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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202664

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202664

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDJAMAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, Mme H B A, représentée par Me Djamal, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H B A, de nationalité comorienne, née le 25 mai 1987, qui soutient être entrée en France en 2016, a sollicité, le 30 juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté en date du 3 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant sa notification. Mme B A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. F D, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité de chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021, d'une délégation à l'effet de signer tout document relatif à la procédure de délivrance de titre de séjour et à l'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement invoquer les dispositions de la loi du 11 juillet 1979, abrogée au 1er janvier 2016. En tout état de cause, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme B A en indiquant de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de l'intéressée. Par suite, l'arrêté contesté ne reproduit pas de formules stéréotypées et est suffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration désormais en vigueur. Ainsi, le moyen tiré de l'absence de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Si la requérante soutient qu'elle réside en France depuis six ans et a donné naissance à trois enfants sur le territoire français, elle est entrée en France dans des conditions indéterminées sans justifier d'un visa et s'y maintient en situation irrégulière. La circonstance ainsi alléguée qu'elle résiderait sur le territoire français depuis six ans avec ses enfants ne saurait constituer par elle-même des circonstances exceptionnelles ou des considérations humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même que sa mère serait de nationalité française.

6. En quatrième lieu, et alors même que la requérante participerait bénévolement à différentes associations, elle ne démontre pas pour autant une insertion particulière dans la société française. Ainsi, la décision du préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas porté sur sa situation une appréciation inexacte, n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

7. En dernier lieu, et dès lors que Mme B A ne remplit pas les conditions prévues par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour, le préfet des Bouches-du-Rhône n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen tiré du vice de procédure à raison du défaut de saisine de cette commission préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué ne peut, dès lors, qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de titre de séjour n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, invoqué à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

10. En l'espèce, si Mme B A soutient qu'elle est entrée en France en 2016, qu'elle vit chez sa mère de nationalité française avec ses trois enfants et qu'elle travaille bénévolement, les pièces qu'elle produit n'établissent pas que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouve désormais en France. Si elle fait état de son insertion professionnelle et soutient avoir travaillé entre novembre 2016 et décembre 2017 en qualité d'employée de maison, elle ne peut être regardée, au vu des quelques attestations Cesu qu'elle produit, comme justifiant d'une insertion professionnelle particulièrement notable. Si Mme B A se prévaut d'une activité bénévole entre novembre 2016 et mai 2017 au sein de la fondation Abbé E et de sa participation à un atelier de formation linguistique en 2017, ces éléments ne sauraient davantage suffire à établir l'intensité et la stabilité de ses intérêts personnels et familiaux dont elle se prévaut en France. La seule présence sur le territoire français de sa mère, qui a obtenu la nationalité française en 2008 et chez qui elle est hébergée, ne saurait lui conférer un droit particulier au séjour. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut pas être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 publiée par décret du 8 octobre 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Tel qu'exposé précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale que forme Mme B A avec ses trois enfants nés en 2018, 2019 et 2021 ne pourrait se reconstituer hors de France. Dans ces conditions, et dès que l'arrêté en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, selon lequel les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, crée seulement des obligations entre Etats, sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article est inopérant.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 3 mars 2022 pris à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles, en tout état de cause, tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Boidé, premier conseiller,

M. Danveau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente,

Signé

G. G

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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