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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202670

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202670

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBRUGGIAMOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, M. F C, représenté par Me Bruggiamosca, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète des Hautes-Alpes du 30 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Hautes-Alpes de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette dernière s'engageant à renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, la préfète des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la présente requête est tardive et que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 11 janvier 2022.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées de ce que le Tribunal est susceptible de substituer d'office, d'une part les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien comme base légale de la décision portant refus de séjour en lieu et place des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, le pouvoir général de régularisation du Préfet en lieu et place des dispositions de l'article L. 435-1 du même code.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C, de nationalité algérienne, né le 2 août 1984, déclare être entrée en France le 15 janvier 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de court séjour et s'y être maintenu depuis cette date. Il a sollicité, le 25 janvier 2017, son admission exceptionnelle au séjour par le travail, demande qui a été rejetée par un arrêté du 22 septembre 2017 assorti d'une obligation de quitter le territoire. Son recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du Tribunal du 22 janvier 2018. Par un nouvel arrêté du 2 avril 2019, la préfète des Hautes-Alpes a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, annulé par un jugement du Tribunal du 9 décembre 2019. A la suite d'un contrôle des services de police, la préfète des Hautes-Alpes a, par un arrêté du 28 février 2020, pris à son encontre une nouvelle obligation de quitter le territoire français sans délai et son recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du Tribunal du 28 mai 2020. Il a sollicité en dernier lieu, le 26 juillet 2020, son admission exceptionnelle au séjour. Après l'avis défavorable de la commission du titre de séjour réunie le 24 septembre 2021, la préfète des Hautes-Alpes a, par un arrêté du 30 novembre 2021, rejeté sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté à destination du pays dont il a la nationalité. M. C demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B D, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture des Hautes-Alpes, par un arrêté n° 05-2020-08-31-003 de la préfète des Hautes-Alpes du 31 août 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer toute décision en lieu et place de la préfète à l'exception des réquisitions de la force armée, des arrêtés de conflit et déclinatoires de compétence et de la réquisition du comptable. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la préfète des Hautes-Alpes a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. C en indiquant de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, l'arrêté en litige est suffisamment motivé au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, la Préfète n'étant pas tenue de faire mention du soutien dont il bénéficie de la part de son employeur ou des soins qu'il apporte à sa tante atteinte de handicap. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

4. En troisième lieu, l'accord franco-algérien régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité, et les conditions dans lesquelles leur conjoint et leurs enfants mineurs peuvent s'établir en France. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser de délivrer à M. C le titre de séjour qu'il sollicitait, la préfète des Hautes-Alpes s'est fondée notamment sur les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que la décision ne pouvait être prise que sur le fondement des stipulations de l'accord franco-algérien. Toutefois, et dès lors que la décision contestée pouvait être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, il y a lieu de substituer ces dernières stipulations dès lors que cette substitution de base légale ne prive le requérant d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces textes.

5. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

6. Si M. C soutient qu'il réside sur le territoire français depuis son arrivée le 15 janvier 2017, qu'il y a établi le centre de ses intérêts privés et qu'il justifie d'une intégration professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il a conclu le 1er février 2021 un contrat de travail à durée déterminée, à temps partiel, requalifié en contrat de travail à durée indéterminée à compter du 1er mars 2021, pour un poste d'employé de production/fabrication dans une société exerçant une activité de restauration rapide. Cette activité ne démontre pas une insertion professionnelle particulière. En outre, si le requérant se prévaut de la présence en France de sa tante en situation régulière, qui est atteinte d'un grave handicap, et prétend l'aider pour tous les actes de la vie quotidienne, il n'établit pas qu'il serait la seule personne en mesure de lui apporter une telle aide, alors au demeurant qu'il ressort du procès-verbal du 1er juillet 2019, produit en défense, que sa tante a déclaré que M. C avait quitté son domicile. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant, ne justifie pas davantage être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Par suite, la préfète des Hautes-Alpes, qui a procédé à un examen sérieux de la situation du requérant contrairement à ce que ce dernier prétend, ne peut être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. La préfète des Hautes-Alpes n'a pas davantage, pour les mêmes motifs, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ". Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme portant atteinte au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En cinquième lieu, si, comme indiqué précédemment, l'arrêté ne peut être fondé sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'accord franco-algérien, qui ne prévoient pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. En l'espèce, et compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le requérant ne justifie pas, au regard des éléments de sa situation personnelle, que la préfète des Hautes-Alpes aurait dû prendre une mesure de régularisation.

9. En sixième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit aux points précédents que M. C n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sera écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 7 du présent jugement.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 novembre 2021 pris à son encontre par la préfète des Hautes-Alpes. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à la préfète des Hautes-Alpes.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Boidé, premier conseiller,

M. Danveau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente,

Signé

G. E

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne à la préfète des Hautes-Alpes, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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