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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203212

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203212

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 avril 2022 et le 1er juin 2022, M. C, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- il est entaché d'erreur de fait et méconnaît l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il doit être regardé comme étant entré en France sous couvert d'un visa de long séjour ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il avait déposé un dossier complet de demande d'autorisation de travail rempli par son employeur, et que le préfet ne pouvait refuser son admission au motif de l'absence de contrat de travail visé par les autorités compétentes ;

- le signataire de la décision attaquée n'était pas compétent pour rejeter une demande d'autorisation de travail ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors notamment que sa situation correspond aux recommandations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Laure Hameline, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Gonand, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 15 novembre 1987, est entré en France le 30 mai 2015, sous couvert d'un visa portant la mention " travailleur saisonnier ". Il s'est vu délivrer le 30 novembre 2015 une carte de séjour pluriannuelle portant la même mention d'une durée de trois ans. Par un arrêté du 3 juillet 2018, le préfet de Haute-Corse a retiré à M. C sa carte de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ". Le 3 mai 2021, M. C a sollicité son admission au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. B A, chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône, qui bénéficiait d'une délégation du préfet, en vertu d'un arrêté n°13-2021-08-31-00005 du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de son bureau au nombre desquelles figurent les décisions portant refus de titre de séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " ". Son article 9 prévoit que " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Selon l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Il résulte de la combinaison des textes précités que, si la situation des ressortissants marocains souhaitant bénéficier d'un titre de séjour portant la mention salarié est régie par les stipulations de l'accord franco-marocain, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié reste subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la condition prévue à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de la production par ces ressortissants d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois.

4. Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du même code : " Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail et, lorsqu'elles doivent le produire, le certificat médical mentionné au 3° de l'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui leur est remis à l'issue de la visite médicale à laquelle elles se soumettent au plus tard trois mois après la délivrance de l'autorisation de travail : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse. () ". L'article R. 5221-3 du même code prévoit : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : / () 6° La carte de séjour pluriannuelle générale portant la mention " salarié ", délivrée en application de l'article L. 313-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle permet l'exercice de toute activité professionnelle salariée (). ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur (). ". Aux termes de l'article R. 5221-14 de ce code : " Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 l'étranger résidant hors du territoire national ou, lorsque la détention d'un titre de séjour est obligatoire, l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour. ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce même code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence. ". Enfin aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. ". Il résulte des stipulations et dispositions précitées qu'il appartient au seul préfet, lorsqu'il est saisi par un étranger, résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour, d'une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, accompagnée, comme en l'espèce, d'une demande d'autorisation de travail dûment complétée et signée par son futur employeur, de statuer sur cette double demande. S'il lui est loisible de donner délégation de signature à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi en matière de délivrance des autorisations de travail des ressortissants étrangers et ainsi de charger cette administration plutôt que ses propres services de l'instruction de telles demandes, il ne peut, sans méconnaître l'étendue de sa propre compétence, opposer à l'intéressé un défaut d'autorisation de travail.

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions de l'arrêté attaqué que M. C a joint à sa demande de titre de séjour une demande d'autorisation de travail en qualité de maçon, remplie le 26 mars 2021 par l'employeur qui souhaitait l'embaucher. Le préfet des Bouches-du-Rhône, à qui il appartenait d'instruire cette demande d'autorisation de travail, ne pouvait légalement refuser à M. C la carte de séjour mention " salarié " au motif qu'il ne présentait pas de contrat de travail visé par les autorités compétentes. Toutefois, dans l'arrêté contesté, le préfet des Bouches du Rhône s'est fondé également sur le fait que l'intéressé n'était pas titulaire du visa de long séjour prévu par l'article L. 412-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour lui refuser le titre demandé. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui s'était vu retirer par arrêté du 3 juillet 2018 sa carte de séjour pluriannuelle délivrée le 30 novembre 2015, était en situation irrégulière à la date de sa demande de titre de séjour et devait présenter un visa de long séjour exigé par les dispositions précitées. Le motif tiré de l'absence de visa de long séjour suffit à justifier le refus de séjour en qualité de salarié opposé à l'intéressé. Le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n'a pas commis d'erreur de fait, aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour en litige serait entaché d'erreur de droit au regard de l'article 3 de l'accord franco-marocain et de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, M. C soutient qu'il réside en France depuis mai 2015, qu'il y exerce une activité professionnelle, et qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein conclu le 11 mars 2019 avec l'EURL Akachart TP pour un emploi de maçon. Toutefois, M. C ne justifie pas d'une insertion sociale particulière en France ni de l'intensité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire national. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier qu'il s'est maintenu sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 3 juillet 2018. Ainsi, les considérations dont se prévaut le requérant ne sauraient suffire à établir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé en refusant de l'admettre au séjour dans le cadre de son pouvoir de régularisation. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des termes de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 doit, en tout état de cause, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d'injonction, et ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hameline, présidente,

- M. Garron, premier conseiller,

- Mme Simeray, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

signé

M-L. HamelineL'assesseur le plus ancien,

signé

F. Garron

Le greffier,

signé

C. Alves

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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