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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202766

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202766

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPIERSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 31 mars 2022 et le 28 avril 2022, Mme D A, représentée par Me Humbert, doit être regardée comme demandant au juge des référés :

1°) de prescrire une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, portant sur les préjudicies qu'elle a subis suite à une chute d'escalier, le 24 avril 2017, sur son lieu de travail situé à la mairie de Carry-le-Rouet ;

2°) de dire que l'expert pourra s'adjoindre de tout spécialiste de son choix ;

3°) de mettre à la charge de la mairie de Carry-le-Rouet à verser la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de procédure administrative ;

4°) de mettre à la charge de la mairie de Carry-le-Rouet les frais d'expertises ou de réserver les dépens.

Elle soutient que :

- un arrêté en date du 25 avril 2017 a reconnu l'accident comme étant imputable au service ;

- elle a fait l'objet de plusieurs expertises qui ont validé sa consolidation définitive le 11 juillet 2019, son inaptitude au poste statutaire, un taux d'IPP de 25% pour les séquelles psychiques et un taux global d'IPP de 11% dont 5% provenant d'un état antérieur :

- le maire l'a mise à la retraite CNRACL le 1er août 2020 sans avoir été indemnisé de l'ensemble de ses préjudicies liés à l'accident dont elle a été victime ;

- la responsabilité de l'administration peut être engagé dès lors que les mesures nécessaires de prévention de la santé des agents n'auraient pas été prises et qu'un dommage en aurait résulté directement ;

- la faute inexcusable est présumée au regard du manque d'information à la sécurité que présentait cet escalier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, la commune de Carry-le-Rouet, représentée par Me Pierson, demande au juge des référés :

1°) à titre principal, de prendre acte qu'il formule ses plus expresses contestations et réserves d'usage quant à la mesure d'expertise sollicitée, de compléter la mission de l'expert et de rejeter la demande de Mme A au titre des frais irrépétibles.

Elle soutient que ses conclusions sont recevables.

Par une lettre enregistrée le 22 août 2022, la caisse des dépôts informe qu'elle n'a aucune observation à produire sur la demande d'expertise et que la prestation versée du fait de l'accident en date du 24 avril 2017 est une allocation temporaire d'invalidité fixé sur la base d'un taux de 30% à la date de l'accident et d'un taux de 25% à la date de la radiation des cadres.

La procédure a régulièrement été communiquée à la caisse des dépôts et des consignations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la président du Tribunal a désigné Mme Josset, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ".

2. L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandée au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher. Dans l'hypothèse où une expertise a déjà été ordonnée et qu'il se trouve saisi d'une nouvelle demande portant sur le même objet, cette recherche porte sur l'utilité qu'il y aurait à compléter ou étendre les missions faisant l'objet de la première expertise.

3. Il résulte de l'instruction que Mme A sollicite une expertise médicale afin de déterminer l'étendue de ses préjudices au regard de son accident survenu le 24 avril 2017, alors qu'elle exerçait ses fonctions d'adjoint administratif au sein de la mairie de Carry-le-Rouet. Par une décision du 25 avril 2017, son accident a été reconnu comme étant imputable au service. Mme A a ensuite fait l'objet de deux expertises en date du 17 octobre 2019 et du 11 juillet 2019 qui ont validé sa consolidation définitive, son inaptitude au poste statutaire, un taux d'IPP de 25% pour les séquelles psychiques et un taux global d'IPP de 11% dont 5% provenant d'un état antérieur. La mesure d'expertise demandée par Mme A tend à évaluer l'ensemble des préjudices qui découlent de son accident de service du 24 avril 2017 et notamment des préjudices extra-patrimoniaux. Dès lors, dans la perspective d'une action en responsabilité tendant à la réparation intégrale du préjudice subi par la requérante du fait de l'accident en service dont elle a été victime, la demande d'expertise de Mme A présente un caractère d'utilité. Par suite, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur le concours d'un sapiteur :

4. Il ressort des dispositions de l'article R. 621-2 alinéa 2 du code de justice administrative qu'il appartient à l'expert d'apprécier la nécessité de faire appel à un sapiteur et que l'autorisation d'y recourir est subordonnée à l'autorisation du président du tribunal. Par suite, les conclusions de Mme A tendant à ce que le juge des référés dise que l'expert devra se faire assister d'un spécialiste de son choix ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'expertises :

5. Il n'appartient pas au juge des référés de déterminer la charge des dépens de la mesure d'instruction qu'il ordonne. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Le docteur E C, domicilié au Centre Phocéa, 10-14 boulevard Ganay à Marseille (13009), est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) examiner Mme A et se faire communiquer tous documents et pièces qu'il estimera utiles à l'accomplissement de sa mission ; recueillir les doléances de la victime et au besoin de ses proches ;

2°) décrire l'état de santé de Mme A, les lésions constatées, les modalités de traitement et leur évolution ;

3°) évaluer les préjudices corporels de Mme A qui sont directement imputables à l'accident du 24 avril 2017 ; décrire au besoin l'état antérieur de Mme A en en retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les lésions ou leurs séquelles ;

4°) déterminer les pertes de gains professionnels actuels en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total, la date de consolidation de son état physique, le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de Mme A, l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ; pour chacun des préjudices, distinguer la part imputable à l'accident de service du 24 avril 2017 de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

5°) déterminer la durée de l'incapacité temporaire du travail, en indiquant si elle est totale ou si une reprise partielle est intervenue ; dans ce cas, préciser les conditions et la durée ;

6°) déterminer les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures, évaluer le besoin de véhicule adapté ou d'assistance à tierce personne, décrire l'incidence professionnelle et le préjudice de formation ;

7) dire si l'état de Mme A est susceptible de modifications, en aggravation ou en améliorations ; dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

8°) de façon générale, donner au tribunal tous autres éléments d'information nécessaires à l'appréciation des responsabilités encourues et des préjudices subis par Mme A à raison de l'accident en cause ainsi que toute information utile à la solution du litige ;

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du Tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Carry-le-Rouet, à la Caisse des dépôts et des consignations et à Mme D A et à l'expert, le docteur C.

Fait à Marseille le 15 décembre 2022.

La vice-président désigné,

Juge des référés

Signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et des préventions en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/Le greffier en chef,

Le greffier.

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