mercredi 10 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2202254 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LEFEBVRE-GOIRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars 2022 et le 19 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, M. B A, représenté par Me Lefebvre-Goirand, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel le directeur académique des services de l'éducation nationale lui a infligé la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux mois, dont un avec sursis ;
2°) d'enjoindre à l'académie d'Aix-Marseille de le réintégrer immédiatement avec toutes conséquences de droit au regard de sa situation administrative, et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de lui reconnaître le statut de lanceur d'alerte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 200 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure tenant au non-respect du caractère contradictoire de la procédure devant le conseil de discipline, faute qu'il ait pu présenter des observations écrites ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure tenant au non-respect du délai minimal de convocation devant le conseil de discipline ;
- la décision est entachée d'erreur de droit, en raison d'erreurs dans les visas des textes applicables ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation sur la proportion entre les faits reprochés, qui ne sont pas tous établis, et la sanction infligée.
Par un mémoire, enregistré le 3 janvier 2023, le recteur de la région académique Provence-Alpes-Côte d'Azur et de l'académie d'Aix-Marseille conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code pénal ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- et les observations de M. A, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Depuis le 1er septembre 2014, M. A, professeur des écoles, exerçait les fonctions de directeur de l'école maternelle publique Jean Mermoz située dans le 8ème arrondissement de Marseille. Après qu'il eut été suspendu pour une durée maximale de quatre mois à compter du
13 septembre 2021 et que l'enquête administrative diligentée eut abouti à un rapport définitif établi le 9 décembre 2021, M. A a été affecté le 13 janvier 2022 en tant qu'enseignant de classe élémentaire au sein d'une école située dans le 4ème arrondissement de la ville. Le directeur académique des services de l'éducation nationale (DASEN) des Bouches-du-Rhône lui a infligé ensuite la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pendant une durée de deux mois, assortie d'un sursis d'un mois, avec effet au 14 mars 2022, par un arrêté du
1er février 2022, dont M. A demande l'annulation.
Sur les conclusions en annulation :
2. En vertu de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dont les dispositions ont été reprises en substance à l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique, les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes croissants, dont le troisième comprend " - la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent ; - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont matériellement établis, constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
4. Pour prononcer, par l'arrêté en litige, la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux mois dont un avec sursis, le DASEN des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur cinq motifs tirés de ce que, pour le premier, M. A n'avait pas mis en place et actualisé le PPMS (plan particulier de mise en sûreté), le registre de sécurité, les exercices d'évacuation et de confinement, pour le deuxième il avait autorisé l'installation et l'utilisation d'équipements non conformes à destination des élèves, pour le troisième il avait refusé d'accueillir des élèves et de se présenter à des convocations de l'administration, pour le quatrième, il avait par des écrits remis en question la compétence de son supérieur ou relaté des propos de nature à porter atteinte à l'intégrité d'un agent public ou à la réputation de l'administration, enfin il avait diffusé publiquement des documents d'informations internes. Les faits reprochés à M. A doivent être regardés comme s'arrêtant à la date de sa suspension, en l'absence de toute précision à cet égard dans l'arrêté de sanction.
En ce qui concerne la matérialité des faits reprochés :
S'agissant des premier et deuxième griefs :
5. Le rapport réalisé par l'inspectrice santé et sécurité au travail après une visite effectuée le 21 novembre 2021 et celui rédigé par l'équipe mobile académique de sécurité en novembre 2021, tous deux versés au dossier par le requérant, confirment la matérialité du grief tenant à des inobservations aux obligations de sécurité incombant au directeur d'école. M. A ne peut utilement contester la réalité des faits retenus à cet égard, qui portent seulement, d'une part, sur la mise en place et l'actualisation de documents de sécurité, la pratique régulière des exercices d'évacuation et de confinement, d'autre part sur l'installation et l'utilisation d'équipements non conformes à destination des élèves, en se bornant à verser le témoignage d'une assistante administrative et à faire valoir qu'il n'a pu accéder à l'école à partir de sa suspension.
S'agissant du troisième grief :
6. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à compter de juin 2021, M. A a contesté avec force les dérogations accordées par le service municipal des inscriptions permettant à des enfants scolarisables en petite section de maternelle d'être inscrits dans l'école Jean Mermoz plutôt que dans leur école de secteur. Selon lui, les dérogations accordées portaient, dans cette section, les effectifs de l'école à un nombre supérieur à celui permettant leur accueil dans le respect de la sécurité et de l'intérêt supérieur des enfants. Il ressort également des pièces du dossier que cette opposition nette à la gestion des dérogations, telle que pratiquée pour la rentrée scolaire 2021-2022 dans l'école qu'il dirigeait, est à l'origine de la suspension de l'intéressé, qui lui a été signifiée peu après cette rentrée scolaire le vendredi 10 septembre et a été effective à compter du lundi 13 septembre. Alors que cette opposition peut être assimilée à un refus d'accueillir à l'école Jean Mermoz les enfants titulaires d'une dérogation et que le rapport présenté au conseil de discipline indique que " le 6 septembre 2021, C de l'éducation nationale doit demander à M. A d'inscrire un enfant qu'il avait refusé ", ce fait, dont la réalité n'est pas contestée par l'intéressé, est établi.
