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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203416

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203416

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantVIALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, M. A B, représenté par Me Viale, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, qui s'engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;

- le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2022 à 12h00.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Gaspard-Truc, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant philippin né le 16 octobre 1976, a sollicité, le 28 mai 2021, son admission exceptionnelle au séjour par le travail sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui a repris, à compter du 1er mai 2021, l'ancien article L. 512-1 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Aux termes de l'article 36 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " A l'exception des situations dans lesquelles un avocat est désigné ou commis d'office, l'aide juridictionnelle ou l'aide à l'intervention de l'avocat est demandée avant la fin de l'instance ou de la procédure concernée, sans préjudice de l'application des articles L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. La décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, a été prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 8 juin 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

5. En premier lieu, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 13-2021-247 du 1er septembre 2021, Mme C, signataire de l'arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité d'adjointe au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d'une délégation à l'effet de signer notamment les refus de séjour, les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui n'est pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne représente pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

8. M. B déclare être entré en France le 25 octobre 2017 et s'y maintenir continûment depuis lors. Toutefois, alors qu'il ne justifie pas de la date alléguée de son arrivée en France en se bornant à produire la copie partielle de son passeport, plus précisément les deux pages comportant un visa C de 90 jours valide du 17 août au 29 novembre 2017 délivré par les autorités consulaires norvégiennes à Manille et un cachet d'entrée à Francfort-sur-le-Main à la date du 2 septembre 2017, les pièces du dossier établissent au mieux le caractère habituel de son séjour sur le territoire français depuis le mois de février 2019, à compter duquel il a exercé une activité professionnelle salariée sous contrats de travail à durée indéterminée à temps partiel en qualité d'aide à domicile auprès de plusieurs particuliers, soit depuis seulement un peu plus de trois ans à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, le requérant fait valoir, d'une part, que, contrairement à ce qu'a estimé l'administration, il perçoit depuis juin 2021 une rémunération mensuelle moyenne nette de plus de 1 300 euros, supérieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), d'autre part, qu'il est logé à titre gratuit par l'un de ses employeurs, ce qui augmente de facto ses revenus. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, comme l'a correctement estimé la plateforme " main-d'œuvre étrangère " à partir des éléments soumis dans la demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail du 28 mai 2021, lesquels faisaient apparaître une quotité de temps de travail de 18 heures hebdomadaires, la rémunération de l'intéressé était alors bien inférieure au SMIC mensuel, ce seuil ayant été dépassé seulement ponctuellement en mars et juin 2021 puis régulièrement de septembre 2021 à mars 2022, à l'exception de février 2022, soit depuis moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué, le requérant n'établissant ni même n'alléguant au demeurant avoir transmis à l'administration les bulletins de salaire postérieurs à sa demande au cours de l'instruction de celle-ci. En tout état de cause, en dépit d'une progression significative du montant mensuel moyen total net des salaires perçus, s'élevant à environ 410 euros de février à juin 2019, 560 euros de juillet 2019 à juin 2020, 970 euros de juillet 2020 à décembre 2020, 1 075 euros de janvier à juin 2021, 1 360 euros de juillet à décembre 2021 et 1 320 euros de janvier à mars 2022, ces seuls éléments sont insuffisants pour caractériser un motif d'admission exceptionnelle au séjour. A cet égard, en admettant même que M. B soit effectivement hébergé à titre gratuit chez l'un de ses employeurs à Allauch depuis le 1er mai 2021, alors qu'il apparaît domicilié à une adresse distincte à Marseille sur plusieurs pièces du dossier, notamment dans la requête et les plus récents bulletins de salaire délivrés par cet employeur, l'intéressé ne peut en tout état de cause utilement soutenir que ses revenus pourraient être regardés comme augmentés soit de 355,37 euros mensuels correspondant au pourcentage de 27 % représenté par le poste de dépense " logement " dans le budget des ménages selon les chiffres de l'INSEE, soit de 900 euros mensuels correspondant à l'estimation de la valeur locative du bien mis à sa disposition. Enfin, alors que le requérant ne revendique aucune attache familiale en France, il est constant que son épouse et son enfant, né le 16 juillet 2002, résident aux Philippines où il a vécu jusqu'à l'âge de près de 41 ans, selon ses déclarations. Dans ces conditions, en dépit de l'absence, non contestée au demeurant, d'une situation de polygamie et d'une menace pour l'ordre public, c'est sans méconnaître l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet des Bouches-du-Rhône a estimé que le requérant ne justifie ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une mesure de régularisation sur le fondement de ces dispositions.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Viale.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

F. Gaspard-TrucLa présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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