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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203393

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203393

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCARMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, Mme A B, représentée par Me Carmier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- l'arrêté est également entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, tant sur le plan médical que professionnel ;

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard de sa vie privée et familiale sur le territoire, de son intégration et de circonstances exceptionnelles dont elle justifie en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 3 de l'accord franco-marocain dès lors que le préfet a refusé, à tort, de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 août 2022 à 12 heures.

Par une décision du 20 mai 2022, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Gonneau, président-rapporteur.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité marocaine, a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étudiante lequel était valable du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2020. Elle a présenté, le 4 juin 2021, une demande de titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale ainsi qu'une demande d'autorisation de travail. Par un arrêté du 9 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône, a refusé de faire droit à sa demande et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, dont Mme B demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 20 mai 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

3. Mme D C, signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, en sa qualité d'adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, par un arrêté préfectoral du 31 août 2021 n° 13-2021-08-31-00005, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021, d'une délégation à l'effet de signer notamment les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier, d'une part, que Mme B aurait porté à la connaissance du préfet des Bouches-du-Rhône des informations sur son état de santé et les traitements qu'elle affirme suivre à raison de sa maladie, d'autre part que le préfet n'aurait pas tenu compte de l'insertion professionnelle de l'intéressée dès lors qu'il s'est notamment prononcé sur la demande d'autorisation de travail de la requérante en mentionnant son activité professionnelle. Par suite Mme B n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Si Mme B soutient qu'elle est entrée en France en 2018 à l'âge de 29 ans, qu'elle travaille en qualité d'assistante de vie et que sa sœur réside en France de manière régulière, il ressort cependant des pièces du dossier qu'elle est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité d'attaches en France dès lors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans au Maroc, où résident, à tout le moins, ses parents ainsi que son autre sœur et son frère. De plus, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle ne pourrait pas se réinsérer socialement ou professionnellement ou qu'elle serait isolée en cas de retour au Maroc. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée, et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre Mme B au séjour.

7. Si la requérante fait valoir qu'elle est suivie régulièrement pour une sclérose en plaques et suit un traitement réalisé uniquement en milieu hospitalier, dont l'arrêt entraînerait selon un certificat médical une " perte de chance avec une reprise certaine de sa maladie inflammatoire et un risque de handicap ", et que la molécule utilisée dans le traitement est coûteuse et très difficile d'accès au Maroc, ce seul certificat, alors que la requérante n'a pas présenté de demande de titre de séjour en raison de son état de santé, n'est pas propre à faire regarder la décision du préfet de ne pas faire usage de son pouvoir de régularisation comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " ". Les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté que le préfet n'aurait pas usé de son pouvoir de régularisation. En particulier, il mentionne en détail la demande d'autorisation de travail de l'intéressée ainsi que son absence de contrat de travail visé par les autorités compétentes. Par suite le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en n'usant pas de son pouvoir discrétionnaire de régularisation doit être écarté.

10. En outre, il ressort des pièces du dossier que la requérante, présente sur le territoire depuis au moins trois années, n'a travaillé qu'un an et quatre mois en qualité d'assistante de vie. Dans ces conditions, si elle produit une demande d'autorisation de travail de son employeur en date du 24 mars 2021 ainsi qu'une attestation de celui-ci du même jour vantant ses qualités professionnelles, le préfet des Bouches-du-Rhône, compte tenu en particulier de sa durée réduite de présence et d'emploi en France, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

12. Comme il a été dit aux points précédents, le seul certificat médical d'un praticien et plusieurs ordonnances médicales ne suffisent pas à établir qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement, dans son pays d'origine, d'une prise en charge médicale adaptée à sa pathologie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. Pour les motifs indiqués au point 6, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

15. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, que Mme B ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement médical au Maroc. Par suite le moyen tiré des stipulations précitées doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 7 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E:

Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Bruneau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

P-Y Gonneau

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

C. Simeray

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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