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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203318

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203318

mercredi 18 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDEGUITRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2022, Mme F E, représentée par Me Marcel, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, d'ordonner une expertise sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge au centre hospitalier universitaire La Conception de Marseille à compter du 10 janvier 2014 pour une arthrodèse du genou.

Elle soutient que :

- elle a subi une pose de prothèse totale du genou droit réalisée par le docteur B à la clinique Montagard le 28 novembre 2013 ;

- suite à une infection, la prothèse a dû être retirée le 24 janvier 2014 par l'assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) ;

- cette infection peut conduire à une éventuelle amputation ;

- une expertise judiciaire a été ordonnée par jugement du 20 janvier 2020 par le tribunal judicaire d'Avignon ;

- le tribunal judicaire est saisi au fond mais est incompétent au regard de la mise en cause du centre hospitalier de la Conception de Marseille.

Par un mémoire enregistré le 20 avril 2022, l'assistance publique - hôpitaux de Marseille (AP-HM), représentée par Me Deguitre, demande au juge des référés :

1°) de donner acte qu'elle ne s'oppose pas à la désignation du professeur D pour la poursuite de l'expertise qui lui a été confiée par jugement le 20 janvier 2022 par le Tribunal judiciaire d'Avignon ;

2°) de préciser la mission d'expertise ;

3°) de réserver les dépens.

Par un mémoire enregistré le 2 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes Alpes, doit être regardée comme ne s'opposant pas à la demande d'expertise.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme C , première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a subi une pose de prothèse totale du genou droit réalisée par le docteur B à la clinique Montagard le 28 novembre 2013. Suite à une infection survenue au centre de rééducation fonctionnel Lavarin, elle se fait retirer la prothèse le 24 janvier 2014 à l'Assistance publique -Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et saisit la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux en vue d'obtenir l'indemnisation de son préjudice corporel. Une demande d'expertise a alors été ordonnée par le CRCI qui a conclu à l'absence d'infection nosocomiale et à l'existence d'un retard de prise en charge sans conséquence sur l'état de santé de Mme E. En désaccord avec les conclusions de cette expertise, une contre-expertise a été ordonnée par la CRCI, demandée par Mme E. Par suite, cette dernière a assigné devant le Tribunal judiciaire d'Avignon, la clinique Montagard, le centre de rééducation Le Lavarin et le docteur B. Par jugement du 20 janvier 2020, ce tribunal a ordonné une nouvelle expertise, au motif que les conclusions des deux expertises précédentes étaient contradictoires. Mme E demande une expertise portant sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier universitaire La Conception de Marseille à compter du 4 avril 2014.

Sur les conclusions à fin d'expertise

2.Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".

3. Il résulte de l'instruction que l'expertise sollicitée par Mme E porte sur les conditions dans lesquelles elle a été prise en charge au centre hospitalier universitaire La Conception de Marseille à compter du 10 janvier 2014 pour une arthrodèse du genou. La demande d'expertise sollicitée par Mme E, susceptible de se rattacher à une action ultérieure devant le juge du fond et qui ne préjuge en rien des responsabilités encourues, entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative et présente un caractère utile. Dès lors, il y a lieu d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

O R D O N N E :

Article 1er : Le Professeur A D, exerçant La Closerie, 6 traverse des Hussards à Marseille (13005) est désigné pour procéder, en présence des parties à l'instance, à une expertise médicale avec la mission suivante :

1°) se faire communiquer l'entier dossier médical de Mme E et plus généralement tous documents et pièces qu'il estimera utile à l'accomplissement de sa mission ;

2°) procéder à l'examen médical de Mme E, décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur à son admission à l'hôpital de La conception à compter de janvier 2014 en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme E a été prise en charge à compter de janvier 2014, pour la prise en charge de son infection suite à la pose d'une prothèse de genou droit ;

4°) déterminer, en cas d'infection nosocomiale, l'origine et les causes possibles de cette infection, si l'intéressée présentait des facteurs favorisant la survenue et le développement de cette infection, dire si elle serait survenue de toute façon en dehors de tout séjour hospitalier et dire, notamment, si l'enquête médicale, paramédicale et bactériologique démontre de façon certaine et exclusive que l'infection est d'origine nosocomiale et donner, le cas échéant, tous éléments permettant au tribunal de se prononcer sur l'existence d'une éventuelle cause étrangère ;

