mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2202229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, M. B D, représenté par Me Hini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2022 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône l'a expulsé du territoire ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté était incompétent ;
- l'arrêté est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de la loi du 11 juillet 1979 ;
- il ne peut faire l'objet d'une mesure d'expulsion dès lors qu'il réside depuis plus de vingt ans sur le territoire ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.
M. D a produit des pièces complémentaires le 8 mars 2024 qui ont été communiquées au préfet des Bouches-du-Rhône.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur
- les conclusions de Mme Dyèvre, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 27 janvier 2022 le préfet des Bouches-du-Rhône a expulsé du territoire M. D à destination de la Bosnie. M. D demande l'annulation de cette décision.
2. La décision contestée a été signée par M. C A, directeur des migrations de l'intégration et de la nationalité de la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation, en vertu d'un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer les décisions, avis et arrêtés préfectoraux d'expulsion. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision attaquée mentionne que la présence en France de M. D constitue une menace grave à l'ordre public dès lors que l'intéressé a été condamné à plusieurs reprises à des peines d'emprisonnement entre 2006 et 2016 et notamment à une peine de cinq années d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé, d'acquisition, de transport, de détention et d'offre non autorisés de stupéfiants. La décision indique également que M. D, qui est séparé de sa compagne, ne démontre pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français. Ainsi, contrairement à ce que soutient l'intéressé, le préfet a tenu compte d'éléments relatifs à sa vie privée et familiale sur le territoire. Dans ces conditions, la décision est suffisamment motivée.
5. Aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Et aux termes de l'article L. 631-3 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; 2° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; () ".
6. S'il est constant que M. D, entré en France en 1992, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 11 mai 1998 au 10 mai 1999 et de cartes de résident depuis le 11 mai 1999, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement du bulletin n°2 du casier judiciaire de l'intéressé, que ce dernier a été incarcéré à plusieurs reprises et que cette période totale d'emprisonnement de huit ans et cinq mois jusqu'à la date de l'arrêté doit être décomptée de la durée de résidence en France de M. D. Il a ainsi résidé régulièrement en France durant seize ans et n'entrait donc pas dans le champ d'application des dispositions du 2° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Il est constant que M. D est entré en France en 1992 à l'âge de dix-huit ans. Son ex-épouse et ses six enfants, qui ont la nationalité française, résident sur le territoire français. Il soutient qu'il entretient des liens avec ses enfants et ses petits-enfants et produit à ce titre des photographies ainsi que des attestations, de ces derniers, mais stéréotypées et écrites de la même main, qui indiquent notamment qu'ils se réunissent souvent à l'occasion notamment de réunions de famille. Toutefois, le requérant a été écroué pendant plusieurs périodes entre 2007 et 2022 et n'a donc pas vécu avec ses enfants durant ces périodes-ci, enfants auxquels il n'établit pas avoir contribué financièrement à leur entretien. L'avis de la commission d'expulsion indique en outre qu'une seule de ses filles est venue lui rendre visite alors qu'il était incarcéré et que le requérant ne justifie pas entretenir des relations régulières avec ses enfants. Si ce même avis évoque un bon comportement en prison ainsi que la participation à des activités et un suivi psychologique engagés en 2020, il évoque une absence de projet professionnel. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de douze condamnations, de 2006 à 2016, d'abord à des peines comprises entre trois et huit mois d'emprisonnement, pour des faits de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, de conduites sans permis, de circulations avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, de vol aggravé et de vol en réunion, puis une peine de cinq ans d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, d'acquisition, de transport, de détention et d'offre ou de cession non autorisées de stupéfiants, ainsi qu'une peine de quatre ans d'emprisonnement, laquelle a été confirmée par la cour d'appel d'Aix-en-Provence le 29 juin 2020, pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, de participation à une association de malfaiteurs et recel de bien provenant d'un vol. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu du nombre des infractions commises par M. D, de la faiblesse des liens établis avec ses enfants pendant son incarcération, du caractère trop récent des liens dont il se prévaut après son incarcération et son absence d'insertion professionnelle à la date de la décision attaquée, la mesure d'expulsion n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excédant ce qui était nécessaire à la défense de l'ordre public. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation familiale dont serait entachée la décision du 27 janvier 2022 doivent ainsi être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Delzangles, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mis à disposition au greffe le 9 avril 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
B. Delzangles
Le président - rapporteur,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef ;
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026