D'autre part, dans l'hypothèse où l'usager a recours à un professionnel de l'automobile, l'article 1er de la convention d'habilitation individuelle stipule que ce professionnel recueille l'ensemble des données nécessaires aux opérations d'immatriculation des véhicules et les transmet dans le SIV.

7. Il résulte des dispositions combinées exposées aux points 5 et 6 que le professionnel de l'automobile agréé doit lui-même examiner les pièces justificatives originales, percevoir les taxes, enregistrer les demandes, valider le dossier avant de remettre le certificat provisoire d'immatriculation.

8. Il ressort des pièces du dossier que les buralistes partenaires de la société requérante sont chargés par celle-ci de prendre une photographie sur leur propre smartphone ou tablette des documents de l'usager et de les envoyer à la société Dépôt Carte Grise, de conserver les originaux et d'encaisser la prestation. Ce faisant, la société requérante, qui minimise le rôle joué par les buralistes sans toutefois produire à l'instance les termes de la convention qui les lie, a recours à des prestataires extérieurs pour accomplir une partie de sa mission. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions contestées seraient entachées d'une erreur de fait.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation présentées par la société Dépôt Carte Grise doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Dépôt Carte Grise est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Dépôt Carte grise, aux préfets des Ardennes, de l'Eure, d'Ille et Vilaine, de Loire-Atlantique, de Meurthe-et-Moselle, du Tarn, et du Vaucluse et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Boyé, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

F.-L. Boyé

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

N°s 2201965

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