jeudi 15 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203377 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | RUDLOFF |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 11 avril, 21 avril et 26 août 2022, M. D B, représenté par Me Rudloff, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel la préfète des Alpes-de-Haute-Provence lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire, un titre de séjour mention " salarié ", le tout dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et, passé ce délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence d'instruire à nouveau sa demande de titre de séjour, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler durant le temps de l'instruction, dans les quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, et de prendre une décision dans les deux mois de la notification de la décision à intervenir et, passé ce délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'arrête attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
Sur la décision portant refus de séjour :
- cette décision est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les prescriptions de la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les circonstances propres à sa situation auraient dû conduire la préfète à faire preuve de son pouvoir d'accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la préfète s'est estimée à tort liée par les décisions de l'OFPRA puis de la CNDA.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et présente un caractère disproportionné ;
- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2022, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Rudloff, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né en 1993 a sollicité le 1er décembre 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a fait l'objet d'un arrêté du 7 mars 2022 par lequel la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande d'annulation de cet arrêté préfectoral.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Par un arrêté de la préfète des Alpes-de-Haute-Provence du 14 février 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture
n° 04-2022-025 le même jour, M. E C, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence, d'une délégation à l'effet de signer, notamment, tous les actes, arrêtés, décisions, documents, ou correspondances administratives relevant de l'exercice des attributions du représentant de l'État dans le département, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ".
4. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué, lequel comporte les éléments de fait et de droit qui en constituent le fondement, que M. B, qui a vu sa demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 11 janvier 2020 puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 décembre 2020, a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français en date du 28 décembre 2020, prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile. Postérieurement à cette première mesure d'éloignement, dont il a obtenu l'annulation partielle, en tant qu'elle prononce une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, par un jugement du Tribunal du 4 mars 2021, l'intéressé a sollicité le 1er décembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. S'il est constant que l'arrêté du 7 mars 2022 en litige, pris consécutivement au dépôt de cette demande d'admission exceptionnelle au séjour, ne mentionne pas expressément les dispositions de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile mais celles de l'article L. 611-1 4°, il ressort clairement de la motivation en fait dudit arrêté, ainsi que de celle du courrier de notification du 7 mars 2022 l'accompagnant, que la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a décidé d'obliger M. B à quitter le territoire français, sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 3°, en conséquence du rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, et nonobstant la circonstance qu'un délai de recours contentieux de 15 jours au lieu de 30 jours a, par ailleurs, été mentionné à tort au titre des voies et délais de recours, l'erreur matérielle figurant dans l'arrêté contesté ne peut être regardée comme ayant entaché ledit arrêté d'un défaut de base légale.
5. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (). ". En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention" vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. En l'espèce, M. B soutient s'être investi bénévolement dans plusieurs activités ou évènements d'intérêt général, avoir axé son intégration sur la formation professionnelle et son implication sociale au sein de la région qui l'accueille et, enfin, avoir tissé un réseau social et amical fort en France. Il fait ainsi valoir qu'il a été employé de juillet 2020 à juin 2021, par l'entreprise AIB, sous contrat d'apprentissage dans le cadre de son CAP " peintre applicateur de revêtement ", puis, par des particuliers, pour des travaux de jardinage ou de maison. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, entré en France en avril 2018 à l'âge de 24 ans, ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français et n'établit pas davantage être totalement dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine, malgré le décès de sa mère survenu le 22 juillet 2021. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme faisant état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à justifier son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. En outre, la circonstance que M. B justifie d'une activité professionnelle depuis juillet 2020 ne peut davantage être regardée comme relevant de circonstances exceptionnelles ou de considérations humanitaires, au sens de l'article L. 435-1 précité, lui ouvrant droit à la délivrance d'un titre de séjour " salarié " à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence ne peut être regardée comme ayant méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale ne se serait pas livrée à un examen complet et approfondi de sa situation, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait entaché son refus d'une erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels ouvrant droit à une régularisation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration, dans sa version issue de l'article 20 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance : " Font l'objet d'une publication les instructions, les circulaires ainsi que les notes et réponses ministérielles qui comportent une interprétation du droit positif ou une description des procédures administratives. Les instructions et circulaires sont réputées abrogées si elles n'ont pas été publiées, dans des conditions et selon des modalités fixées par décret. / Un décret en Conseil d'Etat pris après avis de la commission mentionnée au titre IV précise les autres modalités d'application du présent article. ". Aux termes de l'article L. 312-3 du même code, dans sa rédaction issue de la même
loi : " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. / Toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par ces documents pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été
modifiée. / () ". Aux termes de l'article R. 312-3-1 du même code : " Les documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2 émanant des administrations centrales de l'Etat sont, sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, publiés dans des bulletins ayant une périodicité au moins trimestrielle et comportant dans leur titre la mention " Bulletin officiel ". Des arrêtés ministériels déterminent, pour chaque administration, le titre exact du ou des bulletins la concernant, la matière couverte par ce ou ces bulletins ainsi que le lieu ou le site internet où le public peut les consulter ou s'en procurer copie. ". Aux termes de l'article R. 312-8 du même code, dans sa version issue de l'article 3 du décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018, applicable à compter du 1er janvier 2019 : " Par dérogation à l'article R. 312-3-1, les circulaires et instructions adressées par les ministres aux services et établissements de l'Etat sont publiées sur un site relevant du Premier ministre. Elles sont classées et répertoriées de manière à faciliter leur consultation. ". Aux termes de l'article
R. 312-10 du code précité, dans sa version issue de l'article 4 du décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018, applicable à compter du 1er janvier 2019 : " Les sites internet sur lesquels sont publiés les documents dont toute personne peut se prévaloir dans les conditions prévues à l'article L. 312-3 précisent la date de dernière mise à jour de la page donnant accès à ces documents ainsi que la date à laquelle chaque document a été publié sur le site. / Ces sites comportent, sur la page donnant accès aux documents publiés en application de l'article L. 312-3, la mention suivante : " Conformément à l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par les documents publiés sur cette page, pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée, sous réserve qu'elle ne fasse pas obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement ". / Les circulaires et instructions soumises aux dispositions de l'article R. 312-8 sont publiées sur les sites mentionnés au premier alinéa au moyen d'un lien vers le document mis en ligne sur le site mentionné à ce même article. ". L'article D. 312-11 de ce code, dans sa rédaction issue de l'article 4 du décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018, prévoit : " Les sites internet mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-3 sont les suivants : () - www.interieur.gouv.fr ; () Lorsque la page à laquelle renvoient les adresses mentionnées ci-dessus ne donne pas directement accès à la liste des documents mentionnés à l'article
L. 312-3, elle comporte un lien direct vers cette liste, identifié par la mention " Documents opposables " ". Enfin, l'article R. 312-7 de ce code, dans sa rédaction issue de l'article 2 du décret n° 2018-1047 du 28 novembre 2018, prévoit : " Les instructions ou circulaires qui n'ont pas été publiées sur l'un des supports prévus par les dispositions de la présente section ne sont pas applicables et leurs auteurs ne peuvent s'en prévaloir à l'égard des administrés. / A défaut de publication sur l'un de ces supports dans un délai de quatre mois à compter de leur signature, elles sont réputées abrogées ".
8. Les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile constituent uniquement des orientations générales adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation et non des lignes directrices dont les intéressés peuvent utilement se prévaloir devant le juge. Dès lors que cette circulaire ne comporte aucune interprétation d'une règle de droit positif ou de description des procédures administratives au sens des dispositions précitées, l'insertion par la loi du 10 août 2018 d'un nouvel article L. 312-3 dans le code des relations entre le public et l'administration, ne saurait avoir eu pour effet de rendre ces orientations générales opposables aux administrés. Au surplus, il résulte des dispositions combinées des articles L. 312-3, R. 311-10 et D. 312-11 du code des relations entre le public et l'administration que, pour être opposable, une circulaire du ministre de l'intérieur adressée aux préfets doit faire l'objet d'une publication sur le site www.interieur.gouv.fr par le biais d'une insertion dans la liste définissant les documents opposables et comportant les mentions prescrites à l'article R. 312-10, et doit comporter un lien vers le document intégral publié sur le site Légifrance.gouv.fr relevant du Premier ministre. En l'espèce, si la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur a fait l'objet d'une mise en ligne sur le site Légifrance, elle ne figure toutefois pas parmi la liste des documents opposables et n'a ainsi pas été publiée dans les conditions prévues par les dispositions précitées. En application des dispositions combinées précitées, elle ne constitue donc pas une circulaire visée au premier alinéa de l'article L. 312-2 du code des relations entre le public et l'administration, dont M. B pourrait utilement se prévaloir sur le fondement de l'article L. 312-3 du même code.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
10. Les éléments relatifs à la vie personnelle et familiale du requérant exposés au point 6 ne sont pas de nature à établir que la préfète des Alpes-de-Haute-Provence aurait méconnu les dispositions et stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant et compte tenu de ce qui a été dit précédemment de sa situation personnelle et familiale, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de la préfète des Alpes-de-Haute-Provence, qui n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence, aurait été prise en violation des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile.
12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".
14. Il résulte de ces dispositions que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français correspond au délai de droit commun. En l'espèce, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait expressément demandé à la préfète à bénéficier d'une prolongation de ce délai. D'autre part, les éléments invoqués par M. B ayant trait à sa formation en CAP et au suivi médical de pathologies pour lesquelles les éléments médicaux produits ne permettent pas d'établir, d'une part, que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, ne suffisent pas à établir que la préfète des Alpes-de-Haute-Provence aurait, dans les circonstances de l'espèce, commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui accordant pas, à titre exceptionnel, un délai de départ supérieur à trente jours. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que sa situation personnelle et son état de santé auraient justifié que la préfète lui accorde un délai supérieur à trente jours pour quitter le territoire français.
15. En second lieu, dès lors qu'il n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de la décision fixant le délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que celui-ci s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
17. M. B soutient qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à un risque de persécutions dès lors qu'il y est perçu comme étant homosexuel. Toutefois, comme il a été dit précédemment, la demande d'asile de M. B a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 11 mai 2020 et le recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 décembre 2020, au motif que les faits présentés comme étant à l'origine de son départ de Côte d'Ivoire n'étaient pas établis. En outre, le requérant ne produit pas d'élément nouveau permettant d'établir l'existence de craintes réelles, personnelles et actuelles de traitement contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
18. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète des Alpes-de-Haute-Provence se serait à tort crue liée par les décisions par lesquelles l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté la demande d'asile de M. B.
19. En troisième lieu, dès lors qu'il n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de la décision litigieuse portant fixation du pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an :
20. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
21. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
22. En l'espèce, au regard des éléments exposés précédemment concernant la durée de sa présence en France et sa situation personnelle et familiale, et, ainsi qu'il a été dit, à la circonstance qu'il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 28 décembre 2020, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entaché sa décision de disproportion en décidant de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
23. En second lieu, dès lors qu'il n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de la décision litigieuse portant interdiction de retour pour une durée d'un an.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à la condamnation de l'État sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1err : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Charpy, conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J-M. AL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
signé
A. NIQUET
Le greffier,
signé
P. GIRAUD
La République mande et ordonne à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026