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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2203420

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2203420

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2203420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantIGLESIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2022, Mme C B, représentée par Me Iglesias, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 décembre 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son époux ainsi que la décision implicite de rejet de son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de faire droit à sa demande dans un délai de deux mois ou, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa situation à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros à Me Iglesias en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 20 décembre 2021 est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Le ministre de l'intérieur et des outre-mer a produit un mémoire, enregistré le 5 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Simeray a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, est titulaire, en dernier lieu, d'une carte de résident valable jusqu'au 6 juillet 2031. En 2021, elle a sollicité l'introduction en France de son époux, de même nationalité, au titre du regroupement familial. Par une décision du 20 décembre 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande au motif que son époux est déjà présent sur le territoire français. Mme B a formé un recours hiérarchique contre cette décision réceptionné le 28 janvier 2022 auquel il n'a pas été répondu, faisant naître une décision implicite de rejet. Elle demande au tribunal l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision de rejet du 20 décembre 2021 cite les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels elle se fonde, notamment l'article L. 434-6, ainsi que les éléments relatifs à la situation familiale et personnelle de l'intéressée. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans () ". Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet est en droit de rejeter celle-ci dans le cas, notamment, où les membres de la famille à raison desquels la demande a été présentée résident sur le territoire français. Le préfet dispose toutefois d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande, en particulier dans le cas où ce refus porterait une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Mme B est entrée sur le territoire français en 1991, dans des circonstances indéterminées. Elle bénéficie d'un titre de séjour depuis juin 2001. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée rejetant sa demande de regroupement familial, son époux résidait sur le territoire français et se trouvait donc au nombre des personnes susceptibles d'être exclues du bénéfice du regroupement familial en application du 3° de l'article L. 434-6 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, alors même que la requérante remplirait par ailleurs les conditions de ressources et de logement exigées pour pouvoir en bénéficier.

6. Mme B allègue avoir rejoint M. A en Italie en 2015, avec lequel elle s'est mariée le 27 juillet de la même année, puis être retournée en France en janvier 2021, où M. A l'a rejoint en avril 2021 muni d'un titre de séjour italien. Elle justifie bénéficier, ainsi que son mari, de contrats de travail au sein d'un restaurant, à Aix-en-Provence, depuis cette date. Si la requérante se prévaut de son intégration en France et de son projet d'ouvrir un restaurant avec son époux pour s'y établir de façon pérenne, ces circonstances ne constituent pas un motif exceptionnel de nature à permettre à la requérante d'obtenir, à titre dérogatoire, un regroupement familial sur place. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant la décision attaquée, et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur de fait ou d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contestées doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Delzangles, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La rapporteure,

signé

C. Simeray

Le président,

signé

P-Y. GonneauLa greffière,

signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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