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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203116

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203116

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLE FEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, et un mémoire enregistré le 24 mai 2022, M. A B représenté par Me Le Fevre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le même délai et sous peine d'astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-le signataire de l'arrêté est incompétent ;

-l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

-il méconnait les stipulations de l'article 6-1 4° de l'accord franco-algérien ;

-il méconnait de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique:

-Le rapport de Mme Simon, présidente,

-Les observations de Me Le Fevre, représentant M. B;

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande d'admission au séjour que lui avait présenté M. B, ressortissant algérien, sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F E, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, qui a reçu par un arrêté n° 13-2021-08-31-00005 du 31 aout 2021, publié au recueil des actes administratifs n° 13-2021-247 de la préfecture des Bouches-du-Rhône, délégation de signature pour l'ensemble des attributions exercées par M. D C, chef du bureau, ayant reçu délégation de signature du préfet notamment pour les refus de délivrance de titre de séjour et les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. B, comporte l'énoncé des raisons de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il contient. Cet énoncé suffit à mettre utilement en mesure le requérant de discuter et le juge de contrôler les motifs de ces décisions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas présenté sa demande sur le fondement des stipulations précitées de l'accord franco-algérien. D'autre part, et en tout état de cause, la fille du requérant de nationalité française est née le 14 mars 2022 soit postérieurement à la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6 4) de l'accord franco-algérien doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, il appartient au préfet, saisi d'une demande de titre de séjour par un étranger en vue de régulariser sa situation, de vérifier que la décision de refus qu'il envisage de prendre ne comporte pas de conséquences d'une gravité exceptionnelle sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il ressort des pièces du dossier que le mariage de M. B avec une ressortissante française a été prononcé le 14 février 2022, soit depuis moins d'un mois avant l'édiction de l'arrêté en litige, sans que l'intéressé n'établisse une communauté de vie antérieur à ce mariage. Par ailleurs, leur enfant est née, ainsi qu'il a été dit au point 5, postérieurement au 9 mars 2022, date de l'arrêté querellé. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance que le requérant est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis novembre 2019 alors au demeurant que sa demande d'autorisation de travail a fait l'objet d'un avis défavorable de la part de la plateforme main d'œuvre étrangère de la préfecture en raison notamment de la méconnaissance du salaire conventionnel, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les dispositions et stipulations précitées, ni que ce dernier aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale pour les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne pouvant être utilement invoquées dans le cas d'un enfant à naitre, la circonstance qu'à la date de l'arrêté querellé l'épouse de M. B attende un enfant est sans incidence sur la légalité de celui-ci.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions y compris celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte et sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

M. Ricard, premier conseiller,

Mme Fabre, première conseillère,

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

F. SIMONL'assesseur le plus ancien,

signé

G. RICARD

La greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe

La greffière

7

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