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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202672

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202672

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202672
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLEONARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022, Mme G C épouse D, représentée par Me Leonard, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois aux fins de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- il méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;

- il méconnaît les stipulations du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence, d'un défaut de motivation, méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence et porte une atteinte excessive à sa vie privée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 24 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G C épouse D, de nationalité algérienne, née le 1er janvier 1959, a sollicité, le 15 juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté en date du 21 janvier 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant sa notification. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions en litige :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E B, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité de chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021, d'une délégation à l'effet de signer tout document relatif à la procédure de délivrance de titre de séjour et à l'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, d'une part, à l'appui de son moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté litigieux, la requérante ne peut utilement invoquer les dispositions de la loi du 11 juillet 1979, abrogée au 1er janvier 2016. En tout état de cause, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme D en indiquant de manière suffisamment précise, les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de l'intéressée et ne reproduit pas une formule stéréotypée, contrairement à ce que soutient la requérante. Cette motivation doit être regardée comme suffisante au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration désormais en vigueur. D'autre part, en vertu des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle relative à la décision de refus de séjour. Enfin, l'arrêté en litige fixe l'Algérie comme pays de renvoi au vu des motifs de l'arrêté et de la nationalité de la requérante, qui ne fait pas l'objet d'une mesure de protection. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

Sur la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général d'être entendu est inopérant à l'encontre de la décision portant refus de séjour et doit par suite être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

6. Mme D, qui déclare être entrée en France en 2007, ne produit aucune pièce permettant d'établir l'exactitude de sa date d'arrivée en France ni même justifier qu'il s'agirait de sa dernière entrée sur le territoire français. Si elle soutient par ailleurs se maintenir en France depuis dix ans, soit depuis 2012 à la date de l'arrêté attaqué, les pièces versées au dossier sont principalement constituées, hormis quelques documents officiels tels que des courriers de la caisse d'allocations familiales et de l'assurance maladie, de certificats médicaux et de relevés ponctuels de livret A, sans mouvements réguliers, de quelques ordonnances médicales, de certificats médicaux, et ne sont pas, de par leur nature et leur nombre, à même de justifier de la résidence habituelle et ininterrompue de la requérante en France depuis dix ans à la date de l'arrêté en litige, cette dernière ne justifiant pas à cet égard ni de son lieu de résidence, ni de ses moyens d'existence durant toute la période alléguée. Au regard de ses conditions de séjour, Mme D n'établit pas ainsi résider en France depuis plus de dix ans et remplir les conditions fixées par les stipulations du 1) de l'article 6 précité de l'accord franco-algérien.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D se déclare séparée de son mari, sans enfant et hébergée. Si elle soutient que la décision contestée méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale, la production de pièces de nature essentiellement médicale ne permet pas d'en justifier. Elle ne justifie par ailleurs d'aucune insertion socioprofessionnelle particulière. Par suite, la requérante, qui ne justifie pas davantage être dépourvue d'attaches familiales en Algérie, n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux porterait une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

9. En quatrième lieu, il ne résulte pas de ce qui précède que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation au regard de l'ensemble des dispositions qui lui sont applicables. Un tel moyen doit par suite être écarté.

10. En dernier lieu, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Ainsi, les ressortissants algériens ne peuvent se prévaloir, pour l'obtention d'un titre de séjour, que des stipulations de cet accord. Par suite, Mme D ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, et aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; (). ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. (). ".

12. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, comme en l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du refus de titre de séjour. Le droit d'être entendu n'implique pas, dans cette hypothèse, que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu avant que n'intervienne la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen invoqué par la requérante, et qui ne peut être regardé que comme étant uniquement dirigé contre l'arrêté en tant qu'il emporte obligation de quitter le territoire français, doit, par suite, être écarté.

13. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de titre de séjour, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte excessive à sa vie privée et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

14. En premier lieu, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

15. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 janvier 2022 pris à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles, en tout état de cause, tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C épouse D et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Boidé, premier conseiller,

M. Danveau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente,

Signé

G. F

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. A

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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