mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2203409 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | MBENGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, Mme F A, représentée par Me Mbengue, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dans leur rédaction issue de l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 à 12h00.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;
- l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et l'avenant à cet accord signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Balussou, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 21 novembre 1989, a sollicité le 29 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour par le travail. Par un arrêté du 30 novembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté et d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande.
Sur la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
3. En l'espèce, Mme A fait valoir que le préfet des Bouches-du-Rhône s'est borné à viser dans l'arrêté attaqué la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et l'accord du 23 septembre 2006 sans indiquer les stipulations pertinentes de ces textes appliquées à sa situation. Il est toutefois constant que les stipulations du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la demande d'admission au séjour présentée par la requérante et également visées dans l'arrêté litigieux. Cet arrêté, qui expose par ailleurs les éléments de la situation personnelle de la requérante, comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.
Sur la légalité interne :
4. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers et aux conditions de délivrance de ces titres s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants sénégalais, s'appliquent les stipulations de la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes ainsi que celles de l'accord du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, telles que modifiées par un avenant signé le 25 février 2008.
5. Aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inséré au sein du chapitre V intitulé " admission exceptionnelle au séjour " du titre III du livre IV de la partie législative de ce code, dispose, en son premier alinéa, que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Les stipulations du paragraphe 42 de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du code.
6. Mme A déclare être entrée en France le 4 juillet 2014 dans des circonstances non précisées et s'y maintenir de manière continue depuis lors en produisant notamment à l'appui de ses allégations la copie partielle de son passeport actuel, valide du 22 juillet 2020 au 21 juillet 2025, la copie intégrale de son précédent titre de voyage, qui était valable du 4 juin 2015 au 3 juin 2020, vierge de tout cachet transfrontalier, les justificatifs des renouvellements successifs de ses droits à l'aide médicale d'Etat du 27 mai 2015 au 19 juillet 2021, un certificat du 22 décembre 2021, postérieur à l'arrêté attaqué, par lequel son médecin traitant indique " l'avoir reçue régulièrement et à plusieurs reprises en consultation depuis 2015, aux dates suivantes : 2015, 2016, 2017, 2018, 2019, 2020, 2021 " et deux attestations du 21 décembre 2021, également postérieures à l'arrêté litigieux, la première par laquelle M. E, se présentant comme l'époux de la tante de la requérante, indique que celle-ci " réside bien à Marseille depuis le 7 juillet 2014 " et la seconde par laquelle Mme B épouse C, une voisine, indique " avoir fait la connaissance de [l'intéressée] depuis l'été 2014 au domicile de la famille D, à l'occasion d'une fête de famille ". Toutefois, alors qu'elle n'établit ni la date, ni les conditions de son entrée sur le territoire français, ces seules pièces ne démontrent pas la résidence continue de l'intéressée en France depuis le 4 juillet 2014, en particulier pour la période antérieure au 13 janvier 2020, date à laquelle elle a conclu un contrat de travail.
7. Par ailleurs, la requérante, hébergée chez un tiers, se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle en qualité de " poseuse en onglerie " ou " prothésiste ongulaire " sous contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel à hauteur de 80 heures par mois conclu le 13 janvier 2020 avec la société Beauty Queen, transformé en contrat à temps complet en juin 2020, pour une rémunération équivalente au salaire minimum interprofessionnel de croissance. Toutefois, alors que ne sont au demeurant pas produits tous les bulletins de salaire de la période considérée, notamment ceux des mois de janvier à octobre 2020, la requérante ne justifierait au mieux de l'exercice de cette activité professionnelle que depuis un peu moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué, dont environ un an et demi à temps plein. En outre, si elle conteste la motivation de l'arrêté litigieux en ce qu'il mentionne qu'elle ne justifie pas avoir les compétences et l'expérience professionnelles requises pour occuper l'emploi de prothésiste ongulaire, en soutenant que cet emploi, dont l'exercice n'exigerait aucun diplôme spécifique ni niveau d'expérience particulière, serait visé à l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais, d'une part, il est constant que cet emploi nécessite une qualification minimale, d'autre part, l'annexe précitée, qui, aux termes du sous-paragraphe 321 de l'accord du 23 septembre 2006 modifié par l'avenant du 25 février 2008, liste les métiers ouverts aux ressortissants sénégalais titulaires d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi, mentionne le métier d'esthéticien-cosméticien. En tout état de cause, en admettant même que le métier en cause soit caractérisé par des difficultés de recrutement, ce qui n'est pas même allégué et ne constituerait pas en soi en toute hypothèse un " motif exceptionnel " d'admission au séjour, la durée d'exercice de cette activité professionnelle est insuffisante pour caractériser l'erreur manifeste d'appréciation alléguée.
8. Enfin, célibataire et sans enfant, Mme A ne fait état d'aucune attache familiale en France alors même qu'il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. E, dans son attestation précitée, présente la requérante comme la nièce de son épouse, d'autre part, qu'en mai 2018, dans le cadre du renouvellement de ses droits à l'aide médicale d'Etat, l'intéressée a déclaré à la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône pour toute ressource une " aide de la famille " de 1 800 euros sur les douze derniers mois, et, enfin, qu'elle n'établit ni même n'allègue être dépourvue de telles attaches au Sénégal où elle a vécu à tout le moins jusqu'à l'âge de 24 ans selon ses déclarations. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé que la requérante ne justifie ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une mesure de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'a donc méconnu ni ces dispositions, ni les stipulations précitées du paragraphe 42 de l'accord de l'accord du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F A et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et à Me Mbengue.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Jorda-Lecroq, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Balussou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La rapporteure,
Signé
E-M. BalussouLa présidente,
Signé
K. Jorda-Lecroq
La greffière,
Signé
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026