7. D'autre part, il ressort du courrier même que M. A a adressé le
11 septembre 2021 au ministre de l'éducation nationale qu'il avait décidé de ne pas se rendre à la convocation qui lui avait été adressée afin de se rendre à l'inspection académique à 17 heures le 8 septembre. La circonstance que son séjour à l'école au moment où il aurait dû être à l'inspection académique lui a permis de gérer un cas de Covid est sans incidence sur la matérialité de ce fait, dont il ne peut cependant être trouvé d'autres exemples dans la période en litige.
S'agissant du quatrième grief :
8. D'une part, il ressort d'un courriel daté du 30 juin 2021, adressé par le requérant à C de l'éducation nationale (IEN) en charge de la circonscription où se situe l'école Jean Mermoz, que M. A y a commenté en rouge un courriel que l'IEN lui avait adressé, et, indiquant certains textes s'appliquant selon lui à la situation : " Y a-t-il un terme, Monsieur C, une notion, un point particulier que vous souhaiteriez vous faire expliquer dans le détail ' Plusieurs parents de notre école, juristes ou avocats de formation, se tiennent à votre disposition pour vous préciser, le cas échéant, " la connaissance des rôles et des missions de chacun ". Dans ces conditions, le fait tenant à " des écrits remettant en question la compétence de son supérieur " est établi, même s'il ne ressort pas des pièces du dossier d'autres exemples durant la période en litige.
9. D'autre part, concernant le fait consistant à avoir " relaté des propos de nature à porter atteinte à l'intégrité d'agent public ou à la réputation de l'administration ", il ressort des pièces du dossier que, durant la période en litige, il ne peut s'agir que de la plainte contre X déposée le 19 juillet 2021 auprès du procureur de la République, au sujet de laquelle le requérant revendique d'ailleurs le statut de " lanceur d'alerte ".
10. A cet égard, en vertu de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983, dont les dispositions ont été reprises en substance aux articles L. 135-1 et L. 135-2 applicables en l'espèce du code général de la fonction publique, aucune mesure notamment disciplinaire ne peut être prise à l'égard d'un agent public pour avoir relaté ou témoigné, de bonne foi, aux autorités judiciaires ou administratives de faits constitutifs d'un délit, d'un crime ou susceptibles d'être qualifiés de conflit d'intérêts dont il aurait eu connaissance dans l'exercice de ses fonctions, et par ailleurs, aucun fonctionnaire ne peut être sanctionné pour avoir signalé une alerte dans le respect des articles 6 à 8 de la loi n° 2016-1691 du 9 décembre 2016 relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique. Aux termes de l'article 6 de la loi du 9 décembre 2016, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Un lanceur d'alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, () ou une menace ou un préjudice graves pour l'intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance ". Aux termes de l'article 8 de la même loi : " I. - Le signalement d'une alerte est porté à la connaissance du supérieur hiérarchique, direct ou indirect, de l'employeur ou d'un référent désigné par celui-ci. En l'absence de diligences de la personne destinataire de l'alerte mentionnée au premier alinéa du présent I à vérifier, dans un délai raisonnable, la recevabilité du signalement, celui-ci est adressé à l'autorité judiciaire, à l'autorité administrative ou aux ordres professionnels. En dernier ressort, à défaut de traitement par l'un des organismes mentionnés au deuxième alinéa du présent I dans un délai de trois mois, le signalement peut être rendu public ". Aux termes de l'article 223-1 du code pénal : " Le fait d'exposer directement autrui à un risque immédiat de mort ou de blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente par la violation manifestement délibérée d'une obligation particulière de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ".
