jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2202845 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | VALLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 avril et le 5 septembre 2022, l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe, représentée par Me Sitri, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision du 4 février 2022 par laquelle l'administration fiscale a décidé de son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée, à l'impôt sur les sociétés, et à la cotisation foncière des entreprises ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les opérations qu'elle exerce ne rentre pas dans le champ d'application de la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'elles ne relèvent pas d'une activité économique ;
- elle n'est pas redevable de la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'elle n'est pas un intermédiaire agissant en son nom propre ;
- elle est en droit d'être exonérée de l'impôt sur les sociétés en application du 1 bis de l'article 256 du code général des impôts dès lors qu'elle n'exerce aucune activité lucrative :
•sa gestion est désintéressée car exercée à titre bénévole ;
•ses bénéfices ne sont pas distribués ;
•il n'est pas prévu dans ses statuts que les membres de l'association puissent être attributaires de l'actif au moment de sa dissolution ;
•elle n'est pas en concurrence avec d'autres opérateurs économiques ;
•elle n'entretient pas de relations privilégiées avec des entreprises qui en retireraient un avantage concurrentiel.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2022, la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public,
- et les observations de Me Valli, représentant l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe.
Considérant ce qui suit :
1. L'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe regroupe douze sociétés et l'Etat, représenté par le ministère de la justice, propriétaires d'un ensemble immobilier à usage d'entrepôts et de bureaux, situé au 49 avenue de l'Europe à Vitrolles. L'association syndicale libre a demandé à l'administration fiscale, sur le fondement du 1° de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales, de se prononcer sur son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée, l'impôt sur les sociétés et la cotisation foncière des entreprises. Par un courrier du 14 avril 2021, l'administration a répondu à l'association qu'elle devait être assujettie à ces impôts commerciaux. Cette position a été confirmée le 4 février 2022 par la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur, à la suite de la délibération du collège territorial de second examen d'Aix-en-Provence. L'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe demande l'annulation pour excès de pouvoir de la décision du 4 février 2022.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée :
2. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. () ". L'article 256 A de ce code dispose que : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services () Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ".
3. Pour l'application de ces dispositions, le simple exercice du droit de propriété par son titulaire ne saurait, en lui-même, être considéré comme constituant une activité économique. Ainsi, ne constitue pas une activité économique le seul fait, pour une association syndicale libre, d'assurer la mission de conservation et d'entretien de l'immeuble et d'administration des parties communes et de prendre en charge les éléments d'équipement communs et les services collectifs nécessaires à ses missions, comme le ferait le propriétaire unique du même immeuble.
4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe a pour objet de s'assurer que l'ensemble immobilier est conforme aux prescriptions de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, en particulier de l'arrêté préfectoral du 25 mai 2007, de faire respecter le plan d'organisation interne contrôlé par le bureau Veritas et remis à l'association lors de l'achèvement des travaux, d'assurer l'entretien des biens communs à tous les propriétaires, l'appropriation et la cession éventuelles de ces biens, de contrôler le cahier des charges de l'ensemble immobilier, d'exercer toutes actions afférentes audit contrôle ainsi qu'aux ouvrages, d'assurer la gestion et la police des biens communs nécessaires à la bonne jouissance des propriétaires dès leur mise en service et la conclusion de tous contrats et conventions relatifs à l'objet de l'association, de répartir entre les membres de l'association les dépenses de gestion et d'entretien ainsi que leur recouvrement, d'adhérer pour le compte de tous les propriétaires divis auprès de l'association des parcs d'activités de Vitrolles, ainsi que d'assurer toutes opérations financières, mobilières et immobilières concourant aux objets précités telles que la réception de subventions et la conclusion de tous emprunts. Ainsi, au regard de ses statuts, les missions de l'association n'excèdent pas celles de conservation et d'entretien de l'ensemble immobilier situé au 49 avenue de l'Europe, d'administration des parties communes et de prise en charge des éléments d'équipement communs ainsi que des services collectifs nécessaires à ses missions. Par suite, l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle était assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée et redevable de cette taxe due sur les sommes versées par les adhérents et les subventions reçues des tiers.
En ce qui concerne l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés et la cotisation foncière des entreprises :
5. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts : " 1. () sont passibles de l'impôt sur les sociétés () toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif () ". L'article 1447 du même code dispose que : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes () morales () qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée () ".
6. D'une part, ne constitue pas l'exploitation d'une activité à but lucratif, au sens des dispositions qui précèdent, le simple fait, pour une association libre syndicale, d'assurer la mission de conservation et d'entretien d'un immeuble et d'administration des parties communes et de prendre en charge les éléments d'équipement communs et les services collectifs nécessaires à ces missions, comme le ferait le propriétaire unique du même immeuble. Constitue en revanche une telle activité le fait de prendre en outre en charge des éléments d'équipement communs et de fournir à ses membres des biens et des services collectifs lorsque ces éléments d'équipement et ces biens et services sont sans lien avec la conservation et l'entretien de l'immeuble et l'administration de ses parties communes.
7. D'autre part, pour apprécier le caractère lucratif exigé par les dispositions précitées des articles 206 et 1447 du code général des impôts, il appartient au juge de l'impôt de rechercher si la gestion de la personne morale qui conteste son assujettissement à l'impôt sur les sociétés et à la cotisation foncière des entreprises présente un caractère désintéressé et si les services qu'elle rend ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique. Toutefois, même dans le cas où cette personne morale intervient dans un domaine d'activité et dans un secteur géographique où existent des entreprises commerciales, l'exonération d'impôt sur les sociétés et de cotisation foncière des entreprises lui est acquise si elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public qui ne peut normalement accéder aux services offerts par les entreprises commerciales, notamment en pratiquant des prix inférieurs à ceux du secteur concurrentiel et à tout le moins des tarifs modulés en fonction de la situation des bénéficiaires, sous réserve de ne pas recourir à des méthodes commerciales excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.
8. La gestion de la personne morale est désintéressée si elle est assurée à titre bénévole par des personnes n'ayant elles-mêmes, ou par personne interposée, aucun intérêt direct ou indirect dans les résultats de l'exploitation. Le versement d'une rémunération aux dirigeants d'une association ne fait pas obstacle au caractère désintéressé de la gestion si les rémunérations sont proportionnées aux ressources de l'association et constituent la contrepartie des sujétions imposées aux dirigeants dans l'exercice de leur mandat. De plus, pour que la gestion de l'association soit qualifiée de désintéressée, l'organisme ne doit procéder à aucune distribution directe ou indirecte de bénéfice, sous quelque forme que ce soit et les membres de l'organisme et leurs ayants droit ne doivent pas pouvoir être déclarés attributaires d'une part quelconque de l'actif, sous réserve du droit de reprise des apports.
9. En l'espèce, en premier lieu, il résulte de l'instruction que la direction de l'association est assurée par la société par actions simplifiée (SAS) PMT, rémunérée 32 000 euros par an, tandis que les ressources annuelles sont supérieures à 250 000 euros, soit une rémunération représentant 12,8 % des ressources annuelles. Ainsi, cette rémunération, qui constitue la contrepartie des sujétions imposées à la direction de l'association, eu égard aux nombreuses missions qu'elle assure, n'est pas disproportionnée. Les circonstances relevées par l'administration tenant à ce que le président de la SAS PMT est salarié, que les frais administratifs sont refacturés, sans que le service ne précise dans quelle circonstances, que les missions de suivi et de travaux comportent la mise en concurrence pour les travaux importants et que le directeur de l'ASL peut se voir confier des missions de maître d'ouvrage avec une rémunération à un taux spécifique, n'ôtent pas à la rémunération de la direction son caractère proportionné. De plus, la seule circonstance que les activités de l'association syndicale libre procurent un avantage à ses membres, sans, au demeurant, que cet avantage soit précisément défini et évalué par le service, ne permet pas d'en déduire que la requérante procède à la distribution directe ou indirecte de bénéfices. Enfin, l'association requérante soutient sans être contredite que ses membres ne bénéficieront d'aucune attribution d'actif au moment de sa dissolution. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, la gestion de l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe doit être regardée comme désintéressée.
10. En second lieu, l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe soutient qu'elle n'exerce pas son activité dans un secteur économique concurrentiel. En réponse, l'administration soutient que l'association offre un avantage à ses membres par la réduction des coûts de gestion de l'ensemble immobilier, entraînant une distorsion de concurrence avec les entreprises exerçant la même activité. Toutefois, cette circonstance, alléguée par l'administration de façon très imprécise et à la supposer établie, n'est pas de nature à démontrer l'existence d'un marché concurrentiel sur lequel opèrerait l'association syndicale libre, alors que celle-ci indique sans être contredite qu'elle ne perçoit de ses membres que des provisions pour charges qu'elle rembourse en cas de trop-perçu après reddition des comptes et répartition entre chaque adhérent. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les services rendus par l'association libre syndicale sont offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique.
11. Au regard de ce qui précède, l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe, qui ne peut être regardée comme se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif, est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle devait être assujettie à l'impôt sur les sociétés et à la cotisation foncière des entreprises.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 4 février 2022 doit être annulée.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 4 février 2022, par laquelle l'administration fiscale s'est prononcée en faveur de l'assujettissement de l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe à la taxe sur la valeur ajoutée, à l'impôt sur les sociétés et à la cotisation foncière des entreprises, est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale libre du 49 avenue de l'Europe et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, première conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
G. Pouliquen
Le président,
J.B. BrossierLa greffière,
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026