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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203208

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203208

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCAMPOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 13 avril et le 31 mai 2022, Mme D A, représentée par Me Campos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué du 14 mars 2022 est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé, en droit et en fait, en méconnaissance des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, en méconnaissance des critères d'appréciation de la réalité des études fixés par la circulaire du 7 octobre 2008.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de l'article 9 de la convention du 2 décembre 1992 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République gabonaise relative à la circulation et au séjour des personnes à l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile comme base légale de la décision en litige portant refus de séjour.

Par un mémoire enregistré le 24 juin 2022, Mme A a présenté des observations en réponse au moyen relevé d'office.

Par ordonnance du 26 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 juin 2022.

Par une décision du 20 mai 2022, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention conclue le 2 décembre 1992 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République gabonaise, relative à la circulation et au séjour des personnes, publiée par le décret n° 2003-963 du 3 octobre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Laure Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Campos, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante gabonaise née le 22 aout 1992, est entrée en France le 27 septembre 2012 munie d'un visa de long séjour valant premier titre de séjour portant la mention " étudiant ", titre de séjour renouvelé à six reprises et dont le dernier a expiré le 31 octobre 2020. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 30 novembre 2020. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. C B, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation du préfet, en vertu d'un arrêté n°13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte, au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et de manière suffisamment précise, circonstanciée et non stéréotypée, les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle de l'intéressé, et détaillent notamment les motifs retenus par le préfet pour fonder les décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et de fixation du pays de destination contenues dans l'arrêté. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 : " Les ressortissants de chacune des Parties contractantes désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants () ". Aux termes de l'article 12 de la même convention : " Les dispositions de la présente convention ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Parties contractantes sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la convention. ". En vertu de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

5. D'une part, le refus de titre de séjour attaqué trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise, qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles s'est fondé le préfet dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressée d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer ces deux textes.

6. D'autre part, il résulte tant des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que des stipulations de l'article 9 de la convention franco-gabonaise du 2 décembre 1992 que le renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France le 27 septembre 2012 munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ", s'est inscrite, au titre de l'année universitaire 2012/2013, en BTS " assistante de gestion ", au lycée général et technique Saint-Eloy à Aix-en-Provence, sans valider cette première année. Inscrite en première année de licence de droit à l'université d'Aix-Marseille pour les années universitaires 2013-2014, 2014-2015 et 2015-2016, elle n'a validé qu'un seul semestre sur cette période. Mme A s'est ensuite réorientée pour suivre une formation de " bachelor e-marketing et e-communication " à l'école Maestris sup de 2016 à 1019, formation dont elle n'a toutefois validé que les deux premières années durant cette période. La requérante, qui n'a pas validé la troisième année du bachelor " responsable marketing opérationnel " auquel elle s'est inscrite pour l'année universitaire 2020-2021, fait valoir qu'elle a cependant été admise en master 1 par l'école ESTC School of management pour l'année 2022-2023 et qu'elle prépare les rattrapages de sa troisième année de bachelor. Ainsi, depuis son arrivée sur le territoire français et à la date de l'arrêté attaqué, Mme A n'a validé que deux années sur un total de neuf années d'études. Si la requérante indique que ses deux grossesses à risque en 2018 et en 2020 l'ont contrainte à rester alitée durant des périodes prolongées, ces circonstances ne sauraient suffire à justifier la faible progression de la requérante durant l'ensemble de son parcours d'étude entamé en 2012 et marqué par plusieurs réorientations sans succès. Par suite, alors même que la requérante aurait obtenu la validation des première et deuxième années de sa formation de " bachelor " dans des conditions difficiles, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en lui refusant le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " étudiant " au motif que sa dernière inscription ne caractérisait pas une progression raisonnable et ne justifiait pas du caractère réel et sérieux des études poursuivies.

8. En quatrième et dernier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit au point précédent, Mme A, qui ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 7 octobre 2008 relative à l'appréciation du caractère réel et sérieux des études des étudiants étrangers dès lors qu'elle est dépourvue de caractère impératif et qu'elle ne comporte pas de lignes directrices, n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et qu'en prononçant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation particulière.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions présentées au profit de son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Inès Campos et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- M. Garron, premier conseiller,

- Mme Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

M-L. HamelineL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Garron

Le greffier,

Signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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