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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202665

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202665

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202665
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDJAMAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mars 2022, M. D A, représenté par Me Djamal, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler en attente du réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 2 000 euros à verser à son conseil.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'illégalité de la décision de refus de séjour prive de base légale l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, de nationalité comorienne, né le 12 juin 1979, a sollicité, le 10 décembre 2021, son admission au séjour auprès du préfet des Bouches-du-Rhône et, par un arrêté en date du 4 mars 2022, le Préfet a rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté. M. A en demande l'annulation.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, M. A ne peut utilement invoquer les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 abrogée au 1er janvier 2016. En tout état de cause, l'arrêté en litige vise les textes applicables à la situation de M. A et mentionne les principaux éléments de sa situation personnelle et familiale. L'arrêté indique ainsi que le requérant ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants qui vivent avec leur mère à La Réunion. L'arrêté en litige comporte les considérations de fait et de droit qui le fondent et est par suite suffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant vit en France métropolitaine dès avant 2017 alors que ses deux filles nées le 12 février 2007 et le 3 août 2009 résident à La Réunion avec leur mère. Le requérant se prévaut du jugement du tribunal judiciaire de La Réunion du 11 juin 2020 qui constate son impécuniosité, et rejette, en l'absence de connaissance des charges du requérant, la pension alimentaire demandée par la mère de ses filles. Toutefois si son état d'impécuniosité l'empêchait de verser alors une pension alimentaire, il est constant qu'il n'a pas participé, sous quelque forme que ce soit, à l'entretien et à l'éducation de ses filles. En outre, s'il soutient s'acquitter d'une pension alimentaire et produit des justificatifs de transfert d'argent depuis mai 2021, ces versements n'attestent pas que le requérant contribue effectivement depuis au moins deux ans tant à l'entretien de ses filles qu'à leur éducation. Par suite, en rejetant sa demande de titre de séjour présentée en qualité de père d'enfants français, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a procédé à un examen de la situation du requérant, n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

5. En troisième lieu, et dès lors que M. A n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses filles depuis au moins deux ans, il n'est par suite pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait dû soumettre son cas à la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure allégué doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision de refus de séjour qui lui a été opposée, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

7. En deuxième lieu, s'il soutient que la décision en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales comme l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, le requérant ne peut faire valoir que son éloignement aura des conséquences sur ses deux filles qui sont scolarisées en France dès lors qu'elles vivent à La Réunion. Le requérant, qui ne justifie pas des liens qu'il entretient avec ses filles ne peut se prévaloir d'une méconnaissance de ces stipulations.

8. En dernier lieu, l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, selon lequel les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, crée seulement des obligations entre Etats, sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article est inopérant et doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Boidé, premier conseiller,

M. Danveau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente,

Signé

G. C

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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