11. Il ressort des pièces du dossier que, par courriel du 7 juin 2021 adressé au service municipal des inscriptions, à la direction des services départementaux de l'éducation nationale mais également en copie aux parents élus du conseil d'école, M. A s'est ému d'avoir constaté, après consultation du site dédié aux inscriptions, que 187 enfants avaient été enregistrés dans l'école pour la rentrée suivante 2021-2022, alors que sa capacité maximale était de
186 élèves, et a imputé cet état de fait au " nombre anormalement élevé de dérogations accordées cette année ". Dans ce même courriel, M. A relève que l'école ne dispose pas de 75 places dans son dortoir et " qu'un tel nombre de PS (petite section) inscrit en cantine reste de nature à accentuer les angoisses et les résistances des tout-petits dans leur rapport à l'école ", et souligne que l'été amènera inévitablement des familles à s'installer dans le secteur, dont les enfants ne pourront être scolarisés à Jean Mermoz si toutes les places sont déjà prises. Le 17 juin 2021, dans un nouveau courriel adressé au service des inscriptions, M. A se réjouit que le nombre total des inscrits à l'école soit dorénavant conforme à sa capacité maximale, mais continue de s'inquiéter du " nombre très élevé de PS ". Le 24 juin 2021, il informe sa correspondante au sein dudit service, ainsi que le secrétaire général de la direction des services départementaux de l'éducation nationale (DSDEN), avoir placé en liste d'attente 6 élèves dérogataires jusqu'à la rentrée, réaffirmant n'avoir pas la place d'accueillir 75 " petite section ". Le 1er juillet 2021, dans un courriel adressé au maire de la ville et à plusieurs autres élus municipaux, mettant en copie les services de l'éducation nationale (IEN et DSDEN) et intitulé " procédure d'alerte relative à la sécurité des élèves au sein de l'école maternelle Jean Mermoz ", qui sera doublé d'un courrier envoyé le 2 juillet 2021 en recommandé avec accusé de réception, M. A déclare alerter " sur l'existence d'une situation urgente mettant en péril la sécurité des élèves de [son] école, particulièrement des futurs élèves de petite section, afin qu'une solution puisse être rapidement mise en œuvre en collaboration avec [les] services " de la municipalité, et demande notamment qu'il soit diligenté sans délai une commission de sécurité dans l'école afin que soit constaté le bien-fondé de ses alarmes. Par courriel du 12 juillet 2021 adressé à C de l'éducation nationale, mettant en copie la DSDEN et les parents élus du conseil d'école, M. A s'étonne de l' " inertie générale " à laquelle il est confronté depuis le 7 juin, déclare attendre, avec les membres du conseil de l'école, le passage réclamé d'une commission de sécurité afin de faire vérifier la capacité d'accueil d'élèves de petite section dans l'établissement durant le temps de sieste, et annonce à son destinataire qu'à défaut d'une intervention de la mairie d'ici le 16 juillet, il déposera une plainte contre X pour mise en danger d'autrui auprès du procureur de la République. Le 19 juillet 2021, M. A dépose la plainte annoncée contre X, dans laquelle il précise que le nombre d'élèves de petite section est passé de 64 à 75 au sein de l'école et que treize familles ont obtenu des dérogations pour des enfants qui ne relevaient pas en principe du secteur de l'école Jean Mermoz.
12. Il ne ressort pas de la chronologie des événements ci-dessus rappelée et des faits dénoncés par M. A que ces derniers constitueraient un délit de mise en danger de la vie d'autrui, tel que prévu à l'article 223-1 du code pénal. Dans ces conditions, M. A ne peut pas se prévaloir de la qualité de lanceur d'alerte. Par suite, à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 6 ter A de la loi du 13 juillet 1983 doit être écarté. Pour autant, si les faits que M. A a portés à la connaissance de l'autorité judiciaire ne peuvent être qualifiés de signalement au sens des dispositions précitées, ils ne sauraient non plus, eu égard à leur destinataire, être qualifiés de " propos de nature à porter atteinte à l'intégrité d'agent public ou à la réputation de l'administration ".
13. Dans cette catégorie de propos, si l'administration a entendu viser le fait que, dès le 7 juin 2021, M. A a mis les parents élus au conseil de l'école en copie d'une grande partie de ses courriels, il ressort de la consultation du site officiel de l'éducation nationale Eduscol, accessible tant au juge qu'aux parties, que le conseil d'école est défini comme " l'instance principale de l'école " et un organe de concertation institutionnelle doté de compétences décisionnelles, réunissant les représentants de la communauté éducative et donnant son avis sur les principales questions de vie scolaire, notamment sur la protection et la sécurité des enfants dans le cadre scolaire. Par suite, les propos tenus par M. A dans les courriels dont étaient destinataires les parents membres de cet organe ne peuvent pas non plus être regardés comme de nature à porter atteinte à la réputation de l'administration. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la matérialité du fait consistant à avoir " relaté des propos de nature à porter atteinte à l'intégrité d'agent public ou à la réputation de l'administration " n'est pas établie.
S'agissant du cinquième et dernier grief :
14. S'agissant enfin de faits consistant à avoir " diffusé publiquement des documents d'informations internes ", leur matérialité ne ressort pas des pièces du dossier durant la période en litige.
En ce qui concerne le caractère fautif des faits reprochés :
15. Les faits matériellement établis recensés aux points précédents ne sont pas tous de nature à justifier une sanction disciplinaire. Il en va notamment ainsi des faits relatifs aux premier et deuxième griefs qui relèvent davantage d'un rappel à l'intéressé de ses obligations de directeur d'école en matière de sécurité que d'une sanction disciplinaire.
16. En revanche, si M. A a entendu contester le caractère fautif de son opposition à l'inscription de certains élèves dans son école en faisant valoir qu'il relevait de sa responsabilité de directeur de s'assurer que les enfants scolarisés soient mis dans des conditions de sécurité et de bien-être satisfaisants, la circonstance que le nombre d'élèves de petite section soit supérieur à celui des capacités de l'école, notamment s'agissant de la place nécessaire pour les siestes, ne caractérisait pas une situation où il pouvait s'opposer à leur prise en charge au motif
des " mesures d'urgence propres à assurer la sécurité des personnes " au sens de la circulaire portant " référentiel métiers des directeurs d'école " du 1er décembre 2014 invoquée par l'intéressé. Au demeurant, il ressort d'un relevé statistique des enfants scolarisés à l'école maternelle Jean Mermoz produit par l'administration qu'à la rentrée scolaire 2021-2022 en litige, l'école a accueilli 174 élèves toutes classes confondues, parmi lesquels 64 scolarisés en petite section, soit moins que les 67 élèves de cette section que M. A avait dû gérer en 2016. Dès lors, l'opposition de M. A à l'inscription d'enfants dont les dérogations avaient été acceptées par l'administration communale décisionnaire ne peut être regardée comme un refus d'obéir à un ordre manifestement illégal. Elle est constitutive d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire, de même que le refus de se rendre à une convocation de sa hiérarchie le
8 septembre 2021 et l'envoi d'un écrit remettant en question la compétence de son supérieur, l'ensemble caractérisant des manquements à l'obligation d'obéissance hiérarchique et à l'obligation de réserve.
En ce qui concerne le caractère proportionné de la sanction retenue :
17. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui n'avait jamais été sanctionné jusqu'à la décision en litige, a suivi, depuis sa titularisation le 1er septembre 2002 dans le corps des professeurs des écoles, un parcours professionnel évalué comme excellent. Ses qualités professionnelles, tant comme professeur que comme directeur, sont appréciées de la majorité des parents d'élèves, qui l'ont d'ailleurs fortement soutenu durant l'épisode en litige, et expliquent sans doute d'ailleurs pourquoi l'école qu'il dirigeait était sollicitée par des demandes de dérogations. De plus, si M. A sur-réagit indéniablement d'une façon peu compatible avec le respect de sa hiérarchie à certaines décisions de l'administration, ou à son inaction, ce comportement a pour finalité le bien-être des enfants dont il a la responsabilité. Dans ces conditions et eu égard à l'ensemble des fautes retenues, la décision d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de deux mois dont un avec sursis, qui appartient au troisième groupe des sanctions disciplinaires, doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, comme n'étant pas proportionnée à la gravité des manquements de M. A. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er février 2022.
Sur les conclusions en injonction :
18. Au regard de la durée de la sanction en litige et de sa date d'effet, il n'y a plus lieu, en tout état de cause, de statuer sur les conclusions du requérant tendant à ce qu'il soit enjoint à l'académie d'Aix-Marseille de le réintégrer " immédiatement ". Cependant alors que M. A demande également dans la présente instance à ce que toutes les " conséquences de droit " soient tirées au regard de sa situation administrative, le présent jugement, qui annule la sanction en litige, implique nécessairement, sans préjudice d'une autre sanction mieux proportionnée, une régularisation de sa situation administrative au regard de son évolution de carrière et de ses droits sociaux. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au recteur de l'académie d'Aix-Marseille de procéder à cette régularisation dans un délai de deux mois, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 1er février 2022, infligeant à M. A la sanction disciplinaire de l'exclusion de fonctions pour une durée de deux mois dont un avec sursis, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie d'Aix-Marseille de procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à la régularisation de la situation administrative de M. A au regard de son évolution de carrière et de ses droits sociaux.
Article 3 : L'Etat (rectorat d'Aix-Marseille) versera la somme de 1 500 euros à
M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Copie en sera adressée au recteur de l'académie d'Aix-Marseille.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Hogedez, présidente,
- Mme Busidan, première conseillère,
- Mme Ridings, conseillère,
assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
H. BusidanLa présidente,
signé
I. Hogedez
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026