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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203111

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203111

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantDECAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 avril et 7 juin 2022, M A B, représenté par Me Decaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour d'une durée de six mois assortie d'une autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge du préfet des Bouches-du-Rhône la somme de 2000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- son signataire est incompétent ;

- elle est entaché d'un vice de procédure en l'absence de communication de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration OFII) ce qui ne le met pas en mesure de s'assurer ni que cet avis a été effectivement recueilli dans le respect des exigences de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni d'en identifier les auteurs afin de vérifier que le médecin auteur du rapport le concernant n'a pas siéger au sein dudit collège ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'il a sa résidence habituelle en France

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'autorité médicale en ce qu'il retient le seul critère de l'existence d'un traitement approprié.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dés lors d'une part, que le traitement médical qui lui est nécessaire n'est pas accessible pour lui en Albanie et où d'autre part, il justifie en tout état de cause de circonstances humanitaires exceptionnelles ;

- la décision de refus méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne la gravité des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une décision du 9 mars 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Simon, présidente.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 janvier 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de carte de séjour temporaire que lui avait présenté M. B, ressortissant albanais, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduite.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. C, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, qui a reçu par un arrêté n° 13-2021-03-31-00004 du

31 août 2021, publié au recueil des actes administratifs n° 13-2021-247 de la préfecture des Bouches-du-Rhône, délégation de signature notamment pour les refus de délivrance de titre de séjour et les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé.( )". L'article R. 425-12 du même code prévoit que : "Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. ()". Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office.".

4. En l'espèce, l'arrêté en litige vise l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII émis le 8 octobre 2021, que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'était pas tenu de communiquer à M. B ni avant ni après l'édiction dudit arrêté, a produit dans le cadre de la présente instance permettant tant au requérant qu'au juge de vérifier que ledit collègue a été effectivement saisi. Par ailleurs, cet avis est signé par les trois médecins du collège au sein duquel n'a pas siégé le médecin ayant établi le rapport médical concernant M. B. Il suit de là que le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

5. En troisième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. B, comporte l'énoncé des raisons de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cet énoncé suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui tel qu'il a été dit au point précédent s'est basé sur l'ensemble des éléments de la situation personnelle de M. B, se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat.Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé.() ".

8. Il résulte des dispositions énoncées au point précédent qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

9. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle.

10. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B, a subi un AVC en 2017 et qu'il est notamment atteint des pathologies suivantes : hypertension artérielle, diabète de type 2, apnée du sommeil, maladie respiratoire chronique, coronaropathie stenté et de micronodules pulmonaires, pour lesquelles il est suivi à l'hôpital de la Timone situé à Marseille. Toutefois, en se bornant à faire état de la faiblesse de ses ressources et du caractère défaillant du système de santé en Albanie en produisant à l'appui de ses allégations un article du 6 novembre 2020 de l'OMS relatif à la nécessité pour l'Albanie d'étendre la couverture sanitaire universelle et un rapport de mars 2022 du comité des droits sociaux européens estimant que la situation de l'Albanie n'est pas conforme à l'article 11§1 de la charte sociale européenne, M. B n'établit pas qu'il ne pourrait pas avoir effectivement accès aux soins dont il a besoin dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne justifie pas de circonstances humanitaires exceptionnelles nonobstant le suivi médical important qui est le sien en France dont le défaut pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité dès lors qu'il ne démontre pas ainsi qu'il vient d'être dit qu'un traitement adéquat ne lui est pas accessible dans son pays d'origine et alors même qu'il bénéficie du soutien psychologique de sa famille nucléaire dans la mesure où son épouse, tout comme ses deux filles nées respectivement en 1995 et en 1997, sont également en situation irrégulière sur le sol français, sa troisième fille titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 16 juillet 2029 étant âgée de trente ans.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé.

13. Il ressort des pièces du dossier que, comme il a été dit au point 11, l'épouse de M. B, ainsi que ses deux derniers enfants, sont également en situation irrégulière sur le sol français. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle. Dans ces conditions, et alors même que sa fille âgée de trente ans est titulaire d'une carte de résident et que son état de santé nécessite des soins, en prenant la décision en litige, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, porté une atteinte au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

14. En dernier lieu, si M. B justifie résider habituellement en France depuis 2018, il résulte de l'instruction que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur de fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'une carte de séjour temporaire à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination.

16. En second lieu, et pour les motifs exposés précédemment, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français et qu'il fixe le pays de destination, méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées à fin d'injonction, ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

M. Ricard, premier conseiller,

Mme Fabre, première conseillère,

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

F. SIMONL'assesseur le plus ancien,

signé

G. RICARD

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière

7

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