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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203163

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203163

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203163
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP BOREL & DEL PRETE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 11 avril 2022 ainsi que les 19 février et 16 avril 2024, la société par actions simplifiée Pyxis Invest, représentée par Me Sindres, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 15 du 7 mars 2022 par laquelle le conseil municipal de La Ciotat a abrogé la délibération du 16 décembre 2019 tendant à la cession à son profit des parcelles cadastrées section AM n° 703 et 705 ;

2°) d'enjoindre au maire de La Ciotat de procéder à la signature de l'acte authentique de vente de ces parcelles communales, dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Ciotat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération en litige a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2, L. 121-1, L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la délibération contestée est entachée d'une erreur de fait ;

- cette délibération méconnait le principe de sécurité juridique,et les dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la délibération du 16 décembre 2019 ne comportait pas de condition à la cession et que la vente était parfaite au sens des articles 1582 et 1583 du code civil.

Par des mémoires en défense enregistrés le 12 mai 2023 et le 28 mars 2024, la commune de La Ciotat, représentée par Me Del Prete, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS Pyxis Invest au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Niquet,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

- et les observations de Me Roman pour la société Pyxis Invest, ainsi que celles de Me Baillargeon pour la commune de La Ciotat.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n° 29 du 16 décembre 2019, le conseil municipal de La Ciotat a décidé de céder à la SAS Pyxis Invest les parcelles du domaine privé communal cadastrées section AM n°s 703 et 705, d'une superficie de 2 120 m², en vue de la réalisation d'un programme immobilier, au prix de 530 000 euros, montant " inférieur à l'estimation de France Domaine d'environ 7 % ". Le conseil municipal a également prévu la réalisation, par la SAS Pyxis Invest, d'un local associatif à un étage, d'une surface de 100 m² maximum avec lieu de stockage en rez-de-chaussée, ainsi que la création de deux places de stationnement et d'une servitude grevant la parcelle cadastrée section AM n° 703 au profit de la parcelle n° 704, en contrepartie de la baisse de prix de vente du bien. Estimant que cette contrepartie n'avait pas été " entreprise ", le conseil municipal de La Ciotat a, par délibération du 7 mars 2022, abrogé la délibération n° 29 du 16 décembre 2019. La SAS Pyxis Invest demande l'annulation de cette délibération du 7 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 1582 du code civil : " La vente est une convention par laquelle l'un s'oblige à livrer une chose, et l'autre à la payer ". L'article 1583 du même code précise que la vente " est parfaite entre les parties, et la propriété est acquise de droit à l'acheteur à l'égard du vendeur, dès qu'on est convenu de la chose et du prix, quoique la chose n'ait pas encore été livrée ni le prix payé ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de ce service ". Et, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

4. Il résulte de l'article 1583 du code civil que la vente est parfaite entre les parties et la propriété acquise de droit à l'acheteur, dès lors qu'il y a accord sur la chose et le prix, quand bien même la chose n'a pas encore été livrée ou payée. La délibération d'un conseil municipal autorisant, décidant ou approuvant la cession d'un bien de son domaine privé dans les conditions mentionnées à l'article 1583 du code civil constitue un acte créateur de droits dès lors que les parties ont marqué leur accord inconditionnel sur l'objet et le prix de l'opération et que la réalisation du transfert de propriété n'est soumise à aucune condition. Elle ne peut dès lors être retirée que si elle est illégale et si ce retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette délibération.

5. Il résulte des termes mêmes de la délibération du 16 décembre 2019 qu'à la suite de l'évaluation de la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône, aux termes de son avis du 15 novembre 2019, de la valeur des parcelles communales cadastrées section AM n°s 703 et 705 à la somme de 570 000 euros, le conseil municipal de La Ciotat a décidé de céder ces terrains au prix de 530 000 euros. En contrepartie de la baisse du prix, la SAS Pyxis Invest s'est engagée à édifier un " local associatif R+1 d'une surface de plancher de 100 m² maximum avec lieu de stockage en rez-de-chaussée ainsi que la création de deux places de stationnement au profit de l'association " les 4A ", avec servitude de passage grevant la parcelle cadastrée section AM n° 703 au profit de la parcelle communale cadastrée section AM n° 704 ". Le conseil municipal a également consenti à la SAS Pyxis Invest " une servitude de cour portant sur la modification et neutralisation des règles relatives à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives entre les parcelles cadastrées section AM n° 703-704 et 706 ". Enfin, le maire de La Ciotat a été autorisé à signer tous documents nécessaires à la cession, ainsi que l'acte notarié à intervenir, et la SAS Pyxis Invest à " engager toutes démarches nécessaires à l'obtention des différentes autorisations administratives et d'urbanisme se rapportant au terrain de la présente cession ". Il ne résulte pas des termes de la délibération en cause et ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'engagement de la SAS Pyxis Invest consistant à réaliser le projet de construction afin d'accueillir l'association " LES 4A ", pour lequel cette société était autorisée à engager les démarches nécessaires en vue de l'obtention des autorisations administratives et d'urbanisme, en contrepartie de la diminution du prix de la cession des parcelles précitées, constitue une condition à la cession devant être réalisée et ce en l'absence de tout délai prévu à son accomplissement. Il s'ensuit qu'eu égard aux mentions précises et claires de la délibération, en particulier de son article 1er qui dispose que le conseil municipal " décide de céder " la parcelle en cause, les parties ont marqué leur accord tant sur l'objet de la vente que sur le prix auquel elle devait s'effectuer. La délibération du 16 décembre 2019 a ainsi eu pour effet, en application des dispositions de l'article 1583 du code civil, de parfaire la vente et de transférer à la société Pyxis Invest la propriété de ces parcelles. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir qu'en abrogeant, par la délibération n° 15 du 7 mars 2022, la délibération du 16 décembre 2019, qui était créatrice de droits mais non illégale, plus de quatre mois après son édiction, le conseil municipal de La Ciotat a méconnu les dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration et du code civil.

6. Il résulte de ce qui précède que la SAS Pyxis Invest est fondée à demander l'annulation de la délibération n° 15 du 7 mars 2022 par laquelle le conseil municipal de La Ciotat a abrogé la délibération n° 29 du 16 décembre 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le maire de La Ciotat, autorisé par la délibération n° 29 du 16 décembre 2019, procède à la vente, à la SAS Pyxis Invest, des parcelles communales cadastrées section AM n°s 703 et 705 sur le territoire de cette commune, aux conditions prévues par cette délibération, soit en la forme administrative, soit par acte notarié. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la commune de La Ciotat tendant à leur application et dirigées contre la société requérante, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la commune de La Ciotat le versement à la SAS Pyxis Invest d'une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La délibération n° 15 du conseil municipal de La Ciotat du 7 mars 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de La Ciotat de procéder à la vente, à la SAS Pyxis Invest, des parcelles communales cadastrées section AM n°s 703 et 705, dans les conditions prévues par la délibération n° 29 du 16 décembre 2019 et dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de La Ciotat versera à la SAS Pyxis Invest la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de La Ciotat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Pyxis Invest et à la commune de La Ciotat.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lopa Dufrénot, présidente,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistées de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

A. Niquet

La présidente,

signé

M. Lopa Dufrénot

Le greffier,

signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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