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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202278

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202278

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202278
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Quinson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 juin 2021 par laquelle la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande d'admission au séjour ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Quinson au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le signataire de l'acte n'est pas compétent en méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle méconnaît son droit d'être entendue en application d'un droit fondamental prévu dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- la préfète a également méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2022, la préfète des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 10 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gonneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante malgache, a sollicité un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale le 24 septembre 2020. Par un arrêté du 17 juin 2021, la préfète des Hautes-Alpes a rejeté sa demande de titre de séjour. Mme A en demande l'annulation.

2. À supposer que la requérante ait entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration qui impose de mentionner le prénom, le nom et la qualité de l'agent chargé d'instruire la demande, il ressort des termes mêmes de la décision que ces éléments sont clairement identifiables et que par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté. En outre, par un arrêté du 31 août 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour et accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète des Hautes-Alpes a donné délégation de signature à M. Cédric Verline, secrétaire général de la préfecture des Hautes-Alpes et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer toute décision en ses lieu et place, à l'exception des réquisitions de la force armée, des arrêtés de conflit et déclinatoires de compétence et de la réquisition du comptable, conformément aux dispositions du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. Mme A, qui a présenté une demande de titre de séjour, a été en mesure de porter tous éléments pertinents à la connaissance de l'administration avant l'intervention de la décision en litige. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait été fait obstacle ou qu'elle aurait été empêchée de le faire. En outre, la requérante ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'elle n'aurait pas été à même de faire valoir et qui aurait pu avoir une influence sur le contenu de la décision contestée. Par suite, elle ne peut pas être regardée comme ayant été privée de son droit à être entendue, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

4. La décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent les motifs, conformément aux dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, en visant l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en relevant que si une des filles de l'intéressée réside en France, ses autres enfants résident à Madagascar et que l'essentiel de ses liens personnels et familiaux ne sont pas en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a vécu à Madagascar jusqu'à l'âge de soixante ans et a alors décidé de venir rejoindre, en 2016, une de ses filles résidant en France. Cette décision n'est pas de nature à faire regarder Mme A comme ayant fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France dès lors qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales à Madagascar où deux de ses enfants résident ainsi que ses parents. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, la préfète des Hautes-Alpes pouvait légalement rejeter sa demande de titre de séjour sans méconnaître les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que Mme A n'entre pas dans un des cas dans lequel le préfet doit saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence de consultation de cette commission doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Delzangles, première conseillère

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le président - rapporteur,

Signé

P-Y. GonneauL'assesseure la plus ancienne,

Signé

B. Delzangles

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef ;

La greffière,

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