5°) préciser les germes en cause ; déterminer la porte d'entrée de cette infection en précisant quel acte médical ou paramédical a été rapporté comme étant à l'origine de cette infection et par qui et dans quel établissement pratiqué ;

6°) dire si un manquement aux obligations posées par la réglementation en matière de lutte contre les infections nosocomiales peut être relevé et si l'ensemble des mesures de prévention ont été appliquées conformément aux règles de l'art. Dans la négative, analyser la nature des erreurs, manque de précautions, négligences ou autres défaillances relevées ;

7°) rechercher si Mme E a bénéficié d'une information suffisante, si les soins prodigués ont été attentifs, diligents, conformes aux données acquises de la science médicale ;

8°) analyser de façon détaillée et motivée, le cas échéant, la nature des fautes médicales, de soins, dans l'organisation ou le fonctionnement du service, erreurs, imprudences, manquements aux précautions nécessaires, négligences, maladresses ou autres défaillances afin d'éclairer le tribunal sur l'engagement, éventuel, de la responsabilité de l'hôpital de La conception ;

9°) en cas d'erreur de diagnostic dire si le retard a été à l'origine des préjudices subis et si oui dans quel pourcentage ;

10°) rechercher si les traitements administrés étaient adaptés à l'état de Mme E et si l'hôpital de La Conception ne devait pas lui apporter d'autres soins pour éviter la persistance des séquelles que présente encore celui-ci ;

11°) indiquer précisément les séquelles en relation directe et exclusive avec chacun de ces manquements ou fautes, déterminer, dans le cas où ces manquements ne seraient pas la cause directe des préjudices subis mais auraient fait perdre à Mme E des chances de les éviter, l'importance de cette perte de chance, en pourcentage ; dans la négative dire si cela relève d'un éventuel aléa thérapeutique ;

12°) évaluer les préjudices corporels de Mme E qui sont directement imputables aux manquements ou fautes éventuellement relevés en précisant le déficit fonctionnel temporaire partiel ou total, la date de consolidation de son état physique, le taux de déficit fonctionnel permanent et ses répercussions sur les conditions d'existence de Mme E, l'importance des souffrances physiques et psychiques endurées, le préjudice esthétique et le préjudice d'agrément ;

13°) donner tous les éléments utiles sur les préjudices patrimoniaux subis par Mme E , en particulier les dépenses de santé actuelles, les frais divers, les dépenses de santé futures, évaluer le besoin de véhicule adapté ou d'assistance à tierce personne, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis par Mme E du fait desdits manquements ;

14°) dire si l'état de Mme E est susceptible de modifications, en aggravation ou en amélioration : dans l'affirmative fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, ainsi que sur la nature des soins, traitements et interventions éventuellement nécessaires dont le coût prévisionnel sera alors chiffré et les délais dans lesquels il devra y être procédé ;

15°) dire si les préjudices subis sont directement imputables à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, si cet accident médical non fautif a entraîné des conséquences anormales à l'aune de la probabilité (à définir précisément en pourcentage) habituelle de réalisation de l'un des risques lié à l'intervention, de l'exposition particulière du patient en raison de son état de santé initial comme de son évolution prévisible, du caractère incontournable ou non de l'intervention, enfin évaluer précisément le niveau de gravité des séquelles présentées ;

16°) d'indiquer, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, les circonstances, les causes et l'étendue des dommages subis par la victime.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-1 à R. 621-14 du code de justice administrative.

Article 3 : En application de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, l'expert déposera son rapport au greffe du tribunal administratif de Marseille en deux exemplaires (1 exemplaire numérique + 1 exemplaire papier) dans le délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il notifiera une copie de son rapport à chacune des parties intéressées et, avec l'accord de celles-ci, utilisera à cette fin, dans la mesure du possible, des moyens électroniques.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme F E, à l'Assistance publique hôpitaux de Marseille, à la Caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes venant aux droits de la caisse primaire d'assurance maladie du Vaucluse et au Professeur A D, expert.

Fait à Marseille, le 18 janvier 2023.

La juge des référés,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour une expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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