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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203210

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203210

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantWILLOCQ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 avril 2022, complétée par des pièces enregistrées le 15 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Willocq, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Le refus de titre de séjour :

- est entaché d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivé en méconnaissance des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- a été pris au terme d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe général de l'Union Européenne du droit d'être entendu, énoncé à l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ainsi que de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son entier dossier ne lui a pas été communiqué et qu'elle n'a pas été assistée d'un avocat ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et de celle de sa famille ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur de droit, en méconnaissance de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet, qui s'est cru en situation de compétence liée, à méconnu l'étendue de sa compétence.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'incompétence de son auteur ;

- est insuffisamment motivée en méconnaissance des articles L. 211-2 à L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 juin 2022.

Par une décision du 6 mai 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 17 juin 1961, déclare être entrée en France pour la dernière fois le 20 février 2020 et s'y être maintenue continuellement depuis. Elle a sollicité le 19 octobre 2021 la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme B demande au Tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par M. D C, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation du préfet, en vertu d'un arrêté n°13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent les refus de séjour, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

4. L'arrêté attaqué vise notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celles de l'accord franco-algérien ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose, par ailleurs, avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation personnelle de la requérante qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et à l'obliger à quitter le territoire français. Il mentionne, conformément à l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le pays à destination duquel l'intéressée sera renvoyée en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions du III de l'article L.512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprises aujourd'hui à l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces dispositions ne s'appliquent qu'aux ressortissants étrangers faisant l'objet d'une assignation à résidence ou d'un placement en rétention, situation dans laquelle l'intéressée ne se trouve pas.

6. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne et tel qu'énoncé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour.

8. En l'espèce, Mme B a sollicité le 19 octobre 2021 un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 7° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. A l'occasion de la constitution et du dépôt de cette demande, la requérante, qui pouvait librement se faire assister d'un avocat, a pu présenter toutes observations concernant sa situation qu'elle jugeait utiles. En outre, il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elle aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elle aurait été empêchée de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté en litige portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne et le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être assisté par un avocat ne peuvent qu'être écartés.

Sur les moyens propres à la décision de refus de titre de séjour :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme B soutient qu'elle réside en France depuis le 2 février 2020, que ses deux enfants et sa sœur résident sur le territoire français et que sa fille est de nationalité française. Toutefois, Mme B, dont le séjour en France est récent, ne justifie pas d'une insertion sociale particulière sur le territoire français. Si Mme B soutient que les autres membres de sa fratrie résident en Autriche ou au Royaume-Uni, elle n'établit pas être dépourvue de toutes attaches personnelles ou familiales en Algérie, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 59 ans. Dans ces conditions, Mme B ne démontrant pas avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés et familiaux, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation de la requérante.

Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 10 qu'aucun des moyens invoqués par Mme B à l'encontre de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône rejetant sa demande de titre de séjour n'est fondé. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ne peut, dès lors, qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B avant de l'obliger à quitter le territoire français et n'a pas ainsi méconnu l'étendue de ses compétences.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 de ce jugement, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle et familiale de la requérante.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède, que la décision de refus de titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle et familiale de la requérante.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- M. Garron, premier conseiller,

- Mme Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La présidente,

signé

M-L. HamelineL'assesseur le plus ancien,

signé

F. Garron

Le greffier,

signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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