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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202872

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202872

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, M. E A, représenté par Me Gonand, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros, à verser à son avocat, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 30 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de celui-ci à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté attaqué est incompétent ;

- le préfet a commis une erreur de fait et une erreur de droit en exigeant de lui qu'il justifie d'un visa de long séjour d'une durée supérieure à trois mois et apporte la preuve de son maintien sur le territoire français après y être entré régulièrement, dernière condition qui n'est pas exigée des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai 2022 à 12 heures.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 janvier 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 21 juin 2022 le rapport de M. Haïli, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant marocain né le 1er janvier 1986, déclare être entré en France le 23 juillet 2014 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " travailleur saisonnier ". Le 17 octobre 2014, il a obtenu une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier. Le requérant s'est marié en France avec Mme F, ressortissante française le 27 février 2021 et a sollicité le 14 septembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en sa qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 2 novembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours suivant la notification de cet arrêté à destination du pays dont il a la nationalité. Par la présente requête, M. A demande au Tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 31 août 2021, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 1er septembre suivant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; () ". Selon l'article L. 423-2 du même code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du code précité : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé que M. A ne justifiait ni de la détention d'un visa de long séjour, ni d'une entrée régulière sur le territoire national dès lors qu'il ne s'est pas maintenu sur le territoire depuis sa dernière entrée alléguée. Si le requérant soutient qu'il serait entré régulièrement sur le territoire français, il n'en justifie pas en se bornant à produire son passeport vierge valable du 29 mai 2021 au 29 mai 2026. Par suite, en l'absence de preuve de son entrée régulière en France, M. A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions susmentionnées des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi c'est sans méconnaître ces dispositions que l'autorité administrative a refusé de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant marocain, a résidé en France de 2014 à 2015 en qualité de travailleur saisonnier et que son dernier titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier a expiré le 16 octobre 2017, le requérant ne s'étant manifesté ensuite auprès de l'administration préfectorale que le 14 septembre 2021, sans qu'il n'établisse par ailleurs devant le Tribunal les conditions et la réalité de sa présence habituelle en France durant cette période. Si le requérant soutient qu'il a épousé le 27 février 2021 une ressortissante française, les documents qu'il produit pour démontrer la réalité d'une communauté de vie effective ne sont, au mieux, de nature à justifier que d'une année de vie commune avec l'intéressée. Ainsi, eu égard aux conditions, en partie irrégulières et à la durée de son séjour en France, à l'absence de preuve d'intégration notable du requérant dans la société française, et compte tenu du caractère très récent de son mariage, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'emporte l'arrêté en litige.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Gonand et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Haïli, premier conseiller faisant fonction de président,

Mme Beyrend, première conseillère,

Mme Pilidjian, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

signé

X. HAÏLI

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. C

La greffière,

signé

C. CHARLOIS

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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