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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203211

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203211

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2022, complétée par des pièces enregistrées le 29 mai 2022, M. A B, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'erreur de droit au regard du 2° de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dès lors qu'il remplit les conditions de délivrance de plein droit d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors qu'il démontre s'être maintenu sur le territoire français depuis son entrée régulière en 2015.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Laure Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Gonand, représentant M. B. .

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 23 août 1998, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint d'une ressortissante française sur le fondement des stipulations du 2° de l'article de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté 14 mars 2022 :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 2° Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () ".

3. Il résulte de ces stipulations que la circonstance qu'un ressortissant algérien, régulièrement entré en France sous couvert d'un visa de court séjour, ait fait l'objet, au-delà de la durée de validité de ce visa, de décisions de refus de titre de séjour assorties d'obligation de quitter le territoire, régulièrement notifiées, ne fait pas obstacle à ce que la condition d'entrée régulière en France continue d'être regardée comme remplie, dès lors que l'étranger s'est maintenu sur le territoire français.

4. Il ressort des pièces du dossier et il n'est au demeurant pas contesté par l'administration que M. B est entré en France le 9 novembre 2015 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités françaises. Le requérant démontre par les documents produits dans l'instance, qui incluent notamment la copie intégrale de ses passeports successifs ainsi que les preuves du suivi régulier de sa formation en " métiers de l'électricité et environnement connectés " dans un lycée professionnel de Marseille, qu'il s'est maintenu sur le territoire français depuis son entrée régulière le 9 novembre 2015. Il ressort également des pièces du dossier que M. B s'est marié à Marseille le 16 novembre 2020 avec Mme D C, ressortissante française. Par suite, M. B est fondé à se prévaloir des effets juridiques attachés, par les stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, à son entrée régulière sur le territoire français. Ainsi, en refusant de délivrer à M. B le certificat de résidence prévu par les stipulations précitées, au motif que ce dernier ne pouvait se prévaloir de son entrée régulière sur le territoire français en 2015 dès lors qu'il s'était depuis maintenu en situation irrégulière sur le territoire national en dépit de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 18 juin 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a entaché sa décision d'erreur de droit. M. B est dès lors fondé à en demander l'annulation ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, et en l'absence d'élément nouveau invoqué par l'administration qui y ferait obstacle, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 14 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. B la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- M. Garron, premier conseiller,

- Mme Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

M-L. HamelineL'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Garron

Le greffier,

Signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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