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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2202878

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2202878

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2202878
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantQUINSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, Mme A C, représentée par Me Quinson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et a fixé l'Algérie comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour lui permettant de travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 800 euros toutes taxes comprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de son conseil à percevoir l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations du 5° de l'article 6 alinéa 1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'inconventionnalité de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation familiale et personnelle sur le territoire ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet ayant méconnu l'étendue de sa compétence ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans :

- la décision méconnaît ensemble les dispositions des articles L. 613-2, L. 612-2 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 septembre 2022 à 12 heures.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B et les observations de Me Quinson, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née en 1980, de nationalité algérienne, a sollicité auprès du préfet des Bouches-du-Rhône, le 9 juin 2021, son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 21 décembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours à destination de l'Algérie, son pays d'origine et a assorti cette décision d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans en l'informant qu'elle faisait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, la décision contestée vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les principales dispositions et stipulations applicables à sa situation. Elle mentionne notamment la circonstance que sa mère est atteinte de la maladie de Parkinson, qu'elle n'établit pas être la seule personne susceptible de prendre en charge sa mère et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine où résident son époux, ses enfants et une partie de sa fratrie. Ainsi, et alors même que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation personnelle de la requérante, il comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de séjour est insuffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

3. En deuxième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne sont pas applicables aux ressortissants algériens.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Si Mme C serait hébergée par sa sœur et ses parents, titulaires de certificat de résidence de dix ans, elle n'est toutefois entré en France qu'au mois de septembre 2018, est mariée à un ressortissant algérien qui réside en Algérie ainsi que leurs deux enfants mineurs. Dans ces conditions la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a procédé à un examen particulier de sa situation, a méconnu les stipulations de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C serait la seule personne de la famille en mesure d'apporter l'aide nécessitée par l'état de santé de ses parents et notamment de sa mère, atteinte de la maladie de Parkinson et bénéficiaire du statut de personne handicapée, dès lors sa sœur, en situation régulière à la date de l'arrêté, pourrait les assister. Par suite le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision doit être écarté.

7. Enfin Mme C, dont les conditions d'admission au séjour en France sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui lui sont inapplicables. Par ailleurs, si Mme C soutient souffrir d'une spondylarthropathie sévère nécessitant un traitement par HUMIRA et la pose d'une nouvelle prothèse de hanche, elle a déjà présenté une demande d'admission au séjour en raison de son état de santé qui a été rejetée par une décision du 30 décembre 2019 et ne présente qu'un seul certificat médical du 6 juillet 2020 qui indique seulement que le traitement par HUMIRA est difficilement accessible. Au regard de ses éléments et pour les mêmes motifs que précédemment énoncés, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'admission au séjour de Mme C répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de son pouvoir de régularisation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été précédemment énoncés dans le cadre de l'examen de la légalité de la décision de refus d'admission au séjour et en l'absence d'éléments distincts invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, cette décision n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

9. En second et dernier lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire n'a ni pour objet, ni pour effet, de fixer le pays à destination duquel elle doit être renvoyée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été précédemment énoncés au point 7, Mme C, qui n'établit pas être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en Algérie dès lors qu'elle n'établit pas ne pas pouvoir disposer d'un traitement approprié à son état de santé dans ce pays, n'est pas fondée à se prévaloir d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

13. En premier lieu, en prévoyant qu'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français peut, eu égard à sa situation personnelle, se voir accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours à titre exceptionnel, les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ont pas pour objet et ne sauraient avoir pour effet de méconnaître le principe, posé par celles de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, selon lequel ce délai, de sept à trente jours en principe, peut être prolongé en cas de nécessité au regard de circonstances propres à la situation de l'étranger. Dès lors, le moyen tiré de l'incompatibilité de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de l'article 7 de la directive 2008/115/CE doit être écarté.

14. En second lieu lorsqu'elle accorde, comme en l'espèce, le délai de trente jours, prévu par les dispositions de l'article L. 612-1 précité, l'autorité administrative n'a, par suite, pas à motiver spécifiquement cette décision, à moins que l'étranger ait demandé le bénéfice d'un délai plus long ou justifie avoir informé l'autorité administrative d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire, au sens des dispositions précitées, l'octroi d'un délai supérieur à trente jours. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait présenté une telle demande et aurait informé le préfet de circonstances particulières. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans :

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

16. Il ressort des pièces du dossier que Mme C qui s'est maintenue en France pour y bénéficier de soins appropriés à son état de santé et pour être aux côtés de ses parents et de sa sœur en situation régulière, ne constitue pas une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur d'appréciation des conséquences de cette mesure sur la situation de l'intéressée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône en tant qu'il prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. L'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas les mesures d'exécution sollicitées par Mme C. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 décembre 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de Mme C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

P-Y. B

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. Simeray

La